25 février 2009
Langues en danger, un patrimoine immatériel à sauvegarder
En écho à la Journée de la langue maternelle qui s'est récemment tenue à l'UNESCO, signalons les multiples initiatives destinées à enrayer l'extinction des quelques 6 000 langues parlées dans le monde. L'UNESCO rappelle que "la moitié des 6 700 langues parlées aujourd'hui sont en danger de disparition d'ici la fin du siècle". A défaut de préserver des idiomes dont certains ne sont parlés que par quelques dizaines de locuteurs, certaines institutions se dépêchent de sauver ce qui peut encore l'être. La revue Seed propose d'écouter quelques enregistrements effectués par la fondation Institute for endangered languages.
Au programme :
- une chanson en langue Tofa, Sibérie centrale (35 locuteurs) : audio
- langue Ho, Inde (1 million de locuteurs) : audio
- langue Kallawaya, Bolivie (100 locuteurs) : audio
- langue Chulym, Sibérie (moins de 10 locuteurs) : audio
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20 février 2009
Langues en danger
Environ 6 000 langues sont parlées dans le monde. Une diversité qui se réduit comme peau de chagrin : 2 500 langues courent un danger de disparition faute de locuteurs. A l'occasion de la Journée de la langue maternelle qui aura lieu le 21 février, l'UNESCO présente la version électronique de son atlas linguistique et sonne le tocsin : " sur les quelque 6 000 langues existant dans le monde, plus de 200
langues se sont éteintes au cours des trois dernières générations, 538
sont en situation critique, 502 sérieusement en danger, 632 en danger
et 607 vulnérables."
A la lecture de cet atlas, le déclin du patrimoine linguistique humain semble inéluctable : "199 langues comptent moins de dix locuteurs et 178 autres langues entre 10 et 50 locuteurs." Parmi les langues récemment éteintes, l'UNESCO cite le mannois parlé sur l'île de Man, l'aasax jadis pratiqué en Tanzanie ou l'oubykh disparu de Turquie en 1992.
La France pour sa part n'échappe pas à ce triste destin puisque 26 langues sont menacées dont "13 sérieusement en danger, 8 en danger et 5 en situation vulnérable".
Source :
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09 décembre 2008
L'Histoire à l'épreuve du devoir de mémoire
Depuis une quinzaine d'années, la France se livre à une insondable querelle des lois mémorielles comme seul notre pays en a le secret. Colonisation, communisme, collaboration, génocides... rien ne semble échapper à la "vigilance" des historiens. A l'occasion des travaux de la Mission d'information sur les questions mémorielles instituée par l'Assemblée nationale, l'historien Pierre Nora a porté un regard très critique sur l'arsenal juridique mis en place depuis la loi Gayssot : "nous sommes en effet face à une dérive législative à laquelle la France a été le seul pays à se livrer. Elle témoigne de la gravité du symptôme mémoriel qui affecte notre temps". Pierre Nora vise en particulier "la loi "Gayssot", mère de toutes les autres lois mémorielles". Promulguée le 13 juillet 1990, cette loi tend "à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe".
En 2005, l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau avait publié un ouvrage consacré aux traites négrières qui lui avait valu d'être assigné en justice par le Collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais. Echaudé par cette affaire, Pierre Nora, estime que "ce malheureux Pétré-Grenouilleau a subi pendant plus d'un an une véritable persécution dont sa carrière et sa famille ont été affectés". Ce collectif a finalement renoncé à son action mais Pierre Nora estime que "si la France doit s'ériger en procureur de son propre passé et en juge de la conscience universelle, allons-y gaiement aussi avec les Indiens d'Amérique ! La "pan-diabloisation" de l'Histoire est très grave et doit s'arrêter".
Désireux de mettre un terme aux "lois établissant des vérités d'Etat", Pierre Nora préside l'association Liberté pour l'Histoire dont l'objectif vise à combattre la décision-cadre européenne des 19-20 avril 2007 élargissant les préconisations de la loi Gayssot à tous les crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
Source :
- Audition de Pierre Nora (Assemblée nationale)
- Rapport d'information fait au nom de la Mission d'information sur les questions mémorielles (Assemblée nationale)
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26 octobre 2008
Requiem pour Michel Colombier (homme de l'ombre de Serge Gainsbourg)
Succès garanti pour l'exposition que la Cité de la musique organise autour de l'oeuvre de Serge Gainsbourg. Gainsbourg 2008 propose un itinéraire musical, photographique et cinématographique à la mesure du talent de l'homme à tête de chou. En écho à cette exposition, Télérama propose un hors-série - Gainsbourg, Le dandy de grand chemin - dont un chapitre passionnant rend hommage aux "hommes de l'ombre", ces arrangeurs et compositeurs, trop méconnus, qui ont largement contribué aux albums de Serge Gainsbourg.
Au nombre de ces hommes de l'ombre, apparaît la figure incontournable de Michel Colombier. Ce Lyonnais, décédé prématurément en Californie au mois de novembre 2004, n'aura rencontré qu'un bref succès populaire avec la composition Emmanuel qui servit de générique à la chaîne Antenne 2 dans les années 70. Pourtant, son influence sur Gainsbourg fut réelle au point que certains musiciens estiment qu'il ne fut pas le simple simple arrangeur accrédité sur la pochette de disque ; quelques morceaux pourraient lui être attribués en particulier le cultissime Requiem pour un con. Une syncope reconnaissable entre mille que Gainsbourg s'est hâtivement attribuée, à l'image d'autres morceaux largement inspirés par d'autres hommes de l'ombre (Jean-Claude Vannier, Alain Goraguer...) et signés Serge G.
Michel Colombier fut associé à de nombreux projets musicaux : musiques de film, variété, (Charles Aznavour, Claude Nougaro, Barabara...) jazz (Herbie Hancock...), musique contemporaine... Ce dernier registre lui donna l'occasion de contribuer (composer ?) à l'increvable composition électroacoustique attribuée à Pierre Henry : Messe pour le temps présent...
Source :
28 septembre 2008
Les élites et leur passion pour le discours hors-sol
On ne dira jamais assez à quel point la pensée de Marcel Gauchet peut aider l'homme contemporain à comprendre la société dans laquelle il vit. Dans un remarquable entretien publié par Causeur, le philosophe est invité à plancher sur la responsabilité des élites dans "la dépression nationale" que traverse la France depuis plusieurs décennies.
Au risque de passer pour réactionnaire, Marcel Gauchet estime que la formation classique jadis enseignée dans les écoles françaises "possédait l'immense qualité de véhiculer un langage commun dans lequel la société se reconnaissait. Sans avoir besoin d'y penser, les membres des classes dirigeantes parlaient un langage que tout le monde comprenait à peu près. Aujourd'hui, ils tiennent un discours hors-sol dans lequel les populations n'entrent pas et qu'elles rejettent avec d'autant plus de vigueur qu'il heurte les traditions les plus profondes de l'histoire intellectuelle de ce pays". Ce constat ne conduit cependant pas Gauchet à faire porter la responsabilité du malaise français sur les seules élites : "la société française est prisonnière d'un passé qui fait qu'elle attend l'essentiel de l'Etat. On peut le déplorer, vouloir la changer sur ce point, mais c'est ainsi. Les Français veulent un roi qu'ils veulent guillotiner"...
L'immigration apparait comme un objet d'étude particulièrement significatif pour saisir le dialogue de sourds qui caractérise les relations entre les élites et le peuple. Selon Marcel Gauchet, l'immigration est "l'exemple même du désastre politique français. En Europe, la France était le seul pays à avoir une tradition d'immigration, avec une assez remarquable réussite au total, au-delà des accidents de parcours plus ou moins graves. Ce qui aurait pu devenir un atout est devenu un handicap dans le contexte où l'immigration s'est imposée comme une donnée constitutive de la vie des sociétés européennes. Le modèle français classique était républicain et assimilationniste. Il a été pris à contrepied par les nouvelles exigences en matière d'identité culturelle et personnelle. L'individualisme, c'est aussi cela". Traduction médiatique du fossé entre la France d'en haut et la France d'en bas : "une campagne de mépris ahurissante, de la part du gratin, envers ces petits blancs racistes et "fermés". Nous sommes dans un pétrin inextricable. Tout est à refaire et les candidats ne se bousculent pas"...
A lire :
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- Deux journées autour de Marcel Gauchet
- Marcel Gauchet et "les anges célestes"
- Laurent Lafforgue et la destruction totale de l'école
19 juillet 2008
Rions un peu sur la banquise...
Les abonnés du Monde.fr connaissent bien les Indégivrables, ces irrésistibles petits manchots dessinés par Xavier Gorce. Chaque matin, la check list du vénérable quotidien propose les aventures polaires de l'oiseau marin dont les préoccupations ne sont pas très éloignées de celles du genre humain : problèmes financiers, inhumanité du monde contemporain, conformisme, crétinisme ambiant...
Publiées par les éditions Inzemoon, les aventures des Indégivrables en sont à leur troisième tome : Un léger tassement conjoncturel mais les fondamentaux sont bons...
30 janvier 2008
Régis Debray vu par la London Review of Books
La prestigieuse London Review of Books propose cette semaine un long article consacré à Régis Debray et à sa passionnante biographie parue en 1996 Loués soient nos seigneurs (Praised be our Lords en version anglaise). "Régis Debray a mené la plus remplie des vies, faite d'idéologie, de débat et d'action" souligne le traducteur et critique Jeremy Harding.
L'auteur revient sur la relation que Régis Debray entretient avec la France, l'idée révolutionnaire, l'engagement physique ainsi que les liens qu'il a noués avec quelques personnalités majeures de la seconde partie du XXème siècle : Fidel Castro, Ernesto Che Guevara, Salvador Allende, François Mitterrand. Des liens très complexes, mélange d'admiration et d'éloignement, qui le mènent finalement à la figure incontournable de Charles de Gaulle.
A lire :
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29 novembre 2007
"La mort de la culture française" selon le Time
"Jadis admirée pour l'excellence de ses écrivains, artistes et musiciens, la France n'est plus qu'une puissance fanée dans le marché culturel global." L'hebdomadaire américain Time pose un regard extrêmement sévère sur l'état de la culture française et l'écho qu'elle suscite dans le monde : "Seule une poignée de romans contemporains trouvent à se faire éditer en dehors de la France (...) l'industrie du cinéma doit reconquérir la valeur qui était la sienne dans les années 60 quand François Truffaut et Jean-Luc Godard inventaient de nouvelles grammaires cinématographiques (...) Paris, lieu de naissance de l'impressionnisme et du surréalisme, a été supplantée, en termes commerciaux du moins, par New York et Londres (...) la France possède encore des compositeurs et des chefs d'orchestre de réputation internationale mais rien à voir avec Debussy, Ravel, Satie et Milhaud."
Le Time conseille aux Français "d'arrêter de pleurnicher sur son déclin et de commencer à applaudir le ferment qui se trouve aux marges, la France pourra alors recouvrer sa réputation en tant que puissance culturelle".
A lire :
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- La fin des intellectuels français (vue par un Iranien)
- Mario Vargas LLosa et les intellectuels français
25 août 2007
Et si c'était niais ? (La rentreé littéraire assassinée)
Les milieux littéraires parisiens n'étant pas prédisposés à l'humour et à l'auto-dérision, on appréciera d'autant plus le pastiche de Pascal Fioretto, Et si c'était niais ? 220 pages de parodies qui mettent en pièce les incontournables écrivaillons que l'on reconnaîtra sans peine : Denis-Henri Lévy (Barbès Vertigo), Christine Anxiot (Pourquoi moi ?), Fred Wargas (Tais-toi si tu veux parler), Marc Levis® (Et si c’était niais ?), Mélanie Notlong (Hygiène du tube (et tout le tremblement)), Pascal Servan (Ils ont touché à mes glaïeuls (Journal, tome XXII)) , Bernard Werbeux (Des fourmis et des anges), Anna Galvauda (Quelqu’un m’attend, c’est tout), Frédéric Beisbéger (64 %)...
Extrait de Barbès Vertigo de Denis-Henri Lévy (DHL...) : "L'eau glacée sur mon visage finit de me ramener à la réalité (...) La terreur me fît lâcher le téléphone. Durant quelques secondes, je perdis la vista . Comme si l'effroi m'avait dépouillé à jamais de ma clairvoyance sur le monde, le sens de la vie et de l'histoire, le bien et le mal, le vrai et le faux, le laid et le beau, la droite et la gauche... Je me précipitai à tâtons dans la salle de bains et m'aspergeai à nouveau le visage. Peu à peu, serrant des deux mains le bord gluant du lavabo, je retrouvai mon calme et cette intelligence déductive qui m'avait si souvent hissé au-dessus de mon époque. Je commençai par la plus troublante des interrogations : Qui savait que j'étais là ? Je ne trouvai qu'une effarante réponse : Personne ! Je passai ensuite mentalement en revue la liste de mes ennemis possibles et les regroupai en quatre grandes catégories : les médiocres, les salauds, les jaloux et Florian Zeller."
Un blog (peu actif) accompagne le lancement de ce pastiche rafraîchissant.
06 juin 2007
Deux journées autour de Marcel Gauchet
Depuis trois décennies, Marcel Gauchet occupe une place singulière au sein de l'intelligentsia française : issu d'une famille très modeste (un père cantonnier et gaulliste, une mère couturière et un environnement catholique très marqué), élève de l'Ecole normale d'instituteurs, il tranche avec le monde intellectuel parisien grandi dans les beaux quartiers de Paris et passé par Normale Sup.
Ses recherches ont porté tout à la fois sur la philosophie politique, le monde psychiatrique, le domaine de l'éducation... Les médias semblent découvrir depuis quelques années son sens aigu du monde contemporain et l'acuité de ses analyses politiques. Pourtant, presque inconnu du grand public, Marcel Gauchet peut continuer de prendre le bus 86 à Saint-Germain des Prés vers 20h00 - toujours installé à la même place... - sans être dérangé par les voyageurs de cette ligne prospère.
L'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) organise un colloque autour de la pensée de Marcel Gauchet les 18 et 19 juin prochains.
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