31 octobre 2006
L'homme occidental, coupable mais curieux...
L'homme occidental est travaillé par deux sentiments apparemment contradictoires : une hypersensibilité (sensiblerie ?) qui le fait culpabiliser dans son rapport au tiers-monde, et une curiosité (voyeurisme ?) qui l'amène à voyager dans ce même tiers-monde. L'écrivain Pascal Bruckner vient de consacrer un essai décapant à La tyrannie de la pénitence responsable, selon lui, d'une "situation de repentir à sens unique", celle des Européens qui n'en finissent pas de se flageller alors que "les autres régimes se drapent dans leur pureté supposée pour mieux nous accuser."
Ce dégoût de soi, typiquement chrétien et européen, n'empêche pas l'homme occidental de rechercher des sensations fortes que l'on ne peut trouver que dans des pays exotiques. L'hebdomadaire Newsweek rapporte le succès d'un guide de voyage, The Vice Guide To Travel, qui propose des expéditions dans les endroits les plus malfamés du monde : Liban, favelas de Rio de Janeiro, Tchernobyl, frontière pakistano-afghane, cité nazie reconstituée au Paraguay, Congo, trafic d'armes nucléaires en Bulgarie... Ce guide est accompagné d'un "DVD qui fera le bonheur des backpackers et des voyageurs téméraires" au prix réjouissant de 20 $.
A visionner :
- Extrait vidéo du Vice Guide To Travel
25 octobre 2006
De l'inefficacité du terrorisme
Le terrorisme pose au moins deux questions majeures : quelle est sa définition ? Est-il efficace, d'un point de vue politique, pour les groupes qui le pratiquent ?
A la première question, Raymond Aron répondait par la définition suivante : le terrorisme est une action violente dont les effets psychologiques sont supérieurs aux effets physiques.
A la seconde, le professeur de relations internationales Max Abrahms (Harvard University) apporte une réponse définitive : le terrorisme ne marche pas. Selon une étude qu'il vient de publier dans la revue International Security, "les groupes terroristes contemporains atteignent rarement leurs objectifs et cet échec est inhérent à la tactique du terrorisme elle-même."
Max Abrahms explique que la clef du succès du terrorisme réside dans le choix des cibles : "les groupes terroristes dont les attaques visent des cibles civiles plutôt que des cibles militaires ont tendance à ne pas pas réaliser leurs objectifs politiques. Contrairement à l'opinion dominante selon laquelle le terrorisme est un moyen efficace de coercition politique, la plupart des cas d'étude montrent que le terrorisme ne remplit pas cet objectif."
Cette analyse rejoint, peu ou prou, celle du géostratège français Gérard Chaliand qui estime que le terrorisme débouche sur des politiques anti-terroristes, et que celles-ci finissaient par l'emporter sur les groupes terroristes au prix d'un durcissement de l'arsenal juridique et d'une dégradation des libertés publiques et privées.
A lire :
A écouter :
- Terrorismes et contre-terrorismes, de la Palestine à l'Irak (conférence de Gérard Chaliand)
24 octobre 2006
Géopolitique de la langue française
L'Institut Français de Géopolitique organise les 6 et 7 novembre prochains un colloque consacré à la géopolitique de la langue française : "Il s'agit de proposer des pistes de réflexion sur la place ou la fonction politique ou culturelle de la langue française au sein des sociétés où elle est parlée, y compris la société française, et sur les groupes politiques et sociaux qui se déterminent par rapport à l'usage de cette langue."
Les débats s'articuleront autour de trois axes : la langue coloniale, les rapports entre langue et nation, et la francophonie.
L'accès au colloque est soumis à une simple inscription. Les débats se dérouleront dans la confortable salle Dussane de l'Ecole Normale Supérieure (45 rue d'Ulm - 75005 Paris).
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23 octobre 2006
Dizzy Gillespie, agent de la diplomatie culturelle des Etats-Unis
Le trompettiste Dizzy Gillespie (1917-1993) était doté de multiples talents : virtuosité, ryhtmicien exceptionnel, oreille ouverte à tous les vents, adepte de la franche déconnade... On connaissait moins son engagement dans la diplomatie culturelle des Etats-Unis pendant la guerre froide. En 1956, à l'initiative du Département d'Etat, il entreprit une tournée mondiale afin d'amadouer une opinion internationale mondiale inquiète de la course au nucléaire qui opposait Washington à Moscou. Les performances scéniques et musicales de ce grand musicien ne pouvaient que présenter sous un jour favorable la civilisation nord-américaine.
Lors d'un colloque qui s'est récemment tenu à la University Southern of California, la secrétaire d'Etat Condoleeza Rice, pianiste à ses heures et apôtre de la diplomatie culturelle, a souligné que "la musique de Dizzy Gillespie parlait la langue de la liberté : la liberté de penser, d'innover et de s'exprimer de sa propre voix".
En écho aux propos de Condoleeza Rice, un professeur de sciences politiques, Nicholas Cull, n'a pas manqué de faire le lien entre entre l'image dégradée des Etats-Unis dans le monde et l'immense capacité de séduction des artistes d'outre-atlantique : " Depuis le 11 septembre 2001, la diplomatie culturelle est plus importante que jamais."
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20 octobre 2006
La fin des z-haricots
Le conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a pour missions de nommer les présidents des télévisions et des radios publiques, de veiller au respect du pluralisme politique et syndical sur les antennes et de sanctionner une chaîne de télévision ou une station de radio qui ne respecte pas la législation. Il veille également "à la défense et à l'illustration de la langue française" dans la communication audiovisuelle. Vaste travail...
La lettre 199 du CSA datée du 18 octobre évoque les problèmes de liaison relevés dans les journaux télévisés et radiophoniques : "Ces incorrections concernent essentiellement les liaisons entre l'adjectif numéral et le substantif comme "deux des vingt-z-artistes", "vingt-z-arrondissements", "trois mille-z-ours", "vingt-six mille-z-adultes", "les quatre-z-adolescents", "quatre vingts-t-euros", "trois cents//euros", "cent quatre-vingts//attaques", etc."
Pour ajouter à la confusion, un animateur de radio facétieux a récemment affirmé que les prononciations [les z-handicapés] et [les z-haricots] étaient désormais admises... Ce canular a été démenti par l'Académie française qui rappelle les "règles courantes de français" à l'usage des internautes.
Le CSA propose par ailleurs une très utile liste des équivalents français aux termes étrangers... de quoi booster la langue de Molière.
19 octobre 2006
Quand les professionnels parlent de l'intelligence économique...
Les Rencontres ICC 2006 qui se déroulent jusqu'au 20 octobre 2006 offrent le double avantage de rassembler des éditeurs majeurs des outils de veille et d'inviter des professionnels de l'intelligence économique à rendre compte de leur métier. Lors d'une assemblée plénière consacrée aux nouvelles frontières de l'intelligence économique, Paul-André Tavoillot, journaliste à Intelligence Online, a présenté les trois tendances consignées dans le Top 100 de l'intelligence économique :
- l'intelligence économique est de plus en plus présente dans les entreprises (forte croissance de son chiffre d'affaire)
- les cellules d'IE intègrent la direction stratégique
- le lobbying et l'influence deviennent opérationnels
Bruno Delamotte, directeur général du cabinet Atlantic Intelligence, a rappelé le coeur de métier de son entreprise : maîtrise des environnements instables, gestion de crise, validation de partenaire... Les effectifs d'Atlantic Intelligence s'élèvent à environ 70 consultants dont la grande majorité se trouve à l'étranger : Afghanistan, Colombie, Nigéria, Argentine... La demande majeure des entreprises faisant appel à Atlantic Intelligence concerne les domaines de la pré-implantation dans des pays "à risque" et de la pré-négociation avec des partenaires financiers inconnus. Bruno Delamotte a tenu à souligner que l'activité de son cabinet se faisait en collaboration avec les pouvoirs publics français.
Jean-Michel Lavoizard, directeur du Bureau de Bruxelles de Diligence LLC, a évoqué le recrutement au sein de ce cabinet états-unien : preuve de vitalité du secteur de l'IE, les effectifs sont passés de 25 à plus de 100 en seulement dix-huit mois ! Une quinzaine de nationalité travaille dans les différents bureaux de Diligence LLC et pratique une quarantaine de langues... Le recrutement de consultants se fait auprès d'institutions nationales ou internationales, mais aussi auprès de services de renseignements. Jean-Michel Lavoizard, le seul Français à ce jour à travailler au sein de Diligence LLC, occupait naguère de hautes fonctions au sein du Commandement des opérations spéciales...
17 octobre 2006
Le patriotisme économique en débat
L'Université de tous les savoirs (UTLS) organise une conférence consacrée au patriotisme économique vendredi 20 octobre 2007 à la Faculté de médecine, 45 rue des Saint-Pères - 75007 Paris à 18h30.
Proposée sous forme de débat, cette conférence opposera Nicolas Baverez (avocat, économiste et contempteur de La France qui tombe) à Jean Pisani-Ferry (directeur du centre de réflexion Bruegel et professeur associé à l'université Paris-Dauphine).
Il est possible d'écouter cette confrontation en direct ou en différé via le relais du quotidien Le Monde.
A écouter :
16 octobre 2006
Députés sous influence
Les journalistes Hélène Constanty et Vincent Nouzilles sont les auteurs d'un livre qui commence à faire parler de lui : Députés sous influences entend "dévoiler la face cachée de l'Assemblée nationale et l'influence grandissante des groupes d'intérêt sur les élus." Ce "voyage dans le monde des coulisses de l'Assemblée nationale et dans le monde secret des marchands d'influence" s'inscrit dans un mouvement qu'il convient de saluer : la mise en lumière de l'univers du lobbying naguère tu, quand il n'était pas nié.
Les auteurs soulignent qu'"officiellement, les groupes de pression n'ont pas droit de cité à l'assemblée nationale mais ils sont omniprésents. Laboratoires pharmaceutiques, industriels de l'armement et de l'agroalimentaire, filière nucléaire, chefs d'entreprise, médecins, viticulteurs, cafetiers, chasseurs : tous ont leurs défenseurs au Palais Bourbon."
Les deux journalistes ont eu la bonne idée de prolonger leur propos en créant un blog éponyme qui propose des informations complémentaires recueillies depuis la sortie de leur ouvrage.
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13 octobre 2006
Le renseignement stratégique
Le Livre blanc sur la défense publié en 1994 dénonçait la "faiblesse du renseignement" de défense qui prévalait alors au sein des armées françaises, et préconisait d'élever le renseignement au rang d'"instrument privilégié de prévention et de gestion des crises".
Dans un article paru dans la revue du Centre d'études stratégiques aérospatiales (CESA) Penser les ailes françaises, le colonel Bruno Mignot décrit les caractéristiques du renseignement stratégique et en analyse les usages politiques. Il rappelle que "le renseignement stratégique est destiné au niveau stratégique, c'est-à-dire aux plus hautes autorités civiles et militaires de l'Etat chargées de définir et de conduire la stratégie globale du pays (...) La fusion des analyses produites par les services concernés par une menace est effectuée au profit du Gouvernement par le Comité interministériel du renseignement (CIR)."
Le colonel Mignot avertit cependant que "les armées ont tendance à confondre stratégie et performance. Qu'on ne s'y trompe pas : voler plus haut, plus vite, plus loin ou plus longtemps ne confère pas pour autant la qualité de stratégique à un capteur aérien. Ce sont la fusion, la comparaison et la complémentarité des sources qui sont à l'origine du renseignement de nature stratégique."
Il conclue son propos ainsi : "Le but du renseignement est l'action. Il passe par la délivrance de la bonne information au bon moment et à la bonne personne."
A lire :
- Le renseignement stratégique (pp. 82-85), (PDF - 1,9 Mo)
11 octobre 2006
Création d'un Observatoire Français des Think-tanks
Saluons la naissance de l'Observatoire Français des Think-Tanks (OFTT) dont l'objectif est de "présenter un grand nombre d'organisations aux profils variés, d'analyser l'émergence du phénomène dans les différents pays et de comprendre leur fonctionnement."
Cette heureuse initiative vient combler un manque d'information en langue française sur le rôle et l'influence des think-tanks, en dépit d'une production éditoriale qui s'étoffe depuis plusieurs mois.
Dirigé par Amaury Bessard, l'OFFT publie également une très intéressante revue trimestrielle "Think" dont le premier numéro est disponible en téléchargement gratuit. Au sommaire de ce numéro 1, une présentation de quatre think-tanks français influents (La République des Idées, l'Institut Montaigne, L'ami public et En Temps réel), un portrait, des entretiens, une étude sur les centres de réflexion au Japon...
A lire :
- Think, n°1 - Octobre 2006 (PDF-2,5 Mo)
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