14 octobre 2009
Les journalistes et leur difficulté à parler du monde ouvrier
Une récente étude menée par le Conseil supérieur de l'audiovisuel pointait la sous-représentation du monde ouvrier dans les médias français : alors qu'ils représentent 22,8 % des actifs occupés, les ouvriers ne comptent que pour 2 % dans la représentation médiatique. Mais qu'en est-il du côté des journalistes ? L'observatoire des médias ACRIMED propose les résultats d'une étude menée au Royaume-Uni sur l'origine sociale des journalistes britanniques. Résultat : "les journalistes nés depuis 1970 sont pour la plupart issus des classes moyennes aisées [middle class], voire de la grande bourgeoisie [upper middle class].
Et la profession de journaliste se classe au troisième rang des
professions les plus fermées socialement, juste derrière les médecins
et les avocats".
Cette étude ne vaut bien sûr que pour la Grande-Bretagne mais ses résultats offrent une certaine ressemblance avec la situation française telle qu'elle est perçue par les analystes politiques états-uniens de l'Office of the Director of national Intelligence : "de nombreux
journalistes politiques et économiques ont reçu une éducation élitiste
et fréquenté les mêmes établissements universitaires que les hommes
politiques dont ils couvrent l'actualité... Par conséquent, ces
reporters n'ont guère tendance à considérer leur rôle comme celui d'un
chien de garde ou d'un contrepoids aux pouvoirs politique et économique
en place".
Source :
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- Les ouvriers, pas vus à la TV
- Le renseignement américain et les journalistes français
- Les chroniqueurs de France Culture, "des ânes bâtés et des crétins"
- Dominique de Villepin et "la pâtée pour chat" journalistique
28 septembre 2009
La guerre télévisée a bien eu lieu
En 2008, les principales chaînes de télévision françaises ont diffusé 1290 sujets consacrés à la guerre. TF1, France 2, France 3, Canal+, Arte et M6 ont relayé 26 conflits avec une forte prévalence pour la guerre Israël-Palestine (369 sujets), les combats en Afghanistan (262), et la bataille qui a opposé la Russie et la Georgie. Moins bien traités la guerre des Balkans, le Congo, le Darfour et l'Inde n'ont fait l'objet que de 59, 58, 29 et 11 reportages.
Dans son baromètre thématique des journaux télévisés, l'Institut national de l'audiovisuel (INA) a recensé non seulement les reportages diffusés en 2008 mais s'est également intéressé à la médiatisation des conflits sur une période de dix ans (1999-2008). Avec 3902 sujets, la guerre d'Irak "est le conflit le plus médiatisé de ces dix dernières années".
L'INA évoque également une "géographie médiatique des conflits" qui fait apparaître "des régions plutôt pacifistes et d'autres particulièrement troublées". Etonnement, les continents les plus touchés par la guerre ne sont les plus exposés médiatiquement : avec 17 conflits, l'Afrique a fait l'objet de 1251 sujets (sur la période 1999-2008) alors qu'avec 3 conflits, le Proche-Orient a été traité dans 7101 sujets.
Selon le document INA Stat, ces données sont issues des éditions du soir des six principales chaînes françaises.
Source :
- Les JT par temps de guerre (Institut national de l'audiovisuel)
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12 mars 2009
Les chroniqueurs de France Culture, des "ânes bâtés et des crétins"
La France souffre de nombreux fléaux dont l'un est à ce jour non résolu : les chroniqueurs. Pas une émission de télévision, pas un programme de radio sans son incontournable chroniqueur. France-Culture n'échappe pas à la règle. En particulier, le matin où, depuis des années, officient Alexandre Adler, Alain-Gérard Slama, Olivier Duhamel et Marc Kravetz.
Lors d'un récent débat organisé par l'association Acrimed, l'économiste Frédéric Lordon a relaté, non sans humour, comment il fut approché par Radio France qui souhaitait lui confier une chronique... et comment il a refusé : "on m'a proposé d'être chroniqueur économique pour Les matins de France Culture et j'ai refusé car c'est le plus sûr moyen de devenir un âne bâté irrécupérable (...) Vous prenez quelqu'un de très intelligent, vous en faites un chroniqueur... et vous en faites un crétin, c'est fatal !"
Frédéric Lordon avance un argument de bon sens pour expliquer son refus : "on a pas tous les jours quelque chose d'intelligent à dire ou alors on recycle toutes les couillonnades qui sont en circulation !" L'économiste préconise de donner la parole à une quarantaine d'experts qui, contrairement aux chroniqueurs précédemment cités, ne seraient pas payés... De sensibilité anti-libérale très affirmée et foncièrement opposé au Traité européen constitutionnel en 2005, Frédéric Lordon ne manque pas de s'amuser que sa proposition s'inscrirait dans "le droit européen de la concurrence..."
Source :
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- Le journalisme selon Jean Lebrun
01 mars 2009
Les ouvriers, pas vus à la TV
Il est courant en France de critiquer la sous-représentation des minorités visibles dans les médias. Leur faible présence est souvent comparée à celle des Etats-Unis qui leur accorde désormais une visibilité exemplaire. "Il s’agit d’un non-sens, puisqu’aux Etats-Unis la proportion de personnes de couleur dans la
population n’est pas identique. De fait, comme on ne sait dire
exactement combien on compte de "noirs" ou "d’asiatiques" en France, il
est impossible de savoir si ceux-ci sont très nettement
sous-représentés ou pas..." affirme l'Observatoire des inégalités. Cet organisme souligne que d'autres catégories que les minorités visibles sont tricardes à la télévision.
Sur la base d'une étude du Conseil supérieur de l'audiovisuel, l'Observatoire des inégalités pointe la sous-représentation des femmes : environ 33 % de présence alors qu'elles constituent la moitié de la population totale ; surtout, l'Observatoire remarque la quasi-absence des ouvriers (2 %) alors qu'ils représentent 22,8 % des actifs occupés. Les employés, quant à eux, sont un peu mieux lotis avec une visibilité de 16 % des personnes vues pour 29,8 % des actifs. Humiliation supplémentaire pour le monde ouvrier : "on obtiendrait des écarts encore
plus grands si l’on étudiait uniquement les émissions d’informations ou
les débats, où la parole est quasiment monopolisée par les professions
intellectuelles, les moins diplômés étant confinés à la "télé-réalité"."
Source :
- Qui est sous-représenté dans les médias ? (Observatoire des inégalités)
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23 février 2009
Le renseignement américain et les journalistes français
Le monde de la presse a toujours intéressé les services de renseignement. Aux Etats-Unis, The Office of the Director of National Intelligence a récemment rendu public un rapport consacré à l'état de la presse en France. Rien de confidentiel dans ce document qui se contente de dresser un panorama de la presse écrite, des chaînes audiovisuelles et de la blogosphère françaises.
On méditera ce propos tiré de la préface de ce Media Guide France 2008 : "parmi les quelque 37 000 journalistes français, nombreux sont ceux qui se considèrent comme des intellectuels plutôt que comme des reporters. Au lieu de simplement rapporter des faits, ils essaient souvent d'influencer les lecteurs à travers leur propre parti pris. En même temps, de nombreux journalistes politiques et économiques ont reçu une éducation élitiste et fréquenté les mêmes établissements universitaires que les hommes politiques dont ils couvrent l'actualité... Par conséquent, ces reporters n'ont guère tendance à considérer leur rôle comme celui d'un chien de garde ou d'un contrepoids aux pouvoirs politique et économique en place".
Source :
- France -- Media Guide 2008 (Open source center, Office of the director of national intelligence)
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- Dans les cuisines du Canard enchaîné
- Daniel Schneidermann : le web comme contre-pouvoir face à la presse
- La presse, un métapouvoir et une "arme de destruction massive"
27 octobre 2008
Dans les cuisines du Canard enchaîné
2 000 dessins, 650 pages, 4,5 kg... Les éditions Les Arènes n'ont pas fait les choses à moitié pour célébrer les 50 ans de la cinquième République vus par le Canard enchaîné. Un ouvrage qui se déguste comme un menu pimenté : affaire des avions renifleurs, démission du Général de Gaulle, mandats de François Mitterrand, élection de Nicolas Sarkozy...
A l'occasion d'une rencontre organisée par la FNAC, plusieurs plumes du Canard ont rencontré leurs lecteurs très curieux de connaître les cuisines de l'hebdomadaire, en particulier les sources d'information de la page 2. Selon Patrick Lestrohan, rédacteur en chef, "les meilleures sources sont les hommes politiques eux-mêmes... Et parfois, il y a des surprises !" A la question de savoir si Nicolas Sarkozy, alors membre du RPR, était un informateur du Canard, le journaliste n'a pas démenti... En revanche, Patrick Lestrohan a réfuté tout contact avec les Renseignements Généraux : "leur métier est d'intoxiquer... !"
Dur métier que celui de dessinateur au Canard enchaîné. Selon Kerleroux, "le lundi soir (jour de bouclage) il y a 300 dessins... Le mercredi matin (jour de parution), il en reste entre 28 et 32...".
20 juin 2008
Les Etats-Unis, hyperpuissance dans les journaux télévisés
Selon le baromètre thématique des journaux télévisés de l'Institut national de l'audiovisuel (INA), " en 2007, ce sont les Etats-Unis qui occupent le plus d'espace dans les JT avec pas moins de 1329 sujets les concernant comme acteur principal ou secondaire d'un évènement ". A titre de comparaison, la Grande-Bretagne arrive en deuxième position (884 sujets) et l'Allemagne troisième (774 sujets)... l'Inde et son milliard et des poussières d'habitants n'a eu le droit qu'à 127 sujets.
INA'Stat, l'outil de suivi statistique de l'information télévisée développé par l'INA, mesure l'évolution des "grandes tendances de la couverture médiatique" sur les 6 chaînes nationales hertziennes. Lors du premier trimestre 2008, l'INA précise que le traitement médiatique de l'actualité internationale a été dominé par la répression chinoise au Tibet (111 sujets) puis par la campagne des primaires pour les élections présidentielles aux Etats-Unis (46 sujets) devant l'Union européenne (42 sujets). Cette prééminence états-unienne a toutes les chances de se consolider avec la campagne des élections présidentielles qui commencera à la fin de l'été. Comme l'indique le bulletin INA'Stat, " les Etats-Unis [sont la] première puissance mondiale... aussi dans les JT ".
A lire :
- INA'Stat n°9 - L'Europe loin des projecteurs (PDF - 444 Ko)
03 février 2008
Daniel Schneidermann : le web comme contre-pouvoir face à la presse
Et de deux ! Après la suppression d'un article du politologue Eric Dupin par la direction du Figaro, c'est au tour de Libération de censurer l'un de ses chroniqueurs, Daniel Schneidermann. Etude trop critique sur la popularité de Nicolas Sarkozy dans le premier cas, analyse dissidente sur la crise qui secoue Le Monde dans le second cas. Si Le Figaro a choisi de garder le silence, la justification de Libération touche au sublime : " Cette chronique (...) contenait un certain nombre d’attaques ad hominem violentes mettant en cause l’honorabilité des personnes citées (...) il n’est pas toujours interdit d’interdire". Tout cela dans l'édition de Libération célébrant Mai 68...
A l'occasion d'un débat organisé vendredi 1er février par la FNAC Odéon, Daniel Schneidermann est revenu sur cette censure et l'a replacée dans un contexte plus général : "La presse a un pouvoir considérable sans aucun contre-pouvoir en face d'elle (...) La corporation est extrêmement susceptible." C'est donc sans surprise qu'il avait assisté au mois de juin dernier à une autre suppression : celle de son émission Arrêt sur Images.
Mais l'aventure continue sur le web avec un site fonctionnant sans publicité et sans faire appel à de généreux et prospères parrains. Face au scepticisme des spécialistes du web, Daniel Schneidermann observe que "tous les connaisseurs d'Internet nous disaient que le pli du gratuit était pris et que personne ne paierait". Résultat : près de 30 000 internautes ont souscrit un abonnement de 30 euros pour l'année ou 12 euros pour les personnes en situation difficile, alors que le seuil de rentabilité était fixé à environ 10 000 abonnés. Certains bénéficient même d'un accès gratuit : étudiants sans le sou, particuliers en grande précarité...
L'équipe de six personnes vise une ambition précise selon Daniel Schneidermann : "le besoin de mémoire car la machine médiatique secrète de l'amnésie". Pour cela, le site Arrêt sur Images peut puiser dans les archives constituées tout au long des douze ans de l'émission diffusée sur France 5 (1995-2007). Ces archives sont propriété d'Arrêt sur Images et non pas de France 5...
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06 décembre 2007
La presse, un méta-pouvoir et une "arme de destruction massive"
La presse quotidienne parisienne se porte mal... La faute aux NMPP, dit-on dans les rédactions, qui en raison de leur monopole sur la distribution des journaux alourdit le prix de vente des quotidiens ; la faute à la publicité qui se détourne du papier pour investir Internet ; et, pourquoi pas, la faute aux lecteurs incapables de consacrer 1,20 euros à la prose journalistique parisienne... Jamais évoqué, le contenu éditorial dont la qualité ne saute pas spontanément aux yeux des lecteurs... Bernard Poulet, ancien rédacteur en chef de plusieurs hebdomadaires (Courrier International, L'Expansion, L'Evènement du jeudi...) ne mâche pas ses mots quant à l'offre éditoriale proposée par les quotidiens. Lors d'une conférence prononcée au mois de novembre 2006 devant le club Politique autrement, il dénonçait "les nouveaux mythes de la presse après mai 1968 (...) Avec « Libé », à partir de 1973, on assiste également au triomphe de
deux nouveaux mythes venus d’outre-Atlantique : celui du « nouveau
journaliste » et, assez vite après le « Watergate », celui du
journalisme d’investigation (...) Le « nouveau
journalisme » est la traduction du narcissisme moderne : le journaliste
n’est plus là pour raconter les événements tels qu’ils sont, mais pour
raconter la manière dont il les vit personnellement."
Bernard Poulet poursuit : "Le succès plus durable du « journalisme d’investigation » a quelque
chose à voir avec la volonté de la génération de Mai 68 de poursuivre
une forme d’activité militante par le journalisme, même si ce n’est
plus une presse de parti. La divine surprise pour les ex-gauchistes va
encore une fois provenir de l’Amérique avec l’affaire du Watergate :
deux journalistes font tomber Richard Nixon, le président des
États-Unis, l’homme le plus puissant du monde (...) Le journalisme apparaît alors comme une
formidable arme politique : si on a pu faire tomber Nixon, on doit
pouvoir en faire tomber d’autres ! Ce mythe dont l’arme fatale
s’appelle « investigation » va irriguer les pratiques journalistiques
françaises pendant plus de vingt ans. Beaucoup de nouveaux journalistes
sont dès lors convaincus que la presse peut être une « arme de
destruction massive » servant à mener dans la société des batailles
politiques dont l’objectif dépasse, transcende ceux des partis
politiques. La presse se prend alors pour un méta-pouvoir, chargé de
dire le bien et le mal, en position d’arbitrer qui a le droit (ou ne
l’a pas) de gouverner dans le pays."
Bernard Poulet est l'auteur d'un essai très critique sur les pratiques journalistique du journal Le Monde (Le pouvoir du Monde. Quand un journal veut changer la France). Sorti en 2003, cet ouvrage bien documenté avait été éclipsé par le succès du livre de Pierre Péan et Philippe Cohen, La face cachée du Monde.
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18 juin 2007
La suppression d'Arrêt sur Images
La rumeur circulait depuis plusieurs semaines déjà... et a été rattrapée par la réalité : l'émission Arrêt sur images ne sera pas reconduite la saison prochaine selon une "source officieuse" citée par Le Point. Lors de la dernière émission diffusée hier, Daniel Schneidermann avait laissé transparaître ses inquiétudes sur le sort de l'émission alors que l'observatoire des médias Acrimed (proche de la mouvance altermondialiste) évoquait les "menaces" pesant sur Arrêt sur Images.
Il y a fort à parier que la suppression d'ASI réjouira de nombreuses chaînes de télévisions, et pas seulement TF1, qui étaient régulièrement épinglées par la veille scrupuleuse effectuée par l'équipe d'ASI. Toutes les semaines, des "manquements" aux règles élémentaires de la probité étaient révélés sans que cela ne bouleverse leurs pratiques. On se souvient comment une journaliste de France3 avait inventé la mort d'une rescapée de l'ouragan Katrina en 2005 afin de mieux coller à la réalité... Ce mensonge conscient n'avait provoqué ni sanction, ni scandale... On imagine le tohu-bohu si la manipulation avait été signée TF1...
Il est à noter que la suppression d'Arrêt sur Images intervient un an après la disparition du Premier pouvoir autre émission critique des médias. Présentée par Elisabeth Lévy sur France Culture pendant deux saisons, cette émission entendait porter une critique argumentée contre "le pouvoir croissant, parfois exorbitant des médias".
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