Casus Belli

Géopolitique - Politique - Société

11 octobre 2011

Les pratiques d'influence en intelligence économique : le cas de la culture populaire japonaise

 

2120107Les émissions consacrées à l'intelligence économique sont suffisamment rares pour être signalées. Le Dessous des cartes a décidé de consacrer sa dernière émission à l'intelligence économique. Trois thèmes ont été retenus par les auteurs de l'émission : le renseignement économique, la protection du patrimoine intellectuel et matériel, ainsi que les pratiques d'influence.

On retiendra l'usage de l'influence par l'exportation de la culture populaire déployée par le Japon. Objectif selon Jean-Christophe Victor : "construire une image positive du pays dans le monde et particulièrement dans le Sud-Est asiatique". Le Japon a ainsi misé sur quelques vecteurs d'influence très efficaces auprès du grand public : la cuisine, les mangas, les jeux vidéo et, plus largement, la culture populaire. Trois grands cartons témoignent de la puissance de l'industrie nipponne du divertissement : Pikachou, Hello Kitty et Pokemon... Ce dernier a généré 8 000 produits dérivés dont un jeu de cartes qui s'est écoulé à 14 milliards de cartes dans le monde ! En 2005, la petite industrie de Pokemon a enregistré un chiffre d'affaires estimé à 150 milliards d'euros.

Au-delà, le Japon est parvenu - en partie - à changer son image de pays colonialiste en puissance du soft power. Grâce à une alliance public/privé, L'Empire du Soleil Levant est par ailleurs devenu le principal compétiteur des Etats-Unis dans l'exportation de produits culturels.

 

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11 avril 2011

EADS/Boeing, un cas d'école de guerre économique

guerre__conomique_PUFAu mois de février dernier, le Pentagone annonçait avoir finalement choisi l'américain Boeing plutôt que le constructeur européen EADS pour l'achat de 179 avions-citernes ravitailleurs. Un contrat estimé à 35 milliards de dollars. La bataille entre les deux constructeurs a duré plusieurs années et a mobilisé tous les vecteurs de l'hyper-concurrence économique contemporaine parmi lesquels la guerre de l'information a joué un rôle important.

Dans leur ouvrage consacré à la guerre économique récemment publié par les Presses universitaires de France, Eric Delbecque et Christian Harbulot recensent les actions lancées par Boeing pour entraver son concurrent européen EADS : "une véritable guerre de l'information" précisent-ils. Cette campagne d'influence s'est appuyée sur une série de thèmes qui ont été méthodiquement exploités par le think tank Center for Security Policy (CSP) dont le financement est assuré, entre autres, par Boeing... Les analystes du CSP ont ainsi joué toute la gamme de l'infoguerre : origine étrangère du groupe EADS face au dogme "America first", rumeurs de pots-de-vin, présence d'une banque russe dans le capital d'Airbus, relations commerciales du groupe européen avec des pays hostiles aux Etats-Unis tels que l'Iran ou le Vénézuela, anti-américanisme supposé des salariés d'EADS en raison de la présence du syndicat CGT...

Pour autant, les deux auteurs rappellent que ces actions agressives n'ont pas, à elles seules, empêché EADS de remporter le marché. Le groupe européen était entravé par des dysfonctionnements internes liés au management et à l'organisation industrielle. Des faiblesses endogènes que Boeing a maximisées grâce à des actions exogènes particulièrement porteuses auprès des décisionnaires états-uniens.

Comme le soulignent Eric Delbecque et Christian Harbulot, " les affrontement concurrentiels d'aujourd'hui n'ont donc rien d'une aimable compétition arbitrée exclusivement par le libre jeu de l'offre et de la demande..."

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15 mai 2010

La France se dote enfin d'un portail de l'intelligence économique

portail_ieLa France et le monde francophone disposent désormais d'un centre de ressources numériques dédié à l'intelligence économique. Lancé officiellement le 11 mai dernier, le Portail de l'IE propose un corpus particulièrement étoffé : définitions, bibliographie, institutions, organismes de formation, agenda, revue de presse, sélection de sites et de blogs...
La création de ce portail vient combler un manque de visibilité d'une discipline qui, dans le meilleur des cas est méconnue, et dans le pire des cas associée à des activités barbouzardes. On appréciera d'autant plus la rubrique consacrée aux métiers de l'intelligence économique qui permettra aux néophytes  et aux sceptiques de découvrir les différentes activités qui la composent  : veilleur, analyste, lobbyiste, auditeur ou consultant.
Le Portail de l'IE propose également un annuaire non exhaustif des entreprises françaises qui évoluent dans le domaine de l'intelligence économique : cabinets de veille, éditeurs de logiciels, prestataires...
Conçu à l'initiative de l'Association des anciens de l'Ecole de guerre économique, le Portail de l'IE est le fruit d'un travail collectif entrepris il y a plus de deux ans. On lira avec intérêt la définition qu'il donne de l'influence : "l'art du faire croire, faire savoir et faire faire. Concrètement, il s'agit de modifier les représentations et les croyances d'autrui. Cela induit un changement des perceptions puis du comportement. Cest un processus mené de manière invisible, indirecte et continue. Aujourd'hui, l'influence est à la fois l'élément déclencheur et la finalité de la stratégie".


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10 mai 2009

Guerre économique, un état des lieux

fest_geoL'association Anteios organise, du 12 au 14 juin prochain à Grenoble, un colloque consacré aux nouveaux acteurs et aux nouveaux enjeux de la guerre économique. Les organisateurs visent large et proposent un programme qui fait la part belle à la guerre informationnelle dans ses multiples déclinaisons : les fonds souverains, le crime organisé, les ONG, la guerre économique vue du Japon, des Etats-Unis ou de l'Allemagne,  la géopolitique du cinéma, la criminalité informatique, la contrefaçon... Un beau programme qui pourrait être résumé par l'intitulé d'un atelier consacré à "la conflictualité informationnelle".
A noter également, la présence d'un grand témoin au discours souvent dissident : Emmanuel Todd.

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18 octobre 2008

Le Japon, les signaux faibles et l'intelligence économique

P1000625Dans le domaine de l'intelligence économique, le Japon fait souvent figure de précurseur et de pays de référence. Dans un ouvrage collectif récemment publié par les éditions Hermès-Lavoisier (L'intelligence économique, Co-construction et émergence d'une discipline via un réseau humain), Pierre Fayard et Jean-Pierre Bernat consacrent un très intéressant article au Japon, considéré ici comme un "archipel de la connaissance communautaire".
Un rappel géographique tout d'abord, essentiel lorsqu'il s'agit du Japon ; l'environnement naturel et climatique de l'Empire du soleil Levant n'est pas des plus favorables : "La géographie et l'histoire du Japon jouent un rôle déterminant dans cette civilisation. Les caractères  physiques de ce pays insulaire, montagneux et assis sur un volcan, tout comme sa relation particulière au continent, la Chine principalement, se retrouvent en effet dans sa culture (...) Le Japon est un pays singulier où celui qui cherche à tout comprendre de manière claire et distincte risque de passer à côté de l'essentiel (...) En empruntant à l'oenologie, on dirait que la culture japonaise est longue en bouche".
Les deux auteurs soulignent que la culture nipponne semble prédisposer à la détection des signaux faibles : "
Au Japon, on dit que l'observation du mouvement des carpes dorées dans les étangs permet de prévoir l'imminence d'un tremblement de terre. L'attention aux signes, faiblement perceptibles, annonciateurs de changements, participe du do des personnes soucieuses d'harmonie autant à l'intérieur de la société japonaise que dans ses relations avec l'extérieur."
Tout naturellement, les Japonais accordent une grande importance aux réseaux, à l'innovation et à l'intelligence collective : "L'échange de données, d'informations et d'opinions, la mobilisation et la collaboration sur un projet pour affronter l'inconnu et la nécessité, confluent dans le ba (la place) des organisations."

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15 octobre 2008

Le conseil stratégique français en quête de masse critique

mappemondeA l'image du secteur de l'intelligence économique, le domaine du conseil stratégique est marqué par une activité soutenue et donne naissance à de nombreux cabinets. Selon une note de TTU, "le marché de l'expertise stratégique se porte plutôt bien (...) La volatilité des menaces et le contexte international tendu (Géorgie, Iran, Corée du Nord, Vénézuela...) offrent aux principaux cabinets de conseil français, qui ont fleuri sur la place de Paris à partir du milieu des années 1990, des perspectives inespérées d'études, de consultances et d'organisation d'évènements pour la communauté de la défense et de l'armement".
TTU dresse une liste non exhaustive des cabinets parisiens en commençant par l'incontournable Geos dont la visibilité médiatique est certainement la plus forte. Au côté du plus puissant cabinet français apparaissent "des concurrents de plus en plus soucieux d'occuper certaines  niches" : Axis (orienté intelligence économique), la Compagnie européenne d'intelligence stratégique, le Club Participation & Progrès, la société d'Experts Partenaires pour l'Entreprise à l'Etranger, Sécurité sans Frontières, Eurocrise...
Autant de cabinets qui, faute d'atteindre une masse critique, doivent miser sur l'innovation pour rivaliser avec les mastodontes anglo-saxons tels Kroll ou DynCorp. Autre écueil pour les cabinets français : la défiance portée par une bonne partie du personnel politique et médiatique aux secteurs de l'intelligence économique et aux enjeux de la guerre informationnelle.

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24 octobre 2007

L'ENA fait le pari de l'intelligence économique

enaL'Ecole nationale d'administration semble en passe de prendre la mesure des menaces informationnelles induites par l'économie contemporaine. Elle propose pas moins de trois formations liées, peu ou prou, à l'intelligence économique : la première porte sur le rôle de l'Etat dans l'intelligence économique, la deuxième concerne le lobbying européen dont "le programme s'attache à approfondir les connaissances relatives aux stratégies d'influence"...
La troisième, enfin, est consacrée à la communication de crise et vise à "acquérir les réflexes de base en situation de crise" et à "mettre en place une stratégie de communication adaptée".

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15 octobre 2007

Risques pays, risques politiques et mesure de la gouvernance

risques_paysLes analystes financiers sont de gros consommateurs de littérature consacrée aux "risques pays". Leurs observations inciteront ou, au contraire, dissuaderont les investisseurs à s'engager dans un pays ou dans une région. La Direction des études économiques du Crédit Agricole consacre son mensuel Eclairages (octobre 2007) aux risques politiques et aux risques pays, et propose des "pistes" pour les mesurer.
Mais qu'entend-on par "risque pays" ? L'étude précise : "le risque pays rend compte du risque supplémentaire pris lorsqu'une opération commerciale, financière ou d'investissement, est réalisée au-delà des frontières nationales. Il s'agit alors de déterminer le risque afférent aux différents pays d'opération. Dans ce cadre, le risque politique est une partie du risque pays : c'est la possibilité qu'un évènement politique vienne remettre en cause le projet."
Plusieurs éléments permettent de mesurer le risque politique : institutions, tensions sociales, fiscalité... sans oublier l'incontournable notion de "gouvernance". Les auteurs de l'étude retiennent la méthode "KKZ" que l'on doit à trois économistes (Kauffmann, Kraay et Zoido-Labaton) et qui permet, grâce à six indicateurs, de "mesurer la gouvernance" :

  1. Participation, représentation et responsabilisation des citoyens
  2. Stabilité politique et absence de violence
  3. Efficacité gouvernementale
  4. Qualité de la réglementation
  5. Etat de droit
  6. Contrôle de la corruption

En contrepoint, les auteurs de l'étude évoquent les "limites des indicateurs KKZ" et s'interrogent, en particulier, sur la pertinence des sources utilisées pour motiver ces critères.



A lire :

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05 juin 2007

L'intelligence économique, l'arme secrète des patrons

revue_intelligence_du_monde La revue pour l'intelligence du monde (janvier/février 2007) consacre un dossier à l'intelligence et s'interroge : l'IE en passe de devenir " l'arme secrète des patrons"...
Au sommaire : un entretien avec Maurice Botbol, directeur de publication de l'incontournable Intelligence Online, et un article co-écrit par Christian Harbulot et Didier Lucas (Ecole de guerre économique).



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27 avril 2007

Quand Wal-Mart recrute des officiers de renseignement...

walmart1Le groupe états-unien spécialisé dans la grande distribution Wal-Mart voit les choses en grand : des ventes qui se sont élevées à 351,1 milliards de dollars en 2006, des bénéfices de 11,2 milliards... et 1,9 million de salariés dans près de dix pays. Il s'agit probablement de la plus grande entreprise du monde. Mais Wal-Mart est également confronté à une dégradation de son image en raison de ses pratiques salariales et de son hostilité aux syndicats.
Au-delà de la surveillance de sa réputation, Wal-Mart doit également affronter des menaces émanant de "groupes ou individus suspects". Les dirigeants du premier groupe mondial de distribution ont donc décidé de lancer une campagne de recrutement d'officiers de renseignement en direction d'agents ayant servi dans les agences civiles et militaires des Etats-Unis. Des offres d'emploi ont été déposées sur le propre site de l'entreprise (Careers at Wal-Mart) ainsi que dans le bulletin de l'Association for Intelligence Officers (AFIO).
Les profils recherchés par Wal-Mart semblent concerner des postes d'analystes "familiers des techniques d'extraction de données et des sources d'information". La maîtrise de langues étrangères, en particulier le chinois et l'espagnol, est également appréciée...

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