13 novembre 2009
Les éditorialistes français sont intouchables
Alain Duhamel, Alexandre Adler, Philippe Val, Bernard-Henri Lévy, Laurent Joffrin, Christophe Barbier, Jacques Attali... Le ciel de la France médiatique est constellée d'étoiles qui ne meurent jamais. Des éditorialistes touchés par le don d'ubiquité qui pontifient sur TF1, France 2, France 3, Canal +, au Figaro, au Monde, à Libération, dans L'Express, Le Point, sur France Inter, RTL, France Culture, Europe 1... Un petit ouvrage caustique publié aux éditions La Découverte porte une charge impitoyable contre ces "éditocrates" capables de "parler de (presque) tout en racontant (vraiment) n'importe quoi".
Cet ouvrage collectif (Mona Chollet, Olivier Cyran, Sébastien Fontenelle, Mathias Raymond) se livre à un réjouissant chamboule-tout à travers dix portraits corrosifs et bien informés. Sans son introduction, Sébastien Fontenelle constate : "omniscients, les éditocrates ont un avis sur tout (...) Ils peuvent, avec la même assurance, disserter un jour de la crise financière (...) puis le jour d'après de la disparition de Michael Jackson ou de l'urgente nécessité d'économiser l'eau du robinet, puis encore, le surlendemain, de la guerre d'Afghanistan"...
A propos de l'immortel Alain Duhamel, on apprendra "que l'homme n'avait pas encore marché sur la Lune quand il a écrit sa première chronique, en... 1963".
Source :
- Les éditocrates (La Découverte)
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22 octobre 2009
La Grande-Bretagne honore ses think tanks
La Grande-Bretagne peut se vanter d'avoir un ancien et prospère savoir-faire en matière de think-tanks. Ses centres de réflexion sont particulièrement actifs dans les études économiques et sociales. La revue Prospect Magazine, qui publie déjà un classement annuel des intellectuels les plus influents, vient de décerner les prix attribués aux think tanks les plus en vue.
Co-lauréats 2009 : le Centre for Social Justice et The Institute for Fiscal Studies. Autres lauréats le Royal United Services Institute, Demos, le Institute for Public Policy Research, et le Centre Forum pour son étude consacrée aux solutions pour réduire les effets de la crise économique.
Source :
- Prospect Think Tank of the year : The Winners (Prospect Magazine)
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- Think Tanks : la guerre des idées
29 septembre 2009
Les intellectuels catholiques en quête d'influence et d'expertise
C'est au Collège des Bernardins que le pape Benoît XVI prononça, au mois de septembre 2008, son discours au monde de la culture. Ce même collège accueille la toute nouvelle Académie catholique de France qui vise à donner une plus grande visibilité au message chrétien dans les affaires du monde. Cette stratégie d'influence empruntera la voie de la discrétion plutôt que de l'esbroufe selon le prêtre et philosophe Philippe Capelle cité par le quotidien La Croix : "il n’y aura ni pétitions, ni prises de position sur chaque événement
d’actualité. Ce qui est visé, c’est moins l’engagement que l’expertise."
L'Académie catholique de France est née en 2007 à l'initiative d'universitaires et compte parmi ses promoteurs le philosophe Rémi Brague, le journaliste et essayiste Jean-Claude Guillebaud, et le professeur Jean-Robert Armogathe. Dès le 23 octobre prochain, un colloque consacré à l'héritage de Darwin et aux questions de bio-éthique réunira des scientifiques et des religieux.
La création de cette académie intervient après l'ouverture du Collège des Bernardins et confirme la volonté du monde catholique de reprendre la main dans les débats de société. La Croix souligne que "les intellectuels catholiques n’ont pas disparu. Il existe une
production intellectuelle de qualité, aussi bien dans les universités
que dans les revues, et ceux qui la font veulent le faire savoir".
Source :
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29 août 2009
Régis Debray, persona non grata aux Etats-Unis
Au détour d'une série d'entretiens de Régis Debray diffusés cet été sur France Culture, le philosophe revient sur son passé révolutionnaire qui lui valut, en 1967, une condamnation à 30 ans de prison de Bolivie (il en effectua trois avant d'être expulsé). A la question de savoir ce qu'il reste de ces années, Régis Debray confie : "aujourd'hui encore je suis frappé d'interdiction d'entrée sur le territoire américain. Après 1981, doté d'un passeport diplomatique, j'ai pu aller aux Etats-Unis mais le vice-président Bush était venu demander à Mitterrand deux choses : l'expulsion des ministres communistes et le retrait de mon passeport diplomatique... Le fait est qu'il a eu gain de cause puisque lorsque j'ai remis mon passeport diplomatique, alors que j'étais invité à Boston en 1992, j'ai été refoulé du territoire américain. Les ordinateurs ont une longue mémoire ! Il m'est toujours reproché d'être en contact avec des organisations terroristes..."
Source :
- La Révolution et après ? (France Culture)
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- Jacques Derrida / Régis Debray
29 juillet 2009
Le Vatican bénit le "pôle religions" du Quai d'Orsay
La France était naguère ce pays où toute question relative à la place de la religion dégénérait en drame national. Or, l'annonce du ministère des Affaires étrangères de créer un "pôle religions" chargé de "développer une analyse globale des questions religieuses" n'a provoqué aucun remous au sein de la classe politique française. Il est permis de s'en réjouir. En revanche, le Vatican n'a pas perdu de temps pour accueillir favorablement cette initiative diplomatique. Par la voix de L'Osservatore romano, et de l'agence Zenith, le Saint-Siège loue la décision du ministère des Affaires étrangères : " l'objectif principal du Quai d'Orsay est de sensibiliser les
diplomates de la nouvelle génération aux questions religieuses et
d'apporter une réflexion sur les grands mouvements religieux dans le
monde et sur leurs éventuelles implications politiques".
Pour le Vatican, la création de ce "pôle religions" est à rapprocher du discours sur la "laïcité positive" prononcé par Nicolas Sarkozy le 20 décembre 2007 à Saint-Jean de Latran : " une laïcité qui, « tout en veillant à la liberté de penser, à celle de
croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un
danger, mais plutôt un atout ".
L'agence Zenith précise par ailleurs que le "pôle religions" du Quai d'Orsay sera dirigée par l'intellectuel catholique d'origine libanaise Joseph Maïla et compose de "6 personnes pour 16 000 diplomates".
Source :
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16 mars 2009
De la guerre des idées à l'affaire Aymeric Chauprade
Fidèle à une longue tradition de décryptage des discours et de l'influence, Le Monde diplomatique consacre la dernière livraison de sa collection Manière de voir à la guerre des idées. Organisé autour de trois chapitres, ce numéro dissèque les "producteurs d'idées" (intellectuels, chercheurs...), les "lieux stratégiques" (think tanks, livres, articles, notes de synthèse...) et les "querelles intellectuelles" (choc des civilisations, fin de l'histoire...).
Aux antipodes de l'engagement politique du Monde diplomatique, on lira un éditorial du site Polémia qui prend la défense du chercheur Aymeric Chauprade sèchement congédié du Collège interarmées de Défense pour un texte mettant en cause la "version officielle" des attentats du 11 septembre : "en acceptant le conformisme dominant, en mettant son intelligence en
jachère et son courage au repos, Chauprade aurait sûrement pu conserver
son poste à l’Ecole de guerre. Mais pour quoi faire ?"
Source :
- La guerre des idées (Le Monde diplomatique)
12 mars 2009
Les chroniqueurs de France Culture, des "ânes bâtés et des crétins"
La France souffre de nombreux fléaux dont l'un est à ce jour non résolu : les chroniqueurs. Pas une émission de télévision, pas un programme de radio sans son incontournable chroniqueur. France-Culture n'échappe pas à la règle. En particulier, le matin où, depuis des années, officient Alexandre Adler, Alain-Gérard Slama, Olivier Duhamel et Marc Kravetz.
Lors d'un récent débat organisé par l'association Acrimed, l'économiste Frédéric Lordon a relaté, non sans humour, comment il fut approché par Radio France qui souhaitait lui confier une chronique... et comment il a refusé : "on m'a proposé d'être chroniqueur économique pour Les matins de France Culture et j'ai refusé car c'est le plus sûr moyen de devenir un âne bâté irrécupérable (...) Vous prenez quelqu'un de très intelligent, vous en faites un chroniqueur... et vous en faites un crétin, c'est fatal !"
Frédéric Lordon avance un argument de bon sens pour expliquer son refus : "on a pas tous les jours quelque chose d'intelligent à dire ou alors on recycle toutes les couillonnades qui sont en circulation !" L'économiste préconise de donner la parole à une quarantaine d'experts qui, contrairement aux chroniqueurs précédemment cités, ne seraient pas payés... De sensibilité anti-libérale très affirmée et foncièrement opposé au Traité européen constitutionnel en 2005, Frédéric Lordon ne manque pas de s'amuser que sa proposition s'inscrirait dans "le droit européen de la concurrence..."
Source :
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08 décembre 2008
Barack Obama, adepte de la guerre des idées
La guerre des idées n'est jamais gagnée ou perdue à tout jamais. En 2003, les électeurs états-uniens avaient confié l'ensemble des leviers de commande au parti Républicain : la Maison Blanche, la Chambre des Représentants, le Sénat basculaient à droite. En 2008, Barack Obama a su inverser la tendance et imposer son agenda ainsi que son corpus idéologique. Derrière ce succès, il faut y voir un entourage qui, selon le Time, a mis en place un dispositif particulièrement efficace : "pour reprendre le contrôle de Washington, les Démocrates ont fomenté un coup d'Etat intellectuel conçu par une usine à idées agressive à l'image de ce qu'avait fait la Fondation Heritage" pour aider Ronald Reagan et le parti Républicain à s'emparer du pouvoir en 1981.
Cette reconquête intellectuelle s'est organisée autour du Center for American Progress "l'organisation indépendante la plus influente de Washington sous l'ère Obama" selon l'hebdomadaire. Le Center for American
Progress a été fondé par John Podesta, ancien chef de cabinet de Bill Clinton, qui souhaitait créer un "think tank dopé aux stéroïdes". Doté d'un budget alimenté par des dons qui s'élèvent à 25 millions de dollars par an, le CAP a su trouver de généreux donateurs auprès de personnes privées, d'entreprises et de syndicats. Parmi ces soutiens financiers, on trouve quelques habitués des manoeuvres d'influence : George Soros, Peter Lewis, Herb and Marion Sandler...
Le travail d'influence du CAP ne s'est pas limité aux nombreuses notes fournies à Barack Obama pour convaincre les électeurs et préparer la transition : "dans le même temps, le CAP a travaillé d'arrache-pied pour alimenter les journalistes en sujets de conversation".
Source :
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28 septembre 2008
Les élites et leur passion pour le discours hors-sol
On ne dira jamais assez à quel point la pensée de Marcel Gauchet peut aider l'homme contemporain à comprendre la société dans laquelle il vit. Dans un remarquable entretien publié par Causeur, le philosophe est invité à plancher sur la responsabilité des élites dans "la dépression nationale" que traverse la France depuis plusieurs décennies.
Au risque de passer pour réactionnaire, Marcel Gauchet estime que la formation classique jadis enseignée dans les écoles françaises "possédait l'immense qualité de véhiculer un langage commun dans lequel la société se reconnaissait. Sans avoir besoin d'y penser, les membres des classes dirigeantes parlaient un langage que tout le monde comprenait à peu près. Aujourd'hui, ils tiennent un discours hors-sol dans lequel les populations n'entrent pas et qu'elles rejettent avec d'autant plus de vigueur qu'il heurte les traditions les plus profondes de l'histoire intellectuelle de ce pays". Ce constat ne conduit cependant pas Gauchet à faire porter la responsabilité du malaise français sur les seules élites : "la société française est prisonnière d'un passé qui fait qu'elle attend l'essentiel de l'Etat. On peut le déplorer, vouloir la changer sur ce point, mais c'est ainsi. Les Français veulent un roi qu'ils veulent guillotiner"...
L'immigration apparait comme un objet d'étude particulièrement significatif pour saisir le dialogue de sourds qui caractérise les relations entre les élites et le peuple. Selon Marcel Gauchet, l'immigration est "l'exemple même du désastre politique français. En Europe, la France était le seul pays à avoir une tradition d'immigration, avec une assez remarquable réussite au total, au-delà des accidents de parcours plus ou moins graves. Ce qui aurait pu devenir un atout est devenu un handicap dans le contexte où l'immigration s'est imposée comme une donnée constitutive de la vie des sociétés européennes. Le modèle français classique était républicain et assimilationniste. Il a été pris à contrepied par les nouvelles exigences en matière d'identité culturelle et personnelle. L'individualisme, c'est aussi cela". Traduction médiatique du fossé entre la France d'en haut et la France d'en bas : "une campagne de mépris ahurissante, de la part du gratin, envers ces petits blancs racistes et "fermés". Nous sommes dans un pétrin inextricable. Tout est à refaire et les candidats ne se bousculent pas"...
A lire :
Sur le même thème :
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- Marcel Gauchet et "les anges célestes"
- Laurent Lafforgue et la destruction totale de l'école
08 juillet 2008
Une guerre des idées multiformes
Le thème de la guerre des idées n'est pas nouveau aux Etats-Unis mais il continue d'occuper les diplomates et les chercheurs. Côté diplomates, James Glassman sous-secrétaire d'Etat à la diplomatie publique expliquait récemment "comment gagner la guerre des idées" : affronter directement l'idéologie de l'extrémisme violent, mener la guerre des idées sur une longue période, soutenir des réseaux politiques, sportifs, culturels dans le monde musulman...
Côté chercheurs, le professeur Antulio J. Echevarria II préconise d'examiner la guerre des idées selon quatre grandes catégories :
- Les débats intellectuels : "Toute controverse dans laquelle des points de vue opposés avancent des arguments, apportent des preuves et s'efforcent de réfuter le raisonnement et les conclusions de l'autre".
- Les controverses relatives aux dogmes religieux : "Ces controverses ressemblent aux débats intellectuels mais elles s'en différencient par l'attention portée à l'interprétation des textes sacrés".
- Les guerres idéologiques : " Une guerre idéologique se distingue de la controverse relative aux dogmes religieux en ce qu'elle implique un désaccord quant à l'interprétation de textes sacrés".
- Les campagnes de publicité : "Les campagnes de publicité sont certainement les plus envahissantes des guerres des idées, donc les plus communes (...) L'objectif de telles campagnes est d'orienter les actes du public vers une direction souhaitée, de voter pour un candidat particulier, de visiter un endroit précis ou d'acheter un produit spécifique".
Prudent, l'auteur estime que "les résultats sans conclusion véritable ne sont pas inhabituels dans les guerres des idées"...
A lire :
- Wars of ideas and The war of ideas (PDF - 391 Ko)