30 avril 2009
Le soft power protéiforme de la Chine
Le terrain de chasse de la Chine ne connaît pas de limite. Depuis plusieurs années déjà, la pénétration chinoise en Amérique latine se fait de plus en plus visible en Colombie, au Brésil ou à Cuba. L'Afrique, quant à elle, s'est à ce point habituée à la présence de Chinois sur son sol que, selon un ouvrage récent, on assiste à l'émergence d'une Chinafrique : ""Ni hao ! Ni hao" C'est maintenant ce que les petits Ethiopiens ou
Camerounais disent aux Blancs qu'ils croisent dans les rues de leur
pays. Fini les "bonjour" et les "hello!"."
Une situation partie pour durer si l'on en croit le Washington Post qui souligne que la Chine affirme son influence dans le monde à la faveur de la crise économique. Le quotidien relate le cas de la Jamaïque qui, confrontée à une chute libre de sa devise, d'un chômage en forte hausse et d'un secteur bancaire fragilisé par la dette publique, a trouvé de l'aide du côté de Pékin plutôt que de ses alliés traditionnels (les Etats-Unis et la Grande-Bretagne) eux-mêmes sévèrement affectés par la récession économique. Cet activisme économique joue même en faveur du management chinois : "des économistes réputés affirment que l'Inde devrait s'inspirer de la Chine et que des pays latino-américains essaient de retenir les leçons du modèle chinois. En envoyant des délégations en Chine, les pays étrangers montrent l'intérêt qu'ils portent au modèle de développement chinois".
Lors d'une audition devant une commission du Congrès, la secrétaire d'Etat Hillary Clinton a d'ailleurs pris acte du dynamisme de l'Empire du Milieu et préconisé de contrer l'influence chinoise dans le monde : "nous perdons du terrain..." a-t-elle reconnu. Le quotidien Le Monde revient également sur une rupture diplomatique majeure mais passée inaperçue : "longtemps hostile aux opérations de maintien de la paix de l'ONU,
perçues comme un instrument d'ingérence aux mains des grandes
puissances, la Chine a considérablement augmenté ses contributions de
troupes ces six dernières années. En réalité, il s'agit là surtout d'une opération d'image car la contribution chinoise aux opérations de maintien de la paix car la Chine n'est, à ce jour, que le 15ème pays contributeur en troupes de l'ONU.
Source :
- China uses global crisis to assert its influence (Washington Post)
Sur le même thème :
- La pénétration chinoise en Amérique latine préoccupe les Etats-Unis
- Le Japon et la Chine misent sur l'influence par l'information
- Le renseignement chinois au service de la bataille pour les matières premières
- Le soft power très économique de la Chine
28 avril 2009
Quand le Quai d'Orsay laisse traîner les notes confidentielles de la DGSE...
Sylvain Besson est le correspondant à Paris de l'excellent quotidien suisse Le Temps. Comme de nombreux journalistes, il tient un blog bien informé (L'air de Paris) dans lequel il livre ses impressions sur la France, les Français et les coulisses du pouvoir. Autant le dire tout de suite, le ton est souvent féroce... Dans un billet posté hier, Sylvain Besson relate une histoire malheureusement caractéristique des défaillances françaises en matière de protection de l'information sensible : "De passage dans le bureau d'un haut fonctionnaire du Quai d'Orsay,
l'autre jour, j'aperçois une enveloppe jaune marquée "DGSE" et
"confidentiel". Mon interlocuteur s'excuse: "J'ai demandé un
coffre-fort, mais on me l'a refusé au motif que tout l'étage est
sécurisé!" Les rapports des services secrets n'ont d'autre choix que de
traîner ça et là, à portée du premier venu."
Sylvain Besson n'hésite pas à remuer le couteau dans la plaie : "Avis aux Etats étrangers: si vous voulez espionner tranquille, recrutez
des secrétaires du Quai, ou, encore plus simple, prenez des rendez-vous
sous des prétextes bidon à l'heure du déjeuner, traînez dans la salle
d'attente et poussez les portes en faisant semblant de chercher
quelqu'un. Si vous voyez une enveloppe jaune marquée DGSE, emportez-là
: ils ne fouillent pas les gens à la sortie."
Le journaliste suisse a écrit ce billet le surlendemain d'une très intéressante journée portes ouvertes organisée par le Quai d'Orsay qui souhaitait présenter au public les nombreux métiers du ministère des Affaires étrangères. Sans aucun contrôle d'identité, mais après être passés sous un portique de détection, les heureux visiteurs ont eu le plaisir de visiter la salle de presse, l'ancien service des archive diplomatiques et quelques salles de travail dédiées à la diplomatie culturelle de la France : rien de bien dangereux en matière de risque informationnel. En revanche, la visite se poursuivait par le service de la valise diplomatique et surtout l'ancien service du chiffre aujourd'hui baptisé "communications cryptologique"... A défaut de pénétrer dans les pièces les plus sensibles, les visiteurs les plus curieux (et les moins bien intentionnés) savent désormais localiser ce service hautement sensible qui reçoit les télégrammes confidentiels expédiés par les postes diplomatiques français : situé dans des locaux accessibles par un sas de sécurité et protégés une cage de Faraday contre les interceptions électriques et électromagnétiques, le "chiffre" gagnerait à rester indéchiffrable.
Source :
- La pénurie de coffres-forts qui menace le secret défense (L'air de Paris)
Sur le même thème :
- Quand la CIA voulait placer Charles de Gaulle sous influence
- Décrypter un message avec des chiffres et des lettres
- La France, cible privilégiée des services de renseignement chinois
27 avril 2009
Comme son nom l'indique...
... Gilbert Paillasson (sic), pâtissier français invité d'honneur de la Coupe du monde de la pâtisserie qui se tient cette année à Beyrouth. Selon le quotidien libanais L'Orient-Le jour, Gilbert Paillasson "a la tête d'un sculpteur, qu'il est quelque part. Un sculpteur
inspiré, puisqu'il taille la glace avec douceur, même si, parfois, il
utilise... une tronçonneuse."
Source :
- Gabriel Paillasson, "ce qui compte, c'est de faire plaisir aux gens" (L'Orient - Le jour)
26 avril 2009
Défilés militaires du monde entier
Le défilé du 14 juillet est le rendez-vous solennel de l'armée française et de ses citoyens. Marche au pas cadencé, tenues d'apparat, démonstration militaire autant que politique... les défilés ne manquent pas d'allure et rencontrent un grand succès populaire. La France n'est pas la seule nation à honorer ses soldats. Le magazine Life propose un diaporama des défilés militaires les plus pittoresques (crazy military parades) aux quatre coins du monde : tireurs d'élite iraniens en tenue de camouflage à poils TRES longs, nageurs de combat sud-coréens, garde d'honneur bulgare, serveurs de char taïwanais, parachutistes commandos pakistanais, paramilitaires indiens, artilleurs biélorusses... Viril mais correct.
Source :
- Crazy Military Parades (Life)
24 avril 2009
Le lavage de cerveau made in CIA
En d'autres temps, les techniques de persuasion empruntaient volontiers à la violence et à l'avilissement de l'homme. Le lavage de cerveau fut souvent évoqué dans le cinéma et la littérature à défaut d'être puisé dans le monde réel. Pourtant, le lavage de cerveau fut bel et bien utilisé aussi bien par les soviétiques que par le monde libre. Les archives de Radio Canada proposent un reportage sur les campagnes de lavage de cerveau financées par la CIA et soutenues par le gouvernement canadien sur ses propres citoyens...
Le projet Blue Bird, lancé par les Etats-Unis en pleine guerre froide en 1951, visait à développer des techniques de persuasion, de conditionnement et de contrôle psychologique des masses : "le docteur Cameron, ancien colonel de l'armée américaine, reçoit 25
millions de dollars de Washington pour procéder à des expériences sous
le couvert de traitements thérapeutiques. Au cours des
traitements, les patients sont soumis à des chocs psychiatriques
extrêmes. Sous l'effet de barbituriques et de LSD, les sujets sont
abrutis par des messages enregistrés à répétition. Ils subissent des
doses massives d'électrochocs, un sommeil prolongé de plusieurs jours,
des douches chaudes ou glacées."
Ce traitement de choc avait pour but de "déprogrammer" le cerveau du patient pour mieux le reconstituer selon la volonté du médecin. De 1951 à 1960, ce lavage de cerveau fut exercé sur neuf Canadiens avant d'être abandonné : "après 30 ans de silence, l'agence de renseignements américaine consent à dédommager neuf Canadiens, qui se partagent 750 000 $." Radio Canada souligne que cette compensation ne constitue pas pour Washington "un aveu de responsabilité".
Source :
- Lavages de cerveau financés par la CIA (Radio Canada)
Sur le même thème :
23 avril 2009
La guerre de l'information menée par Israël à Genève
La conférence de l'ONU sur le racisme qui vient de se tenir à Genève a, comme prévu, donné lieu à une lutte sans merci entre les pays participants. Une lutte qui emprunte tous les canaux de la stratégie d'influence : pressions médiatiques, lobbying, argumentaires envoyés aux leaders d'opinion, campagnes de presse lancées par des ONG créées pro domo... Cette deuxième conférence intervient après le premier round qui s'était joué à Durban en 2001 et qui avait vu Israël faire l'objet d'une condamnation de la part de certains pays et de nombreuses organisations. L'image de l'Etat hébreu, qui n'avait pas besoin de cela, en avait été particulièrement dégradée. Alors qualifié d'Etat "raciste", Israël semble avoir retenu la leçon de ce cuisant échec en termes de diplomatie publique.
L'hebdomadaire suisse L'Hebdo revient cette semaine sur le plan de guerre médiatique mis en place par Israël et ses différents relais pour ne pas revivre la mésaventure de Durban. Pour Gérard Steinberg, un professeur israélien, la meilleure défense, c'est l'attaque : " Durban I nous est tombé dessus par surprise. Nous n’étions pas préparés, nous dormions." Résultat, Gérard Steinberg a décidé de créer NGO Monitor "une organisation basée à Jérusalem qui se propose de fournir aux
milieux intéressés et au grand public «des analyses critiques de la
production des ONG internationales» sur Israël. Autrement dit, de saper
leur crédibilité, à commencer par Human Rights Watch et Amnesty
International."
Pour Gérard Steinberg, NGO Monitor n'a pas tardé à recueillir les premiers fruits de son activisme : "Notre premier succès a été de pousser la fondation Ford à ne pas soutenir les organisations participant à Durban II." L'Hebdo dresse la liste d'autres groupes de pression, revues et personnalités juifs et/ou pro-israéliens qui ont pris part à l'infoguerre qui s'est jouée à Genève : Elie Wiesel, Bernard-Henri Lévy, Pascal Bruckner, CRIF, Centre de documentation sur Israël, American jewish comitee, Eye on the UN, Weekly Standard, AIPAC...
Source :
- La revanche du monde juif (L'Hebdo)
Sur le même thème :
- Israël et Palestine se disputent les opinions publiques internationales
- Les diplomates de Tel Aviv face à l'image dégradée d'Israël
- You Tube, champ de bataille Israël-Palestine
- Israël face aux limites de sa campgane médiatique contre l'Iran
11 avril 2009
Quand la CIA voulait placer Charles de Gaulle sous influence
Charles de Gaulle et les Etats-Unis... une relation complexe entre deux nations à vocation universaliste. Mais aussi des enjeux de rivalité qui n'excluaient pas la déstabilisation, la guerre informationnelle et le renseignement offensif. Le Point publie les bonnes feuilles d'un ouvrage que le journaliste Vincent Nouzille vient de consacrer aux dossiers de la CIA sur la France et ses différents présidents. Des secrets si bien gardés raconte comment, pendant quatre ans, Jean de la Grandville, un diplomate en poste au Quai d'Orsay, informa la CIA sur la stratégie du Général de Gaulle : accord secrets, consignes envoyées par l'Elysée aux postes diplomatiques français à l'étranger, plans d'installations nucléaire, santé des hommes politiques, intention de quitter le commandement intégré de l'OTAN...
Sur la base de télégrammes, de rapports d'experts et de verbatim, Vincent Nouzille dresse un état des lieux (non définitif) des réseaux atlantistes en France : "les Américains savaient tout ou presque grâce à leurs espions ou à des
informateurs comme Charles Hernu, qui, à la fin des années 60, en
relation étroite avec un agent de la CIA à Paris, rédige des notes
sensibles à destination de l'agence de renseignement. Le livre révèle
comment Washington a encouragé les opposants à de Gaulle, s'est réjoui
de sa déstabilisation en mai 1968 et avait même préparé un plan secret
d'intervention militaire en France au cas il serait assassiné ! "
On lira avec intérêt le chapitre consacré au profil psychologique de Charles de Gaulle que les diplomates et agents de renseignement états-uniens dressèrent afin de mieux influencer le président français : " la CIA a tenté, fin 1962, d'analyser les "moyens d'influencer de
Gaulle" (...). L'agence de renseignement le décrit comme un homme
solitaire, d'une "réserve impénétrable", recevant beaucoup de
visiteurs, mais ne croyant qu'en lui-même, ayant écarté "beaucoup de
ses ministres de tout rôle direct" pour décider des grandes lignes de
la politique nationale (2)."
Source :
- Les archives secrètes de la CIA (Le Point)
Sur le même thème :
- Une opération d'influence de Washington en temps réel
- Le renseignement américain et les journalistes français
- La stratégie d'influence de la French American Foundation
- Emmanuel Todd déplore l'atlantisme des élites françaises
10 avril 2009
La Chine confrontée au manque de filles
Le déséquilibre démographique qui frappe la Chine se confirme. Selon une étude publiée par le British Medical Journal, la Chine compte un excédent de 32 millions de garçons de moins de 20 ans par rapport à la population féminine. Le taux de natalité de garçons atteint une moyenne comprise entre 103 et 107 contre 100 naissances pour les filles.
Cette étude, menée en 2005, rappelle que les raisons de ce déséquilibre démographique provient d'une seule et même raison : les avortements sélectifs qui visent les foetus féminins.
Source :
- China's excess male, sec selective abortion, and one child policy : analysys of data from 2005 national intercensus survey (British medical Journal)
Sur le même thème :
09 avril 2009
Le Canada, cible d'un espionnage multiculturel et technologique
Fidèle à sa tradition de transparence, le Canada publie chaque année un rapport sur les activités de ses services de renseignement (Service canadien du renseignement de sécurité). L'édition 2007-2008 fait apparaître un fort regain d'activité d'espionnage sur le sol canadien : "l’espionnage, la principale source de préoccupation des services de
renseignements jusque dans les années 1990, n’a pas disparu après le 11
septembre. Bien au contraire, il reprend de la vigueur, ne cesse
d’évoluer et se fait même plus offensif grâce aux nouvelles
technologies."
Selon le SCRS, ces activités d'espionnage sont facilitées par la présence au Canada de nombreuses communautés d'origine étrangère : "l’ingérence étrangère dans les affaires intérieures des pays, surtout
au sein des sociétés multiculturelles qui, comme la nôtre, comptent
d’importantes communautés d’immigrants, continue aussi de susciter des
craintes." Les analystes canadiens estiment que cette ingérence passe essentiellement par des actions basées sur les technologies de l'information : "les cyberattaques contre les réseaux informatiques et d’autres systèmes
essentiels de technologie de l’information, auparavant perçues comme
étant en grande partie l’oeuvre de « pirates solitaires », semblent de
plus en plus intéressantes aux yeux de gouvernements ou de groupes
étrangers qui cherchent à perturber l’infrastructure ou l’économie d’un
pays."
Source :
- Rapport public 2007-2008 (Service canadien du renseignement de sécurité)
Sur le même thème :
- Renseignement, action psychologique et opérations d'influence
- Le nouveau visage de l'espionnage aux Etats-Unis
05 avril 2009
La technologie au service de l'avantage stratégique des Etats-Unis
Les guerres ont toujours été de sinistres et formidables facteurs de développement technologique. Les Etats-Unis ont compris depuis longtemps que la recherche et développement leur permettait de se doter d'armes plus performantes que celles de leurs adversaires et que cet avantage comparatif leur donnait les moyens de faire prévaloir leurs vues sur la marche du monde : une Pax Americana fondée sur les micro-processeurs en quelque sorte... Le thème n'est pas nouveau mais il a récemment été au centre d'un séminaire organisé par le programme Leadership for a Networked World, hébergé au sein de la célèbre Harvard Kennedy School, à Boston. Une rencontre organisée autour de retours d'expérience présentés par des militaires, des scientifiques et des universitaires : "les guerres en Irak et en Afghanistan ont été l'occasion d'une extraordinaire innovation rendue possible par des de généreux financements en faveur de la robotique et de systèmes d'armement radioguidés. Alors que nous entrons dans une ère post-guerrière, de nouveaux défis surviennent. La façon dont nous ferons face à ces défis sera crucial pour maintenir le rang de l'Amérique dans le monde".
L'importance accordée par les militaires états-uniens aux armes radioguidées (unmanned weapons systems) n'est pas loin de ressembler à un fétichisme technique mais il garantit, selon le Leadership for a Networked World, le maintien de la supériorité états-unienne : "ces armes ont réellement transformé la bataille dans leurs théâtres d'opérations respectifs (...) L'avantage stratégique de l'Amérique repose sur le caractère ouvert de sa société et la circulation des idées capables de se traduire rapidement en action". Un credo technophile critiqué par certains observateurs qui y voient une sous-estimation flagrante des facteurs humain et politique comme le montre l'incapacité des Etats-Unis et de ses alliés à remporter une victoire militaire et politique en Afghanistan.
Source :
- Unmanned and Robotic Warfare : Issues, options and futures (Leadership for a Networked World)
Sur le même thème :