22 octobre 2009
La Grande-Bretagne honore ses think tanks
La Grande-Bretagne peut se vanter d'avoir un ancien et prospère savoir-faire en matière de think-tanks. Ses centres de réflexion sont particulièrement actifs dans les études économiques et sociales. La revue Prospect Magazine, qui publie déjà un classement annuel des intellectuels les plus influents, vient de décerner les prix attribués aux think tanks les plus en vue.
Co-lauréats 2009 : le Centre for Social Justice et The Institute for Fiscal Studies. Autres lauréats le Royal United Services Institute, Demos, le Institute for Public Policy Research, et le Centre Forum pour son étude consacrée aux solutions pour réduire les effets de la crise économique.
Source :
- Prospect Think Tank of the year : The Winners (Prospect Magazine)
Sur le même thème :
- Fethullah Gullen, intellectuel méconnu mais "influent"
- Les J.O. des intellectuels les plus influents
- Sans think tanks, la France se trouve sans influence
- Un panorama mondial des think tanks
- Des think tanks comme relais d'influence
- Think Tanks : la guerre des idées
21 juillet 2009
Le nouveau pouvoir hondurien en campagne de lobbying à Washington
Le coup d'Etat qui a amené Roberto Micheletti à la tête du Honduras présente un inconvénient majeur : c'est une catastrophe en terme d'image et de résonnance médiatique. Aussi, les nouveaux dirigeants de Tegucigalpa ont-ils lancé une opération de lobbying auprès des milieux politiques de Washington. Une dépêche de Associated Press précise que "les militaires, les hommes politiques et les milieux d'affaire qui ont évincé le président de gauche Manuel Zalaya ont lancé une campagne de lobbying afin de se présenter comme les hérauts du combat contre le "communisme" et la "dictature".
Cette opération est menée par une équipe composée de responsables politiques et de professeurs de droit qui se trouvent à Washington depuis lundi. Soutenue par les principales organisations patronales honduriennes, cette initiative a pour objectif d'éviter des sanctions que les Etats-Unis pourraient prendre à l'encontre des putchistes. La partie n'est pas gagnée dans la mesure où la secrétaire d'Etat Hilary Clinton a publiquement désapprouvé le coup de force de Roberto Micheletti après que Barack Obama eut, lui aussi, critiqué les dirigeants honduriens. L'Union européenne, quant à elle, a d'ores-et-déjà annoncé son intention de suspendre une aide de 65 millions d'euros au Honduras.
Source :
- Honduras' interim govt sends lobbying team to US (Associated Press)
Sur le même thème :
- La "guerre du football" ou la poursuite de la politique par d'autres moyens
- Moines de Tibéhirine : les ratés des réseaux d'influence algériens en France
17 juillet 2009
Lobbyiste, un métier jeune, féminisé et proche des lieux de pouvoir
Le vénérable Institut catholique de Paris ne s'intéresse pas qu'à la scolastique et au droit canonique. Son enseignement couvre de nombreuses disciplines dont l'économie, la philosophie, la pédagogie... A ce titre, il produit un certain nombre d'études dont une récente analyse de la profession de lobbyiste. Conduite par la Faculté des sciences sociales et économiques (FASSE), cette étude propose les grandes tendances du métier : "c'est une profession "passion" où l'on ne compte pas ses heures qui relève avant tout du droit et de la communication. C'est une profession de représentation des intérêts des clients et d'influence auprès des décideurs publics".
Côté salaires "la rémunération, modérée pour les débutants (environ 30 000 €
bruts/an), devient vite assez élevée au fil des ans (autour de 54 000 €
après 5 à 10 ans de carrière)". Quant au profil des lobbyistes, l'étude de la FASSE précise que "ces professionnels se caractérisent par leur jeunesse, une importante
participation féminine, un haut niveau de qualification, (Bac + 5) une
concentration géographique dans les capitales, lieux de pouvoir."
Source :
- Profession : Lobbyiste, un "métier passion" (Institut catholique de Paris)
Sur le même thème :
- Les insuffisances de l'influence française à Bruxelles
- Barack Obama sans les lobbies, mais avec l'aval du FBI
- Députés sous influence
- Lobbying et réseaux d'influence
- Les Français et le lobbying
27 juin 2009
Le Japon élargit son périmètre d'influence en Asie
Ce que la Japon n'a pu réaliser par la guerre, il le fait par les idées. 60 ans après l'échec de sa croisade militaire en Asie du Sud et en la Chine, l'Empire du soleil levant est en train d'engranger les bénéfices de sa stratégie d'influence déployée depuis plusieurs décennies sur le continent asiatique mais également dans le reste du monde. Dans un billet diffusé par Canal Académie, Françoise Thibault, correspondante de l'Institut de France, estime que "l’influence japonaise est forte, subtile, toute en discrétion, mais
très présente. Dans une ville comme Singapour ou Hong Kong,
elle commence par la banque, la finance, la monnaie et le trafic
maritime. Ce n’est pas pour rien que Sumitomo est le plus gros groupe
bancaire mondial."
La présence japonaise prend une dimension phénoménale dans le secteur automobile où "plus de 80% des véhicules en circulation sont de marque japonaise (...) un peu concurrencé, depuis peu, il est vrai, par des enseignes coréennes et chinoises." Françoise Thibaut vante "le modèle d'influence" nippon dont le périmètre de pénétration ne cesse de s'élargir à de nouveaux horizons : outils technologiques et appareils ménagers bien sûr mais aussi vaisselle, mode vestimentaire, gastronomie, culture avec "le plus grand marchand de livres du monde, Kinokuniya, et ses halls géants à Singapour, Kuala Lumpur, Hong Kong"...
Source :
- Un billet d'Asie : le Japon, modèle d'influence (Canal Académie)
Sur le même thème :
- Le Japon et les Etats-Unis repensent ensemble leur soft power
- Le Japon mise sur son génie pour déployer son soft power
- Le Japon et la Chine misent sur l'influence par l'information
- Le Japon, les signaux faibles et l'intelligence économique
31 mai 2009
Le Japon mise sur son génie pour déployer son soft power
Acteur économique de premier plan mais protagoniste politique discret, le Japon n'en demeure pas moins très attentif à son influence dans le monde. Depuis plusieurs décennies déjà, le gouvernement nippon mène des opérations de soft power à l'intention de tous les publics. Il suffit de fréquenter l'aéroport international de Tokyo Narita pour apercevoir des enfants étrangers invités au Japon par les autorités japonaises. En France, certaines promotions de HEC sont conviées, tous frais payés, à découvrir les entreprises japonaises. En Amérique latine, des adolescent ont également la chance de se voir offrir des séjours dans l'Empire du soleil levant.
Tokyo semble disposée à amplifier ses opérations d'influence, non seulement auprès de publics scolaires ou étudiants, mais également à travers des vecteurs plus institutionnels. Dans un article publié par la revue Highlighting Japan, l'ambassadeur Shotaro Yachi précise que le Japon doit mettre en avant ses atouts pour gagner en visibilité et accroître sa puissance politique : "Je crois que nous pouvons contribuer à la paix et à la stabilité du monde par le biais de notre soft power (grâce à nos atouts économiques, scientifiques, technologiques et culturels) ainsi que par le génie du peuple japonais à l'égard du travail".
Schéma à l'appui, M. Shotaro Yachi dresse un "arc de liberté et de prospérité" qui embrasse une immense zone partant de l'Europe de l'Est jusqu'au Japon et incluant l'Inde et les Balkans, "arc" dans lequel le Japon s'est illustré par une série d'initiatives diplomatiques et humanitaires : soutien aux régimes est-européens pendant leur période de démocratisation dans les années 1990, reconstruction de l'ancienne Yougoslavie et de l'Irak, consolidation des relations stratégiques avec l'Inde, participation au développement économique de la zone ASEAN...
Source :
- Contributing to the World through "Soft Power" (Highlighting Japan)
Sur le même thème :
- Travail d'influence du Japon auprès des "jeunes Européens"
- Le Japon, les signaux faibles et l'intelligence économique
- La diplomatie culturelle du Japon
22 mai 2009
Les think tanks, victimes collatérales de la crise économique
Les think tanks états-uniens sont souvent apparus aux yeux du monde entier comme des modèles à suivre. La qualité de leurs travaux, leur influence et leurs modes de financement étaient souvent cités en exemple de ce côté-ci de l'Atlantique. La crise économique qui touche les Etats-Unis pourrait bien porter un coup terrible à ce modèle. Une note publiée par l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) souligne que le financement des think tanks, qui repose essentiellement sur le secteur privé, est sérieusement remis en question : "Depuis le début de la crise, les fondations, les entreprises et les
donateurs philanthropiques qui faisaient vivre les think tanks sont
devenus beaucoup moins généreux. Dans cette situation, des mesures
commencent à être prises : réduction de personnel, suppression ou
report de programmes, prudence à investir dans de nouveaux projets à
moins qu'ils soient entièrement financés."
L'auteur de la note, Charlotte Lepri, dresse un constat peu enviable des think tanks conservateurs, particulièrement affectés par la réduction des financements privés : " l'American Enterprise Institute, très influent sous
l'administration Bush et principalement financé par des donations en
provenance du secteur privé, a dû abandonner ou réduire le budget de
certaines prestigieuses activités et manifestations. L'AIE
a également supprimé certaines dépenses, comme l'impression et l'envoi
en version papier de certains de leurs rapports. Plusieurs chercheurs
ont également quitté l'institut."
Les think tanks devront donc réduire leur voilure mais la crise économique n'explique pas tout. Selon Charlotte Lepri, "les think tanks américains sont également peut-être victimes, plus
largement, d'une crise de confiance. Ceux qui ont notamment été proches
de l'administration Bush ont perdu en crédibilité, en donnant l'image
d'experts bien souvent trop politiques, trop influents (...) L'expérience néoconservatrice, si elle
n'a pas concerné la majorité des think tanks, a toutefois eu un impact
négatif sur la crédibilité de ces derniers."
Source :
Sur le même thème :
- Les think tanks, antichambre du pouvoir
- Des think tanks français comme relais d'influence
- L'Amérique des think tanks
10 mai 2009
Guerre économique, un état des lieux
L'association Anteios organise, du 12 au 14 juin prochain à Grenoble, un colloque consacré aux nouveaux acteurs et aux nouveaux enjeux de la guerre économique. Les organisateurs visent large et proposent un programme qui fait la part belle à la guerre informationnelle dans ses multiples déclinaisons : les fonds souverains, le crime organisé, les ONG, la guerre économique vue du Japon, des Etats-Unis ou de l'Allemagne, la géopolitique du cinéma, la criminalité informatique, la contrefaçon... Un beau programme qui pourrait être résumé par l'intitulé d'un atelier consacré à "la conflictualité informationnelle".
A noter également, la présence d'un grand témoin au discours souvent dissident : Emmanuel Todd.
Source :
Sur le même thème :
06 mai 2009
Google lance une offensive de charme en direction des leaders d'opinion
Le fantastique succès technologique et populaire de Google peut se résumer à un classement : moins de 10 ans après sa création, la firme de Mountain View figure dans le trio de tête des marques les plus célèbres du monde au côté de Coca-Cola ou de Sony pourtant nées nées bien avant elle. Un succès planétaire fulgurant qui fait l'objet depuis plusieurs mois d'interrogations sur la nature et les objectifs de la société créée par Larry Page et Serguey Brin. De plus en plus d'observateurs remettent en cause la mission philanthropique de Google : " organiser l'information à l'échelle mondiale et de la rendre universellement accessible et utile "...
Google s'est fait une spécialité de ne jamais recourir à la publicité pour promouvoir ses produits. Pourtant, l'hebdomadaire Business Week indique que ses dirigeants ont décidé de rompre avec ce silence : " Google a promptement lancé une campagne de relations publiques qui va au-delà de la simple dédiabolisation. Des responsables de la société s'entretiennent avec des annonceurs, des journalistes, des universitaires, et des parlementaires afin de leur expliquer que, en dépit de sa masse critique, Google doit être aimé plutôt que craint".
Google semble avoir retenu la leçon de la mésaventure arrivée à Microsoft qui, il y a quelques années, avait vu sa réputation sévèrement ternie pour abus de position dominante. Se trouvant aujourd'hui dans une posture similaire avec son moteur de recherche et son projet mondial de numérisation de livres, Google prend acte des risques encourus. Selon une avocate de la société, Dana R. Wagner, "si l'on ignore les gens qui prennent les décisions politiques, on s'expose à en payer le prix à un tarif élevé..."
Source :
- Google 's PR Campaign (Business Week)
Sur le même thème :
30 avril 2009
Le soft power protéiforme de la Chine
Le terrain de chasse de la Chine ne connaît pas de limite. Depuis plusieurs années déjà, la pénétration chinoise en Amérique latine se fait de plus en plus visible en Colombie, au Brésil ou à Cuba. L'Afrique, quant à elle, s'est à ce point habituée à la présence de Chinois sur son sol que, selon un ouvrage récent, on assiste à l'émergence d'une Chinafrique : ""Ni hao ! Ni hao" C'est maintenant ce que les petits Ethiopiens ou
Camerounais disent aux Blancs qu'ils croisent dans les rues de leur
pays. Fini les "bonjour" et les "hello!"."
Une situation partie pour durer si l'on en croit le Washington Post qui souligne que la Chine affirme son influence dans le monde à la faveur de la crise économique. Le quotidien relate le cas de la Jamaïque qui, confrontée à une chute libre de sa devise, d'un chômage en forte hausse et d'un secteur bancaire fragilisé par la dette publique, a trouvé de l'aide du côté de Pékin plutôt que de ses alliés traditionnels (les Etats-Unis et la Grande-Bretagne) eux-mêmes sévèrement affectés par la récession économique. Cet activisme économique joue même en faveur du management chinois : "des économistes réputés affirment que l'Inde devrait s'inspirer de la Chine et que des pays latino-américains essaient de retenir les leçons du modèle chinois. En envoyant des délégations en Chine, les pays étrangers montrent l'intérêt qu'ils portent au modèle de développement chinois".
Lors d'une audition devant une commission du Congrès, la secrétaire d'Etat Hillary Clinton a d'ailleurs pris acte du dynamisme de l'Empire du Milieu et préconisé de contrer l'influence chinoise dans le monde : "nous perdons du terrain..." a-t-elle reconnu. Le quotidien Le Monde revient également sur une rupture diplomatique majeure mais passée inaperçue : "longtemps hostile aux opérations de maintien de la paix de l'ONU,
perçues comme un instrument d'ingérence aux mains des grandes
puissances, la Chine a considérablement augmenté ses contributions de
troupes ces six dernières années. En réalité, il s'agit là surtout d'une opération d'image car la contribution chinoise aux opérations de maintien de la paix car la Chine n'est, à ce jour, que le 15ème pays contributeur en troupes de l'ONU.
Source :
- China uses global crisis to assert its influence (Washington Post)
Sur le même thème :
- La pénétration chinoise en Amérique latine préoccupe les Etats-Unis
- Le Japon et la Chine misent sur l'influence par l'information
- Le renseignement chinois au service de la bataille pour les matières premières
- Le soft power très économique de la Chine
12 mars 2009
Les chroniqueurs de France Culture, des "ânes bâtés et des crétins"
La France souffre de nombreux fléaux dont l'un est à ce jour non résolu : les chroniqueurs. Pas une émission de télévision, pas un programme de radio sans son incontournable chroniqueur. France-Culture n'échappe pas à la règle. En particulier, le matin où, depuis des années, officient Alexandre Adler, Alain-Gérard Slama, Olivier Duhamel et Marc Kravetz.
Lors d'un récent débat organisé par l'association Acrimed, l'économiste Frédéric Lordon a relaté, non sans humour, comment il fut approché par Radio France qui souhaitait lui confier une chronique... et comment il a refusé : "on m'a proposé d'être chroniqueur économique pour Les matins de France Culture et j'ai refusé car c'est le plus sûr moyen de devenir un âne bâté irrécupérable (...) Vous prenez quelqu'un de très intelligent, vous en faites un chroniqueur... et vous en faites un crétin, c'est fatal !"
Frédéric Lordon avance un argument de bon sens pour expliquer son refus : "on a pas tous les jours quelque chose d'intelligent à dire ou alors on recycle toutes les couillonnades qui sont en circulation !" L'économiste préconise de donner la parole à une quarantaine d'experts qui, contrairement aux chroniqueurs précédemment cités, ne seraient pas payés... De sensibilité anti-libérale très affirmée et foncièrement opposé au Traité européen constitutionnel en 2005, Frédéric Lordon ne manque pas de s'amuser que sa proposition s'inscrirait dans "le droit européen de la concurrence..."
Source :
Sur le même thème :