Casus Belli

Géopolitique - Politique - Société

07 mars 2008

Les Etats incontrôlés, principal facteur de menaces

_tats_incontr_l_sLes Etats incontrôlés sont devenus la principale menace pour la paix internationale selon une étude que vient de publier la Brookings Institution. "Ces Etats peuvent s'effondrer et devenir de dangereux foyers en matière de terrorisme, de trafic d'armes, de crime organisé, de maladies infectieuses, de dégradation environnementale, et de guerres civiles susceptibles de se répandre au-delà des frontières."
La Brookings dresse une liste d'Etats incontrôlés dans laquelle les cinq premières entités sont (sans surprise) : la Somalie, l'Afghanistan, la République démocratique du Congo, l'Irak et le Burundi. Selon ce classement, huit des dix Etats les plus faibles (weakest states ou failed states) sont africains.
La méthodologie retenue par cette étude repose sur vingt indicateurs recouvrant quatre thématiques : domaine politique, domaine de la sécurité, domaine économique, domaine social. Chacun de ces points est alimenté par des sources universitaires ou institutionnelles essentiellement anglo-saxonnes.
Au-delà du constat, l'étude de la Brookings avance une série de propositions visant à réduire ces menaces et les soumet à la communauté internationale, en particulier aux Etats-Unis : faire de la lutte contre la pauvreté une priorité , améliorer la sécurité des personnes, concentrer les efforts sur les pays africains sub-sahariens, associer les gouvernements et les institutions car "le renforcement des Etats faibles ne se fera pas dans l'isolement"...

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13 février 2008

Prospective géostratégique : c'était comment en 2040 ?

DASLa Délégation aux affaires stratégiques (DAS) du ministère de la Défense vient de rendre public son rapport de prospective géostratégique à l'horizon des trente prochaines années. A première vue, ce document se distingue par deux grandes qualités : une très grande clarté de style et la richesse des thèmes abordés : relations internationales, dimension militaire, économie et environnement, démographie, santé, cultures et sociétés, technologie. Entre "tendances lourdes" et "facteurs d'incertitude" ce document esquisse des "scénarios possibles, vraisemblables, souhaitables" et propose des "options stratégiques".
Le chapitre consacré aux relations internationales dégage plusieurs tendances intéressantes : l'Etat traditionnel restera la brique élémentaire des relations internationales, la puissance d'un Etat se mesurera à sa capacité d'influence, la fragmentation politique devrait se poursuivre, l'influence de l'Occident sera amenée à s'affaiblir, les principes juridiques occidentaux seront marqués par des modes de pensée différents "notamment ceux du monde asiatique"...
Une présentation de ce rapport est organisée ce jour lors d'un séminaire organisé par la Délégation aux affaires stratégiques.

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06 janvier 2008

Gérard Chaliand : "J'essaie de décrire des rapports de force..."

chaliandEssayiste, voyageur, professeur, cuisinier, terrassier, spécialiste des guérillas... Gérard Chaliand affiche un CV rafraîchissant parmi les intellectuels français, lui qui a pratiqué "au moins 35 métiers" en France, en Algérie, aux Etats-Unis ou en Allemagne. Il y a gagné en indépendance d'esprit ce qui ne l'a pas empêché d'enseigner à l'Ecole nationale d'administration, à l'Ecole supérieure de guerre et d'être conseiller auprès du Centre d'analyse et de prévision du Quai d'Orsay.
France Culture vient de diffuser une série de cinq entretiens de Gérard Chaliand menés par Thierry Garcin. On appréciera ses capacités d'analyse, son insatiable curiosité et son courage physique qui l'a conduit à suivre les guérillas de très près. Entre empathie pour les guérilleros et méfiance pour "l'illusion tiers-mondiste", Gérard Chaliand parle simple et parfois loin des conventions bien pensantes : "Le terrain est irremplaçable... J'aime bien l'atmosphère de la guerre... être aux aguets... Il y dans les médias ceux qui vendent de l'angoisse..."
Chaliand explique l'objectif de ses voyages et de ses travaux :"J'essaie de décrire des rapports de force..."

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17 septembre 2007

Guerre et paix... en 2008

peace_and_conflict_2008_Les guerres sont-elles plus nombreuses et meurtrières aujourd'hui qu'il y a vingt ans ? Selon une étude réalisée par le Center for International Development and Conflict Management (CIDCM), la "magnitude des conflits armés" est en baisse si l'on prend en considération le nombre de guerres internes et le nombre de morts depuis vingt ans : depuis le milieu des années 1980, le taux de mortalité accuse une baisse grâce, selon les auteurs de l'étude, à la neutralisation des conflits de type séparatiste (Irlande du Nord, province d'Aceh en Indonésie...).  En revanche, le nombre d'Etats engagés -seul ou au sein d'une coalition- s'est accru : depuis six décennies, jamais autant d'Etats n'ont été impliqués dans des opérations guerrières.
La nature des Etats explique-t-elle leur tendance à faire ou non la guerre ? L'étude du CIDCM souligne que le nombre de "démocraties complètes" (full democracies) s'élevait à 77 en 2006 soit deux fois plus élevé que le nombre de régimes autocratiques (34  en 2006). La démocratie inciterait donc les nations à privilégier la négociation plutôt que la guerre...
Ces estimations divergent largement des données collectées par le Heildeberg Institute for International Conflict Research (Allemagne) qui, l'an dernier, évaluait le nombre de conflits dans le monde à 278. Mais il est vrai que les chercheurs allemands avaient décliné la notion de conflits en quatre catégories : guerres (6), crises sévères (29), conflits avec violences discontinues (83), conflits latents ou non violents (160).


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16 septembre 2007

Les Nouvelles brigades rouges passent au vert de l'islam radical

brigades_rougesAu mois de février dernier, quinze membres des Nouvelles brigades rouges (NBR) étaient arrêtées dans le Nord de l'Italie. Parmi eux, Alfredo Davanzo tout juste revenu de France et porteur d'un passeport falsifié. Considéré comme un idéologue influent, Alfredo Davanzo incarne une évolution tactique particulièrement intéressante à observer : l'alliance de groupuscules terroristes d'extrême-gauche avec la branche la plus radicale de l'islamisme. Selon des enregistrements effectués par les unités anti-terroristes italiennes, les Nouvelles brigades rouges tenteraient de recruter de nouveaux militants au sein des mosquées italiennes considérées comme des "moteurs de protestation et de lutte". Les services de renseignement italiens estiment que ce qui n'était au début qu'un soutien moral apporté par les Nouvelles brigades rouges aux islamistes radicaux pourrait aboutir à une coopération opérationnelle.
En 2002, un militant des NBR livrait son analyse des attentats du 11 septembre et de la future invasion de l'Irak par les Etats-Unis : "Le 11 septembre 2001 doit ouvrir la voie à des avant-gardes révolutionnaires, et pas seulement en Italie. La prochaine guerre contre l'Irak est une tentative visant à éliminer le principal obstacle à l'hégémonie de l'entité sioniste, la forteresse impérialiste dans la région, désarmer et anihiler la résistance palestinienne (...)".
La revue de soutien aux NBR La Voce estime, quant à elle, que le Hamas "combat pour une Palestine démocratique et libérée des discriminations basées sur la race, la religion ou la nationalité."
Les craintes des autorités italiennes réside dans le sentiment d'isolement des militants des Nouvelles brigades rouges qui pourrait les conduire à rejoindre n'importe quel mouvement radical pourvu que celui-ci soit réceptif à son discours. Tout indique que leur premier choix se porterait sur les groupes islamistes radicaux.


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29 juin 2007

Les Etats incontrôlés

monde_2007La revue Foreign Policy et le centre de recherche Fund for Peace proposent la troisième édition de leur rapport consacré aux Etats incontrôlés. Ces Etats, que l'on qualifie également d'Etats en voie d'effondrement (failed states) présentent des caractéristiques de forte désorganisation : perte du contrôle sur une partie du territoire, désobéissance civile à grande échelle, prévalence du marché noir...
Le classement des Etats incontrôlés fait apparaître une sur-représentation de l'Afrique : le Soudan arrive en tête devant l'Irak, la Somalie, le Zimbabwe, le Tchad, la Côte d'ivoire, la République démocratique du Congo, l'Afghanistan, la Guinée et la République de Centre-Afrique. Certains pays ont vu leur situation se dégrader (Liban, Somalie, Guinée équatoriale, Niger...) alors que d'autres l'ont améliorée : Libéria, Indonésie, République démocratique du Congo, Bosnie...
L'édition 2007 de ce classement porte sur l'étude de 177 pays qui ont été analysés selon douze critères sociaux (démographie, nombre de réfugiés...), économiques et politiques (criminalisation ou déligitimation de l'Etat, dégradation des services publics...).


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01 mai 2007

Le terrorisme vu de Washington

state_department_d_partment_d_EtatLe Département d'Etat vient de rendre publique l'édition 2006 de son Rapport annuel sur le terrorisme dans le monde. Selon le Centre national de lutte contre le terrorisme, le nombre des attentats s'est élevé à 14 338 soit une hausse de 25 % par rapport à 2005. Ces actes de terrorisme ont frappé 74 356 personnes et provoqué la mort de 20 498 de civils (+ 40 %).
L'Irak constitue le principal foyer terroriste avec 45 % des violences recensées et 65 % des décès constatés. Les analystes du Département soulignent que "les actes de terrorisme ont presque doublé dans ce pays pour passer de 3.468 en 2005 à 6.630 en 2006. Si le nombre des enlèvements a diminué de moitié dans le monde, il a triplé en Irak."
Autre source d'actes terroristes, l'Afghanistan a vu les actes de terrorisme s'accroître de 50 % entre 2005 et 2006 avec 749 attentats contre 491.
Ce rapport consacre un chapitre significatif à l'Amérique latine à propos de laquelle "les auteurs (...) expriment leur préoccupation au sujet du Venezuela, où le président Hugo Chavez a renforcé ses liens avec Cuba et l'Iran et permis à des groupes de terroristes et à des trafiquants de stupéfiants de la Colombie à franchir la frontière entre les deux pays." Cette attention portée au Vénézuela confirme les intentions destabilisatrices prêtées par Washington au régime de Hugo Chavez.
La France, quant à elle, "a poursuivi une vigoureuse politique anti-terroriste et démantelé des réseaux terroristes sur son territoire, notamment des structures de recrutement et de financement d'activités terroristes en Irak. Au total, les autorités françaises ont arrêté 317 personnes en relation avec une entreprise terroriste : 140 liées à l'islamisme, 150 impliquées dans des attaques en Corse et 27 en raison de leurs liens avec le mouvement basque ETA."
Le rapport 2006 sur le terrorisme dans le monde ne manquera pas de provoquer les traditionnelles controverses quant à la définition du terrorisme. Tous les "terroristes" du monde se considèrent en effet comme des "résistants" ou des "combattants"...

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05 mars 2007

Les limites de l'alliance stratégique Caracas-Téhéran

chavez_ahmadinejadLes présidents Hugo Chavez (Vénézuela) et Mahmoud Ahmadinejad (Iran) se sont rencontrés à trois reprises lors des six derniers mois. Ils ont procédé à la signature de plus de quarante accords et créé un fonds doté de deux milliards de dollars pour mener des projets communs. Caracas et Téhéran figurent parmi les cinq premiers exportateurs mondiaux de pétrole et partagent une identité de vue face aux Etats-Unis.
Isolé sur la scène internationale, le président iranien considère le Vénézuela comme une porte d'entrée sur le continent latino-américain qui, irrésistiblement, élit des présidents réfractaires à l'influence des Etats-Unis sur le "sous continent". Mahmoud Ahmadinejad ne tarit d'ailleurs pas d'éloge à l'égard de Hugo Chavez en qui il voit "un révolutionnaire dont les points de vue sur les questions internationales, politiques et économiques sont proches de ceux de la république islamique".
Mais quelle est la portée des accords entre ces deux "frères révolutionnaires" ? Selon le journaliste uruguayen José Luis Martinez, cette rhétorique enflammée permet au président Ahmadinejad d'obtenir, à bon compte, un soutien qui semble lui manquer de plus en plus dans son propre pays. Ses escapades latino-américaines (Vénézuela, Nicaragua et Equateur) ont été diversement commentées par les députés iraniens : "Des gens comme Chavez, Correa [président de l'Equateur] et Ortega [président du Nicaragua] peuvent-ils être des alliés stratégiques de l'Iran ? Ces nouveaux amis de gauche sont utiles pour deviser autour d'un café mais certainement pas pour définir nos priorités en matière de sécurité, de politique, de relations internationales ou d'économie."
En revanche, le volet militaire qui unit les deux pays mérite l'attention. Hugo Chavez a parlé, à ce propos, d'"alliance stratégique". A la question de savoir jusqu'où le Vénézuela serait prêt à aller en cas d'attaque états-unienne contre l'Iran, le colonel Chavez a répondu : "Top secret !"
S'il est vrai  qu'un début de partenariat nucléaire existe entre les deux pays,  il est hautement improbable que Caracas puisse faire autre chose que de vociférer contre Washington si les Etats-Unis venaient à frapper l'Iran. Les 12 000 kilomètres qui séparent Caracas de Téhéran ne se prêtent guère à la constitution d'un axe politico-militaire crédible. Tout au plus pourrait-il activer sa diplomatie pétrolière et réduire ses exportations vers les Etats-Unis.
Cette gesticulation n'empêche cependant pas les riches Vénézuéliens de quitter leur pays pour gagner les Etats-Unis où les attend une puissante communauté hispanophone bien décidée à en découdre avec Fidel Castro et son fils spirituel Chavez...

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06 février 2007

Les seigneurs de guerre adorent les Etats incontrôlés

sgrLes Etats incontrôlés ou en voie d'effondrement (failed states) présentent des caractéristiques peu enviables : perte du contrôle de tout ou partie du territoire national, désobéissance civile à grande échelle, prévalence du marché noir, souveraineté incomplète... Au nombre de ces quasi-Etats, on trouve essentiellement des pays africains (Soudan, Sierra Leone, Congo...) mais aussi l'Irak ou la Colombie.
La revue International Security, publiée par l'université de Harvard, propose une analyse consacrée à l'émergence des seigneurs de guerre dont l'importance croît avec la dégradation politique de certains pays. Selon l'auteur de cet article (Kimberly Marten), les seigneurs de guerre empêchent la constitution de sociétés stables, contrarient le développement économique et génèrent de nouvelles menaces pour la sécurité internationale.
Au terme d'une étude comparative portant sur quatre situations (Europe médiévale, Chine, Somalie et Afghanistan), l'auteur souligne que les seigneurs de guerre apparaissent quand des hommes armés s'emparent de portions de territoire et les soumettent à leur autorité en jouant de leur charisme et du népotisme. Ils mettent alors en coupe réglée les lois du commerce et de l'économie au profit de leurs intérêts.
Les exemples empruntés à l'Europe médiévale et à la Chine montrent qu'il est cependant possible de porter un coup décisif aux seigneurs de guerres. A deux conditions : l'existence d'un puissant groupe économique et l'émergence d'une solide volonté transformatrice extérieure qui apporte son soutien à ce groupe économique. Kimberly Marten estime que si ces deux préalables sont réunis, les seigneurs de guerre qui font actuellement la loi en Somalie et en Afghanistan pourraient être plus rapidement neutralisés.


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05 décembre 2006

Deux milliards de migrants d'ici trente ans

polit__trL'Institut français des relations internationales (IFRI) publie un numéro exceptionnel de sa revue Politique étrangère à l'occasion du 70ème anniversaire de sa création (1936-2006). Cette livraison propose des analyses consacrées aux "grands paradigmes et théories des relations internationales", à la gouvernance internationale, aux nouveaux enjeux de sécurité ainsi qu'aux "poids des enjeux culturels et religieux".
Dans une contribution intitulée Comment la globalisation façonne le monde, le professeur d'économie Pierre-Noël Giraud (Ecole des Mines de Paris) souligne que "la globalisation favorise la progression des pays émergents et laisse peu de place aux autres pays du tiers-monde (...), et accroît partout les inégalités économiques internes." Selon lui, "la vague actuelle de globalisation n'a pas conduit, et ne conduira pas, à une économie globale, à un seul immense marché." Prenant en considération les images de la prospérité véhiculées par "la globalisation de l'information numérisée", Pierre-Noël Giraud estime que "chacun vit désormais sous le regard des autres, ou du moins chacun croit savoir comment les autres vivent (...) Associée à la misère qui s'étend sur certaines zones, ce facteur  agit puissamment sur les pressions migratoires, aussi bien internes (des campagnes vers les villes) qu'entre pays. Pour ce qui est des migrations internes, on s'attend à ce que deux milliards de personnes, essentiellement dans les pays émergents et pauvres, s'installent dans les villes dans les trente ans qui viennent. Un mouvement d'urbanisation d'une telle ampleur et d'une telle rapidité serait sans précédent dans l'histoire de l'humanité." 

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