Casus Belli

Géopolitique - Politique - Société

30 janvier 2008

Régis Debray vu par la London Review of Books

debrayLa prestigieuse London Review of Books propose cette semaine un long article consacré à Régis Debray et à sa passionnante biographie parue en 1996 Loués soient nos seigneurs (Praised be our Lords en version anglaise). "Régis Debray a mené la plus remplie des vies, faite d'idéologie, de débat et d'action" souligne le traducteur et critique Jeremy Harding.
L'auteur revient sur la relation que Régis Debray entretient avec la France, l'idée révolutionnaire, l'engagement physique ainsi que les liens qu'il a noués avec quelques personnalités majeures de la seconde partie du XXème siècle : Fidel Castro, Ernesto Che Guevara, Salvador Allende, François Mitterrand. Des liens très complexes, mélange d'admiration et d'éloignement, qui le mènent finalement à la figure incontournable de Charles de Gaulle.

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29 novembre 2007

"La mort de la culture française" selon le Time

time"Jadis admirée pour l'excellence de ses écrivains, artistes et musiciens, la France n'est plus qu'une puissance fanée dans le marché culturel global." L'hebdomadaire américain Time pose un regard extrêmement sévère sur l'état de la culture française et l'écho qu'elle suscite dans le monde : "Seule une poignée de romans contemporains trouvent à se faire éditer en dehors de la France (...) l'industrie du cinéma doit reconquérir la valeur qui était la sienne dans les années 60 quand François Truffaut et Jean-Luc Godard inventaient de nouvelles grammaires cinématographiques (...) Paris, lieu de naissance de l'impressionnisme et du surréalisme, a été supplantée, en termes commerciaux du moins, par New York et Londres (...) la France possède encore des compositeurs et des chefs d'orchestre de réputation internationale  mais rien à voir avec Debussy, Ravel, Satie et Milhaud."
Le Time conseille aux Français "d'arrêter de pleurnicher sur son déclin et de commencer à applaudir le ferment qui se trouve aux marges, la France pourra alors recouvrer sa réputation en tant que puissance culturelle".

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25 août 2007

Et si c'était niais ? (La rentreé littéraire assassinée)

fiorettoLes milieux littéraires parisiens n'étant pas prédisposés à l'humour et à l'auto-dérision, on appréciera d'autant plus le pastiche de Pascal Fioretto, Et si c'était niais ? 220 pages de parodies qui mettent  en pièce les incontournables écrivaillons que l'on reconnaîtra sans peine : Denis-Henri Lévy (Barbès Vertigo), Christine Anxiot (Pourquoi moi ?), Fred Wargas (Tais-toi si tu veux parler), Marc Levis® (Et si c’était niais ?), Mélanie Notlong (Hygiène du tube (et tout le tremblement)), Pascal Servan (Ils ont touché à mes glaïeuls (Journal, tome XXII)) , Bernard Werbeux (Des fourmis et des anges), Anna Galvauda (Quelqu’un m’attend, c’est tout), Frédéric Beisbéger (64 %)...
Extrait de Barbès Vertigo de Denis-Henri Lévy (DHL...) : "L'eau glacée sur mon visage finit de me ramener à la réalité (...) La terreur me fît lâcher le téléphone. Durant quelques secondes, je perdis la vista . Comme si l'effroi m'avait dépouillé à jamais de ma clairvoyance sur le monde, le sens de la vie et de l'histoire, le bien et le mal, le vrai et le faux, le laid et le beau, la droite et la gauche... Je me précipitai à tâtons dans la salle de bains et m'aspergeai à nouveau le visage. Peu à peu, serrant des deux mains le bord gluant du lavabo, je retrouvai mon calme et cette intelligence déductive qui m'avait si souvent hissé au-dessus de mon époque. Je commençai par la plus troublante des interrogations : Qui savait que j'étais là ? Je ne trouvai qu'une effarante réponse : Personne ! Je passai ensuite mentalement en revue la liste de mes ennemis possibles et les regroupai en quatre grandes catégories : les médiocres, les salauds, les jaloux et Florian Zeller."

Un blog (peu actif) accompagne le lancement de ce pastiche rafraîchissant.

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06 juin 2007

Deux journées autour de Marcel Gauchet

marcel_gauchetDepuis trois décennies, Marcel Gauchet occupe une place singulière au sein de l'intelligentsia française : issu d'une famille très modeste (un père cantonnier et gaulliste, une mère couturière et un environnement catholique très marqué), élève de l'Ecole normale d'instituteurs, il tranche avec le monde intellectuel parisien grandi dans les beaux quartiers de Paris et passé par Normale Sup.
Ses recherches ont porté tout à la fois sur la philosophie politique, le monde psychiatrique, le domaine de l'éducation... Les médias semblent découvrir depuis quelques années son sens aigu du monde contemporain et l'acuité de ses analyses politiques. Pourtant, presque inconnu du grand public, Marcel Gauchet peut continuer de prendre le bus 86 à Saint-Germain des Prés vers 20h00 - toujours installé à la même place... - sans être dérangé par les voyageurs de cette ligne prospère.
L'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) organise un colloque autour de la pensée de Marcel Gauchet les 18 et 19 juin prochains.

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29 mai 2007

Des pianistes chinois par dizaines de millions !

Lang_LangEn 1966, Jacques Dutronc commit une grinçante et increvable chanson : "Et moi, et moi, et moi..." dans laquelle il égrenait la croissance démographique des "700 millions de Chinois", "80 millions d'Indonésiens", "3 ou 400 millions de Noirs", "300 millions de Soviétiques", etc... On pourrait parodier le texte de cette remarquable ritournelle pour comprendre la déferlante chinoise dans le domaine du piano.
Selon un très intéressant article publié par Le monde de la musique (n°321 - juin 2007), le nombre de pianistes en Chine se compte en dizaines de millions : "Vingt ? Quarante millions ? (...) Difficile d'obtenir des chiffres fiables, mais le développement exponentiel des écoles de musique  et des ventes de piano est un indice fort. Cet engouement prodigieux est devenu un phénomène de société  (...)"
Il est bien connu qu'en Chine communisme et économie de marché font bon ménage, tout comme musique classique et enrichissement personnel : "La folie du piano en Chine a permis à certains de s'enrichir. C'est le cas du pianiste Liu Shikun (...) Il avait été jeté en prison pendant la Révolution culturelle, où on lui avait brisé les doigts. Aujourd'hui, il a fondé 60 écoles dans toute la Chine et se vante d'avoir 400 000 élèves !"
Les chiffres donnent le vertige mais le talent est-il au rendez-vous ? "Le pianiste Jacques Rouvier, professeur au Conservatoire de Paris, a présidé un concours national à Pékin (...) : Ce qui me frappe chez les jeunes Chinois, c'est leur enthousiasme et leur motivation. Le niveau est très élevé, mais ils jouent comme leurs parents conduisent une voiture : pour gagner quelques centimètres, ils sont prêts à prendre tous les risques sans respecter aucune règle. Leur jeu est brillant mais manque de profondeur. Leurs professeurs sont des managers qui les entraînent au sens sportif du terme."
Il n'en reste pas moins que les pianistes chinois, tel le très médiatique Lang Lang, commencent à s'illustrer dans les concours internationaux. Un jour viendra probablement où des quotas par nationalité seront établis si l'on veut donner leur chance aux milliers de musiciens roumains, chiliens ou français face aux millions de Chinois.

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20 mars 2007

Apostrophes (Bernard Pivot), émission à revoir

bernard_pivotFrance Inter propose tout au long de cette semaine un programme consacré à l'émission Apostrophes que Bernard Pivot anima de 1975 à 1990. Il est possible d'écouter ce programme sur le site de France Inter. Lundi : Alexandre Soljenitsyne ; mardi : les grandes dames d'Apostrophes ; mercredi : les rencontres improbables...
L'Institut national de l'Audiovisuel met à disposition 724 numéros d'Apostrophes ! A visionner gratuitement.

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23 février 2007

Bénureau, pas vu à la TV

b_nureauC'est peu dire que la télévision moderne aime les humoristes... enfin ceux dont le discours est policé et conforme aux normes du moment : des bons sentiments pour être célébrés par Canal +, ce qu'il faut de d'indignation pour être adoubés par Télérama, etc...  Certains de ces humoristes sont souvent dépourvus du moindre talent sauf celui de se faire inviter sur toutes les chaînes... au point d'avoir développé un solide don d'ubiquité puisqu'on les retrouve parfois le même jour, à la même heure sur des chaînes concurrentes...
C'est peu dire que Didier Bénureau est discret dans les médias... Est-il (déjà) tricard ? Ou a-t-il décidé, une bonne fois pour toutes, de boycotter les "talk show" et les "stand up" ? Cela ne l'empêche pas de remplir soir après soir le Studio des Champs-Elysées pour jouer son spectacle BOBO. Campant un Vincent Delerm plus vrai que nature ("Tu lisais un roman de Kundera... écrit avec des caractères Helvetica..."), Bénureau fait un sort sans concession aux Bobos... et, en passant, parle pas mal de ses propres bobos. Lorsqu'il prend les traits d'un improbable prêtre transsexuel belge, on se croirait dans la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles !
Délirant et irrésistible sketch que celui de l'épouse du député : n'ayant plus vingt ans depuis longtemps, la vioque est encore dotée d'un solide appétit sexuel et picole encore plus que le Capitaine Haddock. Elle se souvient de sa jeunesse ("J'avais des sacrés nibards à l'époque...") lorsque son mari, rêvant d'un poste de ministre, l'envoya auprès du Président Georges Pompidou pour quémander un maroquin dans le gouvernement ("Ah ! Pompidou... Quel homme d'Etat ! Quelle classe ! Je l'ai sucé... et mon mari n'a jamais été ministre... même pas Secrétaire d'Etat !")
Le meilleur est pour la fin : Bénureau en artiste de gauche ("Le monde serait plus beau s'il n'y avait que des artistes !") qui compense sa saloperie naturelle par un discours très tendance ("Je suis pour le progrès... vous voyez bien... la mouvance de l'indignation ! Je connais Pierre Arditi...!)
C'est peu dire que Bénureau ne fait rien pour passer dans les médias...

A regarder :

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21 novembre 2006

Maoïstes... (Made in USA ?)

maosLes années 1970 ont accouché d'une engeance, les maoïstes, qui ont beuglé les bienfaits de la Révolution culturelle prolétarienne chinoise. L'écrivain Morgan Sportès propose un roman particulièrement décapant (Maos) consacré à la trajectoire politique, sociale et culturelle des maoïstes français. Son "héros", Jérôme, est un ancien mao reconverti dans une grande maison d'édition parisienne. Rangé des actions violentes, il s'est installé dans une vie bourgeoise ou pullulent désormais nombre de ses anciens camarades. Lors d'un dîner, ceux-ci se livrent à une diatribe contre... les ouvriers : "Les ouvriers ne veulent pas faire la révolution ! (...) Pas moyen d'électriser les masses... Sur les trois cents prolos, hommes et femmes, de l'usine, français, maghrébins, sans compter deux maliens, et après quatre mois d'efforts, je n'en avais converti aucun (...) J'appris à parler simple, direct, concret, "peuple", pour que mes arguments portent mieux (...)  Mais ils m'ont ri au nez pour la plupart. Ils préféraient causer football.Tiercé."
Maos est également un intéressant (contestable ?) témoignage sur la manipulation des groupuscules extrémistes. Les personnages de Morgan Sportès en arrivent à se demander s'ils ne sont pas les pantins d'une stratégie d'influence qui les dépasse : "Pourquoi les Américains, depuis la Seconde Guerre mondiale, avaient sollicité, favorisé, financé tout ce qu'il y avait de plus ridicule dans la nouvelle gauche post-stalinienne, en matière de sciences humaines de littérature et d'art ! (...) Les Américains ont voulu se débarrasser de De Gaulle (...) mais avec des moyens plus subtils que ceux utilisés contre Allende au Chili parce que la France n'était pas un pays du tiers-monde. Une énorme machine de propagande s'est déclenchée, entre autres aux Etats-Unis." Le doute des maos s'épaissit : "Les maos et divers groupes gauchos ont-ils été, naïvement pour la plupart (mais à leur tête quelques agents conscients devaient se trouver) des créatures des services secrets yankees. Par le biais parfois des services espagnols ou portugais de Franco et Salazar ?... (...) En Hollande et en Suisse, des groupes maos ont été créés de toutes pièces par la CIA, pour pénétrer les autres groupements gauchistes, dont la bande à Baader, et déstabiliser les partis communistes... Ce sont ces gens-là qui en 1969, en Italie, ont foutu des bombes, attribuées aux anarchistes, pour discréditer le mouvement social... En Italie, le sang a coulé. En France, de façon un peu moins brutale, le même processus a eu lieu..."

En écho à son roman, Morgan Sportès vient de mettre en ligne Mao et Moa, un article que vous ne lirez pas dans la page Débats du Monde.

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21 septembre 2006

De l'art de dire des conneries

10_18"L'un des traits les plus caractéristiques de notre culture est l'omniprésence du baratin..." Professeur émérite de philosophie à l'université de Princeton, Harry G. Frankfurt est l'heureux auteur d'un petit essai qui est devenu un best-seller dans les nombreux pays où il a fait l'objet d'une traduction. De l'art de dire des conneries (On bullshit en version originale) fut rédigé en 1985 lorsque Harry G. Frankfurt enseignait la philosophie au sein de la prestigieuse Yale University. L'un de ses collègues, professeur de physique, n'était pas surpris outre mesure que ce livre fût écrit dans cette université : "Yale, après tout, est la capitale mondiale du baratin".
Harry G. Frankfurt s'essaie à une définition pertinente du baratin (est-ce un mensonge ? est-il délibéré ? s'agit-il d'un discours mondain destiné à dissimuler l'incompétence ?) et propose ce constat : "Le baratin devient inévitable chaque fois que les circonstances amènent un individu à aborder un sujet qu'il ignore. La production de conneries est donc stimulée quand les occasions de s'exprimer sur une question donnée l'emportent sur la connaissance de cette question."

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22 juin 2006

Marcel Gauchet et les "anges célestes"

gauchetA l'occasion de l'exposition consacrée aux Lumières ! Un héritage pour demain qui s'est récemment tenue à la Bibliothèque Nationale de France, plusieurs conférences ont accompagné cet évènement. Le 24 mai dernier, les philosophes Marcel Gauchet et Luc Ferry étaient invités à plancher sur le thème : que sont les lumières devenues ?
Directeur d'études à l'EHESS et rédacteur en chef de la prestigieuse revue Le Débat, Marcel Gauchet a le bon goût de ne pas vouloir plaire... En 1980, tel un orage dans un ciel dégagé, il avait commis un article retentissant qui lui valut une réputation de fossoyeur du progrès : Les droits de l'homme ne sont pas une politique... Plus récemment, il eut l'honneur d'être fiché comme "nouveau réactionnaire" aux côtés de Régis Debray, Pierre Manent ou Pierre-André Taguieff dans un ouvrage de Daniel Lindenberg. "Une liste des suspects" selon Pierre Manent...
Lors du débat organisé à la BNF, Marcel Gauchet s'est interrogé sur un ton ironique : "Face à l'idéologie des droits de l'homme, que reste-t-il du passé ? Une barbarie... une vaste compilation d'horreurs... Comment cette barbarie a-t-elle pu engendrer les anges célestes que nous sommes...?"
Poursuivant son interrogation sur le discrédit des nations en Europe, il affirme : "Nous sommes actuellement dans un moment où s'affaisse le rapport d'obligation avec le passé, la nation. Ce discrédit est dû, entre autres, au fait que la nation est donnée à la naissance et n'est pas choisie ; en effet, on ne choisit pas de naître Français, Anglais ou Bulgare. Or, l'homme contemporain ne supporte que l'identité qu'il s'est choisie et veut se délivrer d'une identité donnée car celle-ci l'éloigne du sentiment de liberté."

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