16 février 2006
La fin des intellectuels français (vue par un Iranien)
Alors que les autorités françaises élèvent le ton à l'égard du "programme nucléaire iranien militaire clandestin", un site d'information iranien, au ton assez éloigné de la ligne officielle iranienne, consacre un intéressant article à la vie intellectuelle française. Intitulé The death of intellectualism, cet article propose une plongée impressionniste à Saint-Germain des Prés, quartier jadis prisé par l'intelligentsia où "l'art et la culture y font depuis longtemps figure de tradition". L'auteur, Iqbal Latif, vit à Paris depuis 1978 et semble ne s'être jamais remis de l'époque où Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir régnaient sans partage sur le quartier latin.
Il prend cependant acte d'une "certaine perte de prestige des intellectuels français depuis les années 1970", et fait sienne la thèse développée par Régis Debray dans un essai paru en 2000 Intellectuel français, suite et fin selon laquelle les intellectuels "ont renié leurs principes, se sont vendus aux médias pour la seule satisfaction de leur égo (...) Le transfert des cendres d'André Malraux au Panthéon en 1996 apparaît comme le couronnement de la gloire des intellectuels du 20ème siècle."
30 janvier 2006
L'automne du patriarche
Dans un entretien accordé au supplément dominical du quotidien catalan La Vanguardia, l'écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez déclare avoir cessé d'écrire faute d'inspiration. "J'ai pris une année sabbatique en 2005 (...) pour la première fois de ma vie je n'ai rien écrit. (...) Je n'ai ni projet, ni perspective." Le prix Nobel de littérature 1982 souligne qu'avec son "expérience" il pourrait "écrire sans problème un roman" mais que les lecteurs se rendraient compte qu'il n' a pas été écrit "avec les tripes".
Agé de 78 ans, Gabo, comme l'ont affectueusement surnommé les Colombiens, revient d'une sérieuse maladie et vit actuellement à Mexico après avoir passé quelques années à Cuba pour mieux marquer son soutien au régime de Fidel Castro. Ivre de voyages, il aura vécu à Rome, Caracas, New York, Barcelone, Genève... et à Paris où le quartier Latin n'aura jamais si bien porté ce nom à l'époque où il vivait rue Cujas, sans le sou. Sans oublier la sublime Carthagène dont il a occupé la plus belle demeure près des remparts et de l'océan.
Natif du Nord de la Colombie, il a magnifiquement décrit la touffeur des villages endormis et les vies improbables de ses habitants. Ainsi, cette poignante histoire d'amour qui n'aura jamais lieu (enfin...) dans L'amour au temps du choléra.
Les romans ont fait la richesse de Gabriel Garcia Marquez, mais ils ne doivent pas masquer sa première vocation : le journalisme qu'il a pratiqué en Amérique du Sud et en Europe. Dans Le journal d'un enlèvement publié en France en 1997, il livre des témoignages recueillis auprès de Colombiens pris en otages par les cartels et les transpose dans un strict récit où tous les fléaux de la pauvre et belle Colombie s'entrechoquent : violence, drogue, jeunesse désoeuvrée...
Les livres de Gabriel Garcia Marquez ont été principalement publiés par Grasset.
24 janvier 2006
2005, année record pour l'exportation du cinéma français
L'année 2005 aura été faste pour l'exportation du cinéma français. Le nombre d'entrées pour des films projetés à l'étranger s'est élevé à 73,6 millions soit une hausse de 49 % par rapport à 2004 qui avait enregistré 49,2 millions d'entrées. Le chiffre d'affaires s'élève quant à lui à 369 millions € contre 239,6 millions € en 2004.
Selon Unifrance, l'organisme chargé de la promotion du cinéma français dans le monde, c'est la première fois que les films français attirent plus de spectateurs à l'étranger qu'en France où 64,8 millions d'entrées ont été enregistrées.
Parmi les films français les plus vus hors de notre pays, La marche de l'Empereur a enregistré 16,2 millions de spectateurs, près de dix fois plus qu'en France (1,8 million) ! Le documentaire de Luc Jacquet a été vu par 12,8 millions de personnes aux Etats-Unis, 1,2 million en Allemagne, 600 000 en Italie, 400 000 en Chine... Il a engrangé 77 millions € de recettes à travers le monde, ce qui en fait le deuxième plus gros succès français à l'étranger de ces dix dernières années après Le fabuleux destin d'Amélie Poulain.
C'est en Europe que le cinéma français trouve ses débouchés les plus importants avec 50 % des entrées, puis aux Etats-Unis (environ 35 %) alors que l'Asie marque un très net recul (-45 % au Japon) en dépit de l'émergence du maché chinois. L'Amérique latine, grâce au Mexique, au Brésil et à l'Argentine semble devenir un marché prometteur pour le cinéma français.
23 novembre 2005
"J'ai tendance à me croire utile..." André Malraux
Radio-Canada propose la rediffusion d'un entretien d'André Malraux réalisé au mois d'octobre 1967 à l'occasion de la sortie des Antimémoires. Alors ministre des Affaires Culturelles, Malraux s'exprime d'une voix profonde pas encore altérée par la maladie sur son "accord total avec les théologiens" à propos de Dieu, sur la lampe de Napoléon qui éclaire son bureau, les femmes et le féminisme, la justice sociale, le tiers-monde en devenir, son admiration pour De Gaulle et Mao...
Le ministère de la culture a commémoré en 2001 le centième anniversaire de la naissance de l'écrivain-ministre.
10 novembre 2005
Concours Rostropovitch
La Ville de Paris organise la huitième édition du Concours international de violoncelle Rostropovitch du 9 au 20 novembre 2005. Cette compétition internationale de haut niveau permet d'entendre une centaine de candidats venus de tous les continents et ayant passé avec succès des épreuves de qualification qui se sont déroulées préalablement à Paris, Washington, Moscou et Tokyo. A Paris, la première épreuve se déroule au Conservatoire national de Paris ou les candidats doivent présenter deux oeuvres (prélude de Bach ainsi qu'une pièce parmi Dutilleux, Ligeti, Xenakis...). La deuxième épreuve aura lieu à l'Opéra Bastille avec un répertoire différent (Beethoven, Brahms, Debussy, Prokoviev...). Enfin , l'épreuve finale se déroulera au Théâtre du Châtelet le samedi 19 novembre avec l'Orchestre de Paris.
L'accès aux première et deuxième épreuves est libre et offre des conditions d'écoute remarquables devant un public mélomane. Le jury est présidé par le maître Mstislav Rostropovitch en personne.
Le talent de Rostropovitch a croisé l'Histoire le 9 novembre 1989 lorsque, devant le mur de Berlin enfin défait, il interpréta une suite de Bach pour célébrer la fin d'un ordre bipolaire moribond.
21 septembre 2005
Nous autres, modernes
Un réveil en fanfare ce matin sur France Culture. Nicolas Demorand y recevait Alain Finkielkraut à l'occasion de la sortie de son dernier essai Nous autres, modernes. Ce recueil de cours de philosophie dispensés à l'Ecole Polytechnique est une interrogation inquiète et scrupuleuse de la notion de modernité et du rapport que celle-ci entretient avec le passé.
Inlassable critique de L'ingratitude de l'homme contemporain qui se veut délivré du passé, Alain Finkielkraut porte un regard incisif sur les idoles du monde moderne : cosmopolitisme, justice internationale, art contemporain, sociologie à la Pierre Bourdieu... Pour cela, il paie depuis plusieurs années déjà le prix fort. Au mieux il est ringard, au pire il est traité de nouveau réactionnaire (en bonne compagnie du reste avec Marcel Gauchet, Régis Debray, Pierre-André Taguieff...). Le moindre de ses commentaires fait désormais l'objet d'une implacable loi des suspects. Etonnant symptôme d'une société qui se répand en discours sur la tolérance et qui peine à accepter l'opinion dissidente.
L'émission peut être écoutée ici.
Alain Finkielkraut anime par ailleurs tous les samedi matin (9h07) Répliques.
11 août 2005
Jacques Derrida/Régis Debray
En juin 2004, France 3 organisait un débat salutaire entre Jacques Derrida et Régis Debray. Presqu'une génération séparent Derrida le théoricien du déconstructivisme et Debray le fondateur de la médiologie, mais une formation exigeante et élitiste les rapproche : l'Ecole Normale Supérieure. L'agrégé-répétiteur Derrida se souvient de l'aura politique qui précédait en 1965 le jeune Debray lui-même très impressionné par l'érudition du maître. Pendant près d'une heure et demie, les deux intellectuels ont des échanges attentifs et divers : l'image publique du philosophe, la notion de souveraineté, l'Europe, la démocratie et ses menaces internes, les effets pervers de l'histoire, le 11 septembre 2001...
La vidéo de ce débat est consultable ici (durée : 1h22'59'')
10 août 2005
Jacques Attali habillé pour l'hiver
L'édition électronique de La Quinzaine littéraire propose dans son numéro daté du 16 au 31 juillet 2005 un article cinglant à propos de l'essai de Jacques Attali consacré à Karl Marx. Listant une série d'erreurs, Jean-Jacques Marie dénonce la "dénaturation de la pensée de Marx" par l'ancien conseiller spécial du président Mitterrand. Titre de l'article : "Un devoir bâclé..." Il s'en prend également à la critique complaisante qui, de Bernard Pivot à Pascal Lamy, a encensé l'ouvrage lors de sa sortie. L'on se souvient que Jacques Attali s'était naguère vu reprocher des emprunts à des auteurs prestigieux qui lui ont valu une durable réputation de plagiaire. En écho de ce coup de griffe, l'on ne saurait que conseiller quelques livres revigorants qui, ces derniers temps, ont jeté une lumière crue sur les moeurs éditoriales parisiennes : Petit déjeuner chez Tyrannie d'Eric Naulleau, La littérature sans estomac de Pierre Jourde, La face cachée du Monde de Pierre Péan et Philippe Cohen.
Egalement au sommaire de ce numéro, une critique bienveillante des mémoires de l'orientaliste Maxime Robinson ainsi que plusieurs articles consacrés au Mexique.
L'édition électronique de La Quinzaine est disponible (PDF 594 ko) ici.
24 juillet 2005
A la recherche du nouvel éditeur
Les stars seraient-elles l'avenir de l'édition ? Le Figaro évoque les ventes considérables de livres "écrits" par les "people" : l'enfance de Mazarine Pingeot, les parties fines de Patrick Sébastien, l'autobiographie de Bob Dylan ou les états d'âme de Frédéric Mitterrand sont presque assurés de figurer parmi les meilleures ventes de l'année. Expert en la matière, Michel Lafon se réjouit d'avoir eu du flair avant tout le monde : les confidences de Julio Iglésias ont dépassé le million d'exemplaires alors que la vente moyenne d'un livre en France atteint péniblement les 7 842 exemplaires... Michel Lafon estime que ce juteux genre littéraire s'étendra bientôt aux hommes politiques.
19 juillet 2005
In Memoriam
3 mars 1928 - 3 juillet 2005. Désigné à l'unanimité "meilleur contrebassiste post-bop qu'ait produit l'Europe", Pierre Michelot est mort à Paris des suites de la maladie d'Alzheimer. Un tempo infaillible, un son rond et suave, une bonhomie élégante auront accompagné plusieurs décennies de concerts et de séances d'enregistrement. Son impressionnante discographie et ses prestigieuses collaborations suffisent à installer la carrure du lascar : Sidney Bechet, Dizzy Gillespie, Thelonious Monk, Lester Young, Bud Powell, Miles Davis, Stan Getz, Chet Baker, Kenny Clarke mais aussi Claude Nougaro, Bernard Lavilliers, René Urtreger ou Maurice Vander...
Formé par Gaston Laugerot de l'orchestre de l'Opéra de Paris, Pierre Michelot était devenu dans les années 50 LE contrebassite avec lequel les grands solistes nord-américains lorsqu'ils débarquaient en Europe.
Il avait joué son propore rôle dans le film Autour de minuit réalisé par Bertrand Tavernier.