03 juillet 2007
Accroissement des inégalités et valeur travail
Selon l'Observatoire des inégalités, l'écart entre les riches et les pauvres ne cesse de se creuser en France. Les 5 % les plus fortunés disposent de 32 % de l'ensemble de la richesse nationale... alors que les 50 % les plus modestes en possèdent seulement 7 %. Autre façon de lire ces données fournies par l'INSEE en 2004 : 20 % des patrimoines les plus élevés détiennent 63,2 % de la fortune nationale. "L’inégalité des patrimoines est encore plus accentuée que celle des revenus" poursuit l'Observatoire.
Il est intéressant de lire sous la plume de Philippe Frémeaux, directeur de la rédaction du mensuel Alternatives Economiques et proche de la mouvance alter-mondialiste, une défense et illustration de la valeur travail. Selon lui, "l'abolition des droits de succession est en contradiction avec l'éthique fondamentale du libéralisme"... Philippe Frémeaux estime qu'une "société dynamique, une société de croissance c'est une société où le travail est valorisé. Et valoriser le travail, c’est
donner la priorité aux revenus qu’il engendre, c’est permettre à
l’innovateur génial, à l’investisseur astucieux de faire fortune. Ce
n’est pas créer une nouvelle aristocratie du capital."
A lire :
15 mai 2007
Les salariés français sont des "pleurnicheurs"
Il est de notoriété publique que les étrangers adorent la France... et maudissent les Français. Cela est particulièrement vrai dans le monde anglo-saxon ou le french-bashing (un ressentiment anti-français à tendance xénophobe) se porte bien. Vraissemblablement, la réputation du "peuple de France" ne s'améliorera dans les jours qui viennent...
Selon une étude réalisée par le groupe de recherche britannique FDS, les salariés français sont "les plus grands pleurnicheurs du monde" suivis, il est vrai, par les travailleurs anglais, suédois et états-uniens. Les moins "geignards" sont les salariés irlandais devant les thaïlandais et les néerlandais.
Cette étude a été menée auprès de 14 000 personnes résidant dans 23 pays, et portait sur le niveau de rémunération et le temps de travail. Une responsable du groupe FDS, Charlotte Cornish, souligne qu'il est peu probable que l'élection de Nicolas Sarkozy et l'adoption d'une politique économique anglo-saxonne rende les salariés français plus heureux.
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04 mai 2007
Analyse géographique des élections présidentielles
Le site Géo-confluences, qui regroupe des chercheurs de l'Ecole normale supérieure de Lyon, propose une analyse géographique consacrée au premier tour des élections présidentielles. Selon les trois géographes auteurs de l'étude, plusieurs tendances peuvent être dégagées : le recul de l'abstention est particulièrement marqué en Corse, en Ile de France et plus généralement dans les espaces urbains.
Les votes en faveur de Nicolas Sarkozy semblent correspondre à la diminution des électeurs de Jean-Marie Le Pen : ce mouvement est spectaculaire dans l'Est de la France. Le recul du Front national est également notable dans d'autres régions : la Vendée, l'Ile de France, le Dauphiné et le Midi méditerranéen. Cet effet de vases communicants est en réalité "plus complexe qu'un simple transfert mécanique des voix (...) Nicolas Sarkozy ne s’impose pas avec la même efficacité dans toutes les
terres frontistes : il semble davantage s’imposer dans les terres
frontistes les moins ouvrières (Alsace, Alpes, côte d’Azur, Île de
France)." Le candidat de l'UMP recueille ses meilleurs scores dans des communes "bourgeoises" (Neuilly sur Seine, Cannes, Saint-Cloud, Sallanches...). Les auteurs soulignent que "la "Sarkosie" diffère donc sensiblement de la "Chiraquie", ou même de
la France gaulliste. Contrairement à Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy
diffuse peu son influence dans le Centre-Ouest de la France et,
contrairement à Charles De Gaulle, il pénètre peu dans le Nord-Ouest.
Il progresse à l’inverse de façon spectaculaire dans des "marges" de la
France, telles l’Alsace ou la Corse."
Le vote en faveur de Ségolène Royal fait apparaître "une surprenante et relativement nouvelle géographie du vote socialiste" : baisse des votes dans un triangle Nice-Caen-Strasbourg par rapport au total des voix de gauche lors du scrutin de 2002 mais progression dans des territoires inattendus (Limousin, Béarn, Alpes du Sud, Somme...). La candidate socialiste a par ailleurs profité de la vague des nouveaux inscrits sur les listes électorales en particulier parmi les jeunes électeurs.
François Bayrou, quant à lui, profite de trois zones de forces : terres traditionnelles de la droite catholique (grand Ouest, Béarn, Savoie, Alsace...), villes et périphéries urbaines (Yvelines, Grenoble, Caen...), espaces d'effondrement du Front national (Alsace, grande couronne parisienne, Savoie). Il bute en revanche sur deux zones de faiblesses : le grand Nord-Est et le Midi méditerranéen.
Selon les auteurs, "les cartes des principales forces politiques en France
n’apparaissent donc pas bouleversées, mais le recul des extrêmes les
amènent à étendre leurs terres d’élections traditionnelles. Les zones
de forces d’un même candidat (François Bayrou, Ségolène Royal, Nicolas
Sarkozy), peuvent donc apparaître assez hétérogènes".
A lire :
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03 mai 2007
Le vote des Français de l'étranger
Le vote des Français de l'étranger réserve bien des surprises et donne lieu à des écarts considérables avec le scrutin de la France métropolitaine. Lors du premier tour, le nombre de votants s'est élevé à 331 681 sur 822 944 inscrits ; Nicolas Sarkozy a recueilli 38,49 % des suffrages suivi par Ségolène Royal (29,92 %) et François Bayrou (21,54 %). A eux trois, les principaux candidats ont raflé près de 89 % des voix.
Localement, l'on assiste à des scores cocasses : dans les 9 bureaux de vote ouverts par le Consulat de New York, M. Sarkozy obtient 52,2 % des voix ! Performance à la hauteur d'un candidat atlantiste... mais minable par rapport à son score réalisé en Israël où le candidat de l'UMP décroche le gros lot : 85,59 %.
Ségolène Royal arrive de peu en tête en Egypte avec près de 30 % des voix. En Chine, son voyage très médiatisé l'hiver dernier ne lui aura guère porté chance : elle n'arrive qu'en troisième position avec 17,28 % des voix derrière François Bayrou (23,92 %) et Nicolas Sarkozy qui aurait été élu dès le premier tour si seuls les Français de Chine votaient (52,69 %). La candidate socialiste peut se réconforter en consultant les résultats du bureau de vote le plus haut du monde à La Paz en Bolivie (près de 4 000 mètres d'altitude !) : elle y obtient 50 % des voix (133 voix sur 266 suffrages exprimés). Il lui aura manqué 1 voix pour être élue dès le premier tour.
26 mars 2007
Du bon usage du patriotisme
La polémique liée à la question nationale a occupé pendant quelques heures les candidats aux élections présidentielles et les médias. Elle marque surtout la relation de malaise que les "élites" entretiennent avec la notion de patriotisme, en particulier lorsqu'il s'agit de patriotisme français. Aussi faut-il lire, ou relire, l'entretien lumineux que le philosophe Marcel Gauchet avait accordé au Point au mois d'août 2006, soit quelques jours après la Coupe du monde de football... "L’enthousiasme autour des exploits sportifs est le révélateur d’un
interdit. Les peuples n’ont le droit d’exprimer leur patriotisme,
d’ailleurs bon enfant, que dans le domaine du sport, alors que cela
leur est interdit partout ailleurs. Selon la doctrine officielle, en
effet, il ne doit plus être question d’intérêt national, car les
nations, c’est le nationalisme, et le nationalisme, c’est le péché
mortel."
Selon Marcel Gauchet, ce sentiment a-national ou anti-national correspond à "une idéologie qui s’est développée dans les années 80 et 90 et qui a
pris deux formes. A gauche, l’idéologie des droits de l’homme a pris la
relève de l’internationalisme prolétarien, tandis qu’à droite est
apparu un néolibéralisme économique fou."
Lors d'un débat qui s'était tenu l'an dernier à la Bibliothèque nationale de France, le philosophe avait précisé sa pensée : "Nous sommes
actuellement dans un moment où s'affaisse le rapport d'obligation avec
le passé, la nation. Ce discrédit est dû, entre autres, au fait que la
nation est donnée à la naissance et n'est pas choisie ; en effet, on ne
choisit pas de naître Français, Anglais ou Bulgare. Or, l'homme
contemporain ne supporte que l'identité qu'il s'est choisie et veut se
délivrer d'une identité donnée car celle-ci l'éloigne du sentiment de
liberté."
Mais Marcel Gauchet estime que cette évolution "n’a rien d’inéluctable. Elle est le produit d’une conjoncture. Elle
suscite déjà des réactions violentes des populations. Il va bien
falloir retrouver le sens du pacte social."
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19 mars 2007
Les Français de l'étranger
1 373 988 ressortissants français étaient inscrits sur les registres des ambassades et consulats à l'étranger au 31 décembre 2006. Ce nombre marque une nette augmentation de 8,3 % par rapport aux années précédentes (+ 1,2 % en 2005 et 2,4 % en 2004). Cette tendance touche tous les continents, en particulier ceux où la présence française était traditionnellement modeste : Asie-Océanie (+ 17,2 %), Europe de l'Est (+ 15,4 %), Afrique non francophone (+ 13,4 %).
En onze ans, la population française établie hors de France inscrite a augmenté de 52,2 % ! Le ministère des Affaires étrangères précise cependant que ces chiffres doivent être considérés avec précaution en raison du changement intervenu dans les procédures d'inscription : "Mais on peut affirmer que la population française établie hors de France est sur les dix dernières années sur une tendance de 3 à 4 % d'augmentation annuelle." L'Association démocratique des Français de l'étranger (ADFE) fournit des informations complémentaires sur cette diaspora (qui sont-ils ? que font-ils ?).
Mais, en réalité, le nombre de Français expatriés serait d'environ 2 100 000 personnes car tous ne sont pas inscrits dans les registres des postes diplomatiques et consulaires français.
Sur le même thème :
- L'expatriation française comme relais d'influence
- L'expatriation française comme relais d'influence (suite)
15 février 2007
Le malaise des classes populaires
La campagne électorale actuelle donne lieu à une sérieuse empoignade visant à capter les voix des classes populaires. De Lutte Ouvrière au Front National, pas un parti, pas un(e) candidat(e) ne fait l'impasse sur le malaise des classes populaires et sur les moyens d'y répondre. Dans un impitoyable essai publié en 2004, La gauche sans le peuple, le journaliste de L'Express Eric Conan avait dépeint "l'aveuglement de la classe politique de gauche" et sa (presque) totale incompréhension des attentes des classes populaires. Le résultat du scrutin présidentiel de 2002 avait été sans appel : les ouvriers avaient prioritairement voté pour Jean-Marie Le Pen, puis Jacques Chirac, et enfin Lionel Jospin... Aussi est-il intéressant de noter que la Fondation Jean Jaurès, proche du Parti socialiste, propose en téléchargement l'étude des sociologues Philippe Guibert et Alain Mergier consacrée au descenseur social.
Philippe Guibert, invité lundi soir par la revue Esprit à présenter les grandes lignes de son ouvrage, a rappelé que classes populaires comptent 15 millions d'ouvriers et de salariés et représentent un électeur sur trois... Leur salaire est estimé en moyenne à 1 200 € contre 1 700 € pour les classes intermédiaires et 3 000 € pour les cadres. Leur niveau de formation est modeste : 80 % d'entre eux ne sont pas titulaires du baccalauréat. Et tous ont en commun d'être particulièrement exposés au chômage en raison de la précarité de leur statut ainsi qu'à la violence du fait de leur lieu de résidence. Selon Philippe Guibert, un sentiment prévaut au sein des classes populaires : la peur de la relégation pour eux-mêmes et leurs enfants. Cette crainte est devenue la règle alors que naguère les classes populaires nourissaient l'espoir d'une vie meilleure pour leur famille : l'ascenseur social a été remplacé par le descenseur social.
Leur sentiment à l'égard de l'Etat s'est considérablement détérioré : autrefois perçu comme une institution porteuse de protection, il leur apparaît aujourd'hui comme incapable de juguler la violence à l'école et inhumain dans son traitement statistique du chomâge. Les milieux populaires reprochent également à l'Etat d'avoir échoué à intégrer les populations d'origine étrangère et vivent très mal, pour certains d'entre eux, la cohabitation avec ces populations.
Les conséquences électorales de ce malaise sont multiples : effondrement du Parti communiste qui, prisonnier d'une vision ouvriériste des classes populaires, n'a pas compris qu'émergeait "un nouveau prolétariat des services" ; choix électoral apparemment irrationnel : certains électeurs sont simultanément d'accord avec Olivier Besancenot, Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen...
Philippe Guibert estime que la stratégie de Ségolène Royal qui a pris en compte la demande de sécurité émanant des classes populaires et la ligne de fermeté défendue par Nicolas Sarkozy devraient ramener le vote populaire "vers les partis républicains".
A lire :
- Le descenseur social, enquête sur les milieux populaires (PDF - 375 Ko)
11 février 2007
La France s'agenouillant devant Elizabeth II...
Les Français auraient-ils pu supporter d'être des citoyens britanniques et reconnaître Sa Majesté Elizabeth II comme chef d'Etat ? C'est en tout cas ce que supposait le Premier ministre Guy Mollet lorsqu'il proposa secrètement, le 10 septembre 1956, à son homologue britannique, Anthony Eden, que la France et le Royaume-Uni établissent une "union" politique. Objectif de cette demande qui resta secrète pendant cinquante ans : faire face aux tensions géopolitiques après la crise de Suez et doper l'économie française.
Devant le refus de M. Eden, Guy Mollet proposa alors que la France rejoignit le Commonwealth... Nouveau refus du Premier ministre britannique !
La BBC propose une émission consacrée à cet épisode inédit de diplomatie secrète et s'amuse, en photos, de ce "mariage improbable"...
14 janvier 2007
Aux atlantistes, les Etats-Unis reconnaissants
La mort de Jean-Jacques Servan-Schreiber le 7 novembre dernier a provoqué une abondante série d'hommages aussi bien en France qu'à l'étranger. Aux Etats-Unis en particulier ou JJSS avait puisé quelques unes de ses sources d'inspiration. Il y suivit une formation de pilote de chasse et en revint avec une très forte sensibilité atlantiste qui ne l'empêcha cependant pas de nouer des liens politiques avec des hommes politiques de centre-gauche (Gaston Deferre, Robert Badinter, Pierre Mendès-France...).
Dans un article publié par le Wall Street Journal, Leah Pisar, qui travailla à la Maison Blanche durant les mandats de Bill Clinton, rend un hommage appuyé à JJSS : "Jean-Jacques Servan-Schreiber représentait ce que l'Amérique aime et admire dans la France (...) La France a perdu un géant controversé, les Etats-Unis ont perdu un grand ami et moi un parrain adoré."
Le père de Leah Pisar n'est autre que le célèbre avocat Samuel Pisar qui, dans un article publié par Le Figaro, pleure la disparition d'un "homme trop pressé" : " Une génération franco-américaine a été marquée par ses idées. Jean-Jacques aimait l'Amérique, comme moi j'aime la France. Je voudrais témoigner aussi de la figure de dimension internationale, à travers laquelle la France rayonnait sur tous les continents (...) Le Congrès des États-Unis, où j'avais été conseiller pendant l'Administration Kennedy, l'a invité à Washington pour témoigner devant la commission des affaires étrangères du Sénat présidée par William Fulbright, et puis devant la commission sur la technologie de la Chambre des représentants présidée par le jeune Al Gore. Ses prestations étaient époustouflantes."
Invité de la célèbre émission dominicale de CBS Face the Nation, Jean-Jacques Servan-Schreiber eut le droit au compliment du présentateur : " Quel dommage que vous ne soyez pas américain. Vous seriez chez nous un excellent candidat à la présidence."
21 décembre 2006
Les Français sont schizophrènes, paranoïaques et hypocondriaques...
Depuis 1985, le sociologue Gérard Mermet ausculte la France et prend le pouls de ses habitants. Dans l'édition Francoscopie 2007, il livre le fruit de ses observations : la France souffre de trois maux simultanés : la schizophrénie car elle est parfaitement consciente des bouleversements provoqués par la mondialisation mais refuse de voir la réalité ; la paranoïa car les Français sont convaincus qu'ils sont trahis par leurs propres élites et qu'ils font l'objet d'une "conspiration mondiale" ; l'hypocondrie car le pays est en réalité plus prospère, mieux éduqué et en meilleure santé qu'il ne l'a jamais été. Selon Gérard Mermet, l'économie française est également plus productive que par le passé.
Le sociologue n'est pas tendre pour la classe politique française : "Les hommes politiques doivent faire preuve de courage et montrer que leur carrière personnelle est moins importante que l'avenir de la France. Malheureusement, ils donnent l'impression contraire. Il y a un vrai risque d'explosion : nous sommes dans une situation pré-révolutionnaire."
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