07 novembre 2007
Savoir négocier avec des Français
L'art de la négociation n'est pas accessible au commun des mortels, en particulier lorsque les interlocuteurs sont étrangers. Influencer et convaincre un Japonais, un Brésilien ou un Russe requiert des nerfs solides et une ouverture d'esprit à toute épreuve. A l'inverse les étrangers qui négocient avec des Français peuvent être surpris, amusés, critiques ou élogieux. L'édition 2006 de l'Annuaire français des relations internationales publie une contribution de Charles Cogan, ex agent de la CIA et professeur d'histoire à Harvard, dans laquelle il analyse "les négociations à la française" :"La France est considérée comme un pays où le contexte de la conversation est important (...) Cela signifie qu'il est essentiel, dans l'analyse du style diplomatique français, de reconnaître ce qui est implicite dans une situation (...) Avec les Français, il est très important de prendre en compte l'empathie. Le négociateur doit savoir également aussi bien écouter que parler."
Charles Cogan, qui est animé par un vrai sentiment francophile, souligne cependant que "les Français sont très susceptibles, surtout vis-à-vis des marques de mépris que l'on trouve parfois, par exemple, dans les déclarations américaines qui reflètent seulement que les Etats-Unis sont la seule superpuissance (...) Il ne faut pas ignorer ce "facteur passion".
Les Français pourront tout de même se rassurer avec les propos que Charles Cogan prête à l'ancien secrétaire d'Etat Henry Kissinger : "Je n'ai jamais rencontré un fonctionnaire français qui ne soit pas hautement intelligent"...
A lire :
- Le style diplomatique français, pages 366 à 383 (PDF - 488 Ko)
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18 juillet 2007
Ambassadeur de France en Israël, entre passion et raison
On prête au Général de Gaulle le mot suivant : "La diplomatie est l'art de faire durer indéfiniment les carreaux fêlés !" De toute évidence, le poste d'Ambassadeur de France en Israël n'est pas de tout repos tant les relations entre les deux pays sont passées de la chaleur quasi-fusionnelle dans les années 1950-60 à la défiance au début des années 2000.
Jacques Huntzinger, ancien ambassadeur de France en Israël, a vécu "les hauts et les bas" des rapports franco-israéliens ; dans une conférence prononcée au mois de mars 2007 devant le Département de français de l'Université de Tel-Aviv, il est revenu sur les attentes, les malentendus et le "double-bashing" israélo-français. Un document intéressant où l'on apprend qu'un entretien entre Jacques Chirac et Ariel Sharon ("cet homme est un bloc de béton... il n'y rien à faire avec un homme comme lui" dixit Chirac) a porté sur "le cul des vaches"...
A regarder :
27 septembre 2006
Diplomatie et sociétés médiatisées
La diplomatie et les médias ne font toujours bon ménage. Hubert Védrine, qui fut ministre des Affaires étrangères de 1997 à 2002, en sait quelque chose. Sa fonction l'invitait à la méthode et à la durée cependant que la presse lui demandait quotidiennement une pitance suffisamment dense pour remplir ses colonnes. A l'occasion des 11èmes conférences stratégiques organisées par l'IRIS, il est revenu sur les défis des diplomaties dans les sociétés médiatisées.
Les sociétés contemporaines sont, selon Hubert Védrine, "soumises aux soubresauts de politique intérieure, amplifiés par l'âge médiatique, par la tyrannie de l'émotion et du court terme (...) D'où la recherche par de nombreux hommes et femmes politiques de postures, d'effets immédiats et visibles, en phase avec les émotions intenses générées et entretenues par le tout image dans un bouillonnement permanent d'inquiétude, d'indignation, d'impatience."
Ce trait majeur du monde moderne engendre inévitablement "des diplomaties d'annonces et de bons sentiments, versatiles et discontinues qui s'épuisent à conserver la faveur du monde médiatique et de l'opinion."
Poursuivant sa pensée au-delà de la description de cette emprise des médias sur la politique étrangère, Hubert Védrine remarque que "les années qui sont devant nous vont être difficiles pour la France. Disons-le, aucune des évolutions en cours dans le monde globalisé ne lui est automatiquement favorable, ni démographiquement, ni économiquement, ni stratégiquement, ni culturellement, ni linguistiquement. La France a cependant des ressources humaines, des ressources multiples, des cartes exceptionnelles, une immense histoire pour faire face à cette situation."
Il est toujours enrichissant d'aller écouter Hubert Védrine à l'occasion des multiples conférences qu'il donne en France et à l'étranger. Surtout depuis qu'il n'est plus à la tête du quai d'Orsay où les convenances diplomatiques étouffaient une pensée personnelle et originale. Ses propos prennent souvent le contrepied des opinions dominantes les plus répandues, en particulier par les médias.
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10 février 2006
Diplomatie vaticane
Le Vatican entretient des relations diplomatiques avec 174 Etats et dispose d'un réseau diplomatique réputé pour sa discrétion et son efficacité. Un livre récent (Les espions du Vatican), consacré à l'histoire de l'espionnage au service de la curie romaine, souligne que "la papauté suscite de nombreux fantasmes sur son influence secrète dans l'histoire occidentale." Dans son édition internationale datée du 13 février, l'hebdomadaire Newsweek publie un article consacré aux négociations engagées entre le Vatican et la Chine afin de parvenir à une normalisation de leurs relations. La Chine abrite une quinzaine de millions de catholiques et ne reconnaît que l'Association patriotique ces catholiques de Chine (l'église dite officielle c'est-à-dire obéissant à Pékin), alors que l'église dite clandestine, qui refuse le contrôle des autorités chinoises, est restée fidèle à Saint-Pierre de Rome et fait l'objet de constantes persécutions.
Lors des obsèques de Jean-Paul II au mois d'avril 2005, la place Saint-Pierre de Rome réunissait les plus hautes autorités du monde entier à l'exception notoire de la Chine qui n'avait annoncé le décès du pape qu'avec quelques jours de retard. Cette absence dissimulait en réalité des contacts établis depuis plusieurs mois entre les deux parties.
Pékin se dit prêt à entretenir des relations normalisées avec le Vatican à deux conditions : rupture des relations diplomatiques entre Rome et Taïwan (dont la Chine n'a jamais reconnu la souveraineté) et la "fin des ingérences dans les affaires intérieures de la Chine", c'est-à-dire que le pape renonce à y nommer des évêques.
L'élection de Joseph Ratzinger à la charge suprême de l'église catholique fut reçue favorablement par le gouvernement chinois qui n'hésita pas à lui adresser ses "félicitations". En raison de la "foi florissante en Chine communiste" et de l'apparente attractivité du christianisme sur de nombreux Chinois (qui concerne également les protestants), l'Eglise aura l'occasion de mettre à l'épreuve sa diplomatie multi-séculaire...
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07 novembre 2005
Diplomatie à la française
Alors que les relations transatlantiques ont été marquées par les turbulences liées à la guerre en Irak, il restait aux Etats-Unis quelques universitaires francophiles qui, sans se départir de leur esprit critique envers Paris, refusaient de sombrer dans une francophobie très à la mode à Washington. Parmi eux, le professeur Charles Cogan fait office de miroir dans lequel les Français seraient bien inspirés de se mirer. Professeur d'histoire à la Kennedy School of government de l'université de Harvard après avoir officié pendant 37 ans à la CIA, Charles Cogan vient de publier la version française de French Negociating Behavior, un livre consacré aux méthodes françaises de négociation. Selon lui, les techniques françaises de négociation s'appuient sur une inébranlable logique cartésienne (la déesse de la raison...) et un respect des principes qui se heurtent parfois au pragmatisme des négociateurs anglo-saxons. Cette singularité est le fruit d'une prétention à jouer un rôle dans le concert des nations et d'une éducation de très haut niveau. Reprenant les confidences que lui faisait l'ancien Secrétaire d'Etat Henry Kissinger, la formation de l'esprit -typiquement française- concourt à faire des diplomates français "l'élite la plus avancée de la diplomatie mondiale". Reste à mettre ces propos bienveillants à l'épreuve des réalités...
Charles Cogan était l'invité, le 14 octobre dernier, des Enjeux internationaux de France Culture. L'émission (9'31'') est disponible ici.
Radio France International propose également un entretien réalisé le 7 juillet 2005.
L'on pourra également se référer au discours prononcé par le Consul de France à Chicago lors de la remise des Palmes académiques à Charles Cogan.
14 septembre 2005
Diplomatie parallèle
La 19ème rencontre pour la paix organisée à Lyon par la communauté Sant'Egidio vient de prendre fin au terme de trois jours de débats consacrés au dialogue interreligieux après le 11 septembre, aux relations entre Occident et Orient, à l'Afrique, aux leçons de Hiroshima... De nombreux hommes de foi appartenant aux différentes familles spirituelles ainsi que des intellectuels ont livré leurs visions d'un avenir sérieusement menacé par le repli communautaire et un lourd climat de défiance.
En marge de ces conférences, de discrètes rencontres se produisent entre acteurs politiques et religieux, à l'image des négociations menées mezza-voce qui avaient permis de mettre un terme à la guerre civile qui déchirait le Mozambique et qui avait provoqué la mort de plus d'un million de personnes. La signature d'un accord de paix le 4 octobre 1992 entre le gouvernement mozambicain et la guérilla qui le combattait avait marqué l'irruption de Sant'Egidio sur la scène internationale.
Jusque cette date, Sant'Egidio ne faisait pas l'objet d'une grande couverture médiatique. Créée en février 1968 par un étudiant romain, Andrea Riccardi, la communauté consacra ses premières années à assurer une présence dans les quartiers défavorisés de la capitale italienne auprès des plus pauvres. Plus généralement, ses membres se demandaient : que veut dire être chrétien dans la vie de la cité ?
Bien des années plus tard, les observateurs du système international s'intéresseront à Sant'Egidio qui se propose d'intervenir en tant que médiateur dans les conflits qui ensanglantent le Kosovo, la Bosnie, le Guatemala, l'Irak, l'Irlande du Nord, l'Algérie... Cette diplomatie parallèle nourrit des espoirs mais aussi des questions. Lorsqu'en 1994, au plus fort de la guerre civile en Algérie, elle invita à Rome des représentants du gouvernement algérien et l'ensemble de l'opposition, dont le Front islamique du Salut, il lui fut reproché de légitimer les islamistes...
Par ailleurs, sa proximité avec le Vatican est une évidence, mais le Saint-Siège ne commente guère ses initiatives. Toutefois, l'on imagine difficilement qu'elle puisse s'investir dans une négociation sans l'accord de la curie romaine. La communauté est certes un relais diplomatique loyal du Vatican, mais elle est suffisamment autonome pour endosser seule la responsabilité d'un échec éventuel.
Pour en savoir plus :
- L'église catholique vers le troisième millénaire, Andrea Riccardi, Desclée de Brouwer
- Sant'Egidio, Rome et le monde, Andrea Riccardi, Editions Beauchesne
- L'esprit d'Assise, Jean-Dominique Durand, Cerf
25 août 2005
Rénovation du site du MAE
Le Ministère des Affaires étrangères vient d'annoncer qu'il allait procéder à une rénovation de son site internet à l'occasion de son dixième anniversaire. Lancé en 1995, le site fut l'un des premiers sites gouvernementaux français et également l'un des plus fréquentés. Les étrangers non francophones y apprécient ses versions anglaise, espagnole, allemande et arabe... Peu de sites diplomatiques étrangers offrent de telles déclinaisons linguistiques. Ce rafraîchissement propose une navigation optimisée ainsi que davantage de services en ligne. L'on se réjouira surtout de l'amélioration de la base de données-pays baptisée encyclopédie pays certifiée qui propose de nombreuses informations relatives à la géographie, à la composition du gouvernement, à la situation économique et politique de plus de 150 pays.
21 juillet 2005
Offre d'emploi
Source : AFP
21.07.05 | 20h30
Recherche ambassadeur britannique au Vatican
C'est une première : la Grande-Bretagne recrute un ambassadeur par petites annonces.
Le ministère des Affaires Etrangères britannique a acheté des emplacements publicitaires de plusieurs quotidiens jeudi, à la recherche d'une "personnalité de haut calibre" pour prendre le poste d'ambassadeur au Vatican.
Le candidat idéal doit avoir "prouvé son habileté politique et stratégique, ses capacités diplomatiques et humaines et une bonne connaissance de l'art de gouverner", aussi bien qu'un "haut niveau" de français et d'italien.
La salaire de base est compris entre 42.640 (61.475 euros) et 60.405 livres (87.090 euros), auquel s'ajoutent un logement de fonction et un budget de loisirs pouvant aller jusqu'à 6.000 livres (8.650 euros) par an.
Le ministre des Affaires Etrangères Jack Straw s'était prononcé en décembre dernier en faveur d'une compétition accrue pour le poste d'ambassadeur au Saint-Siège.
Si les diplomates de carrière peuvent postuler, un porte-parole du ministère des Affaires Etrangères a toutefois affirmé qu'une personne extérieure à la haute fonction publique pourrait être recrutée si elle présentait d'excellentes compétences pour le poste.
L'actuelle ambassadrice, Kathryn Colvin, quittera son poste en septembre après trois ans de bons et loyaux services.
19 juillet 2005
Paris - Washington
La Commission des Affaires étrangères du Sénat vient de publier le rapport d'information de la mission menée aux Etats-Unis par Jean-François Poncet. Intitulé "Relations transatlantiques : quelles perspectives pour le second mandat du président Bush ?", ce rapport confirme la volonté de la diplomatie états-unienne de tourner la page après les désaccords survenus entre Paris et Washington à propos de la guerre en Irak. Il rend compte également de l'évolution de la politique étrangère nord-américaine en ce qui concerne le Proche-Orient, la Chine, l'Iran et la Russie.
La mission a rencontré des membres du Conseil de la sécurité nationale, des parlementaires ainsi que des personnalités parmi lesquelles l'ancien conseiller de sécurité nationale du président Jimmy Carter Zbigniew Brzezinski.
La plume du Ministre
Le Ministre en question, c'est Dominique de Villepin... La plume, c'est son conseiller Bruno Le Maire qui l'a servi au Quai d'Orsay en tant que conseiller pour les affaires stratégiques, puis au ministère de l'Intérieur et désormais à l'hôtel Matignon. Bruno Le Maire a relaté ses deux années passées au ministère des Affaires étrangères dans un récit simple et haletant publié chez Grasset. Passé relativement inaperçu, ce témoignage offre un double intérêt : le travail quotidien et harassant d'un diplomate pris dans les turbulences des tensions franco-américaines qui ont précédé l'intervention états-unienne en Irak, et les discrètes réflexions d'un normalien-énarque-agrégé de lettres. Entre les appels téléphoniques de Colin Powell et les rendez-vous avec la DGSE, Bruno Le Maire n'est pas tendre pour les intellectuels : "Les intellectuels ont fait la grandeur de la France. Je voudrais écrire cette phrase au présent (...) Je ne peux pas. Ils ne pensent plus selon leur intelligence. Ils pensent suivant plus puissant qu'eux."
Le Ministre, Bruno Le Maire - Grasset