31 juillet 2009
La Russie en quête d'une meilleure image dans le monde occidental
La Russie partage avec l'Iran et la Corée du Nord la particularité de faire l'objet d'un traitement médiatique particulièrement hostile. Cela est surtout vrai dans les médias appartenant à la sphère occidentale. Le président russe Dmitri Medvedev a donc décidé de lancer une campagne de relations publiques afin de redorer une image passablement écornée. Selon le site Nation Branding, "le président Medvedev vient de créer une commission au sein du Kremlin qui sera chargée de promouvoir une image positive de la Russie à l'étranger."
Après la guerre qui l'a opposée à la Georgie au mois d'août 2008, la Russie a rencontré les pires difficultés à faire prévaloir son point de vue : "il est désormais établi que Moscou a perdu la bataille dans les opinions publiques occidentales après le conflit avec la Georgie. A la suite de la déclaration d'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie [favorables à la Russie], seul un pays, à part la Russie, a reconnu ces deux entités : le Nicaragua".
De la nouvelle agence créée par Dmitri Medvedev on ne sait pas grand chose sinon "qu'elle devrait travailler derrière des portes closes et ne pas agir comme une brigade de pompiers, mais plutôt prévoir les réactions de la communauté internationales avant de prendre des décisions importantes. La commission ne se contentera pas de jouer un rôle proactif dans le processus de prise de décision mais devra tout mettre en oeuvre pour contrer les informations négatives sur la Russie."
Source :
- Russia forms commission to improve its image (Nation branding)
Sur le même thème :
- La télévision chinoise parle arabe
- Barack Obama restaure l'image des Etats-Unis dans le monde
- L'Equateur dénonce "une guerre médiatique" menée par la Colombie
- La guerre de l'information menée par Israël à Genève
30 juillet 2009
Jean-David Lévitte, ambassadeur de France à Washington à l'époque de la francophobie triomphante
Canal Académie propose cette semaine la diffusion d'un entretien de Jean-David Lévitte, conseiller diplomatique du président Nicolas Sarkozy. 52 minutes consacrées à la formation et au parcours professionnel d'un sherpa au sein du Quai d'Orsay et des postes diplomatiques français en Chine, aux Nations-Unies puis aux Etats-Unis. On retiendra les années passées à l'ambassade de France à Washington, en 2002-2003, au plus vif des tensions entre les Etats-Unis et la France. En pleine vague de francophobie (french bashing), Jean-David Lévitte avait alors décidé d'aller expliquer dans les médias états-uniens la position de la France et son refus d'envahir l'Irak : "beaucoup de spécialistes en communication m'avaient dit de laisser une vague trop forte et trop violente et que je ne pourrai rien y changer. J'ai adopté la position exactement inverse pour deux raisons : d'abord parce qu'aux Etats-Unis, celui qui monte sur le ring est écouté parce qu'il est respecté ; ensuite parce que 300 000 Français vivent aux Etats-Unis et, à cette époque-là, pour eux c'était un vrai calvaire. Les enfants français scolarisés dans les écoles américaines se faisaient insulter ; il y a eu des incidents graves (...) Le langage que j'ai tenu a fini par être entendu à mesure que les Américains ont réalisé que la France, après tout, avait peut-être raison".
Jean-David Lévitte revient également sur un épisode de la guerre de l'information que les Etats-Unis menaient alors contre la France : "après la chute du régime et la disparition de Saddam Hussein, le Pentagone avait annoncé que si ce dernier restait introuvable, c'est que la France avait donné des passeports et des visas à Saddam Hussein et à sa famille pour lui permettre de s'échapper... J'ai envoyé une lettre au président Bush, à tous les membres du gouvernement, à tous les membres du Congrès, à tous les médias pour dénoncer une campagne de désinformation systématique de ce que faisait la France".
Source :
- Jean-David Lévite, un diplomate à l'Elysée (Canal Académie)
Sur le même thème :
- Les Etats-Unis dépourvus d'informations sur l'Iran veillent sur Internet et font appel à la France
- Quand la CIA voulait placer Charles de Gaulle sous influence
- Une opération d'influence de Washington en temps réel
- De l'influence de la France aux Etats-Unis
29 juillet 2009
Le Vatican bénit le "pôle religions" du Quai d'Orsay
La France était naguère ce pays où toute question relative à la place de la religion dégénérait en drame national. Or, l'annonce du ministère des Affaires étrangères de créer un "pôle religions" chargé de "développer une analyse globale des questions religieuses" n'a provoqué aucun remous au sein de la classe politique française. Il est permis de s'en réjouir. En revanche, le Vatican n'a pas perdu de temps pour accueillir favorablement cette initiative diplomatique. Par la voix de L'Osservatore romano, et de l'agence Zenith, le Saint-Siège loue la décision du ministère des Affaires étrangères : " l'objectif principal du Quai d'Orsay est de sensibiliser les
diplomates de la nouvelle génération aux questions religieuses et
d'apporter une réflexion sur les grands mouvements religieux dans le
monde et sur leurs éventuelles implications politiques".
Pour le Vatican, la création de ce "pôle religions" est à rapprocher du discours sur la "laïcité positive" prononcé par Nicolas Sarkozy le 20 décembre 2007 à Saint-Jean de Latran : " une laïcité qui, « tout en veillant à la liberté de penser, à celle de
croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un
danger, mais plutôt un atout ".
L'agence Zenith précise par ailleurs que le "pôle religions" du Quai d'Orsay sera dirigée par l'intellectuel catholique d'origine libanaise Joseph Maïla et compose de "6 personnes pour 16 000 diplomates".
Source :
Sur le même thème :
- Le Vatican sur You Tube, Credo 2.0
- La diplomatie d'influence du Vatican en direction du monde musulman
- Ces chrétiens qui choisissent l'islam
- Diplomatie vaticane
- Religions et croissance économique
27 juillet 2009
La télévison chinoise parle arabe
La Chine vient de lancer une chaîne de télévision en langue arabe qui diffusera des programmes 24 heures sur 24 à destination de 22 pays arabophones, soit près de 300 millions de téléspectateurs potentiels. Selon une dépêche publiée par le BBC, ce nouveau canal d'information vise une ambition : "montrer la "vraie" Chine aux pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord". Ouverte depuis le 25 juillet, la chaîne CCTV-Arabic "s'inscrit dans la volonté du gouvernement chinois de promouvoir sa vison du monde en encourageant ses médias à agir à l'échelle mondiale. Selon Zhang Changming, vice président de CCTV, 'il est impératif de diffuser des programmes en plusieurs langues en direction de publics multiples'".
China Central Television (CCTV) dispose déjà de plusieurs canaux linguistiques de diffusion : chinois à destination de l'Empire du milieu et de sa diaspora, français pour la France et (surtout) l'Afrique francophone où la Chine est en passe de devenir un acteur économique majeur, espagnol et anglais. CCTV envisage le prochain lancement d'une chaîne en langue russe qui pourrait intervenir dès le mois de septembre prochain.
Source :
Sur le même thème :
- Le soft power protéiforme de la Chine
- L'armée chinoise succombe aux relations publiques
- Le Japon et la Chine misent sur l'influence par l'information
- La propagande chinoise à destination des Occidentaux
- La Chine renforce sa diplomatie culturelle
24 juillet 2009
Barack Obama restaure l'image des Etats-Unis dans le monde
Six mois après son entrée en fonction, Barack Obama continue de jouir d'une cote de popularité positive auprès de ses concitoyens (55 %) mais le nombre de mécontents et de sceptiques ne cesse de croître. Le président pourra se consoler à la lecture d'une étude publiée par l'institut Pew Research Center et constater qu'il a réussi une première prouesse : redorer l'image des Etats-Unis dans le monde.
Menée auprès de ressortissants de 25 pays, cette étude montre que la perception des Etats-Unis s'est sensiblement améliorée aussi bien en Europe, qu'en Amérique latine, en Asie qu'en Afrique. Sur le vieux contient, c'est la France qui affiche le taux le plus élevé d'opinions favorables à l'égard des Etats-Unis : 75 % en 2009 contre 39 % en 2006 sous l'ère Bush... Le matraquage médiatique et la vague d'obamania qui ont précédé l'élection de novembre 2008 ont porté leurs fruits.
Au Proche-Orient, la personnalité de Barack Obama a également fait bouger les lignes mais dans une bien moindre mesure qu'en Europe. Selon le Pew Research Center, "la perception des Etats-Unis parmi les musulmans du Moyen-Orient reste largement défavorable en dépit d'un mouvement de sympathie observable en Jordanie et en Egypte. L'animosité envers les Etats-Unis continue cependant de se manifester en Turquie, dans les territoires palestiniens et au Pakistan. Israël est le seul pays parmi les 25 étudiés où la perception des Etats-Unis a baissé par rapport aux enquêtes précédentes". On notera que, au Liban, Barack Obama inspire plus de confiance parmi les musulmans sunnites (65 %) que parmi les chiites (26 %) ou les chrétiens (46 %).
Du côté de l'Amérique latine, l'action de Barack Obama est jugée meilleure que celle de son prédécesseur George Bush. Au Brésil, 76 % des personnes interrogées expriment leur confiance au président actuel (17 % pour Bush) ; au Mexique, ce taux s'élève à 55 % contre 16 % pour l'ancien président.
Source :
- Confidence in Obama lifts U.S. image around the world (Pew research center)
Sur le même thème :
- Washington en quête d'une meilleure image en Amérique latine
- L'image des Etats-Unis ternie par George Bush
- Luther King et Mandela à la rescousse de la diplomatie publique américaine
23 juillet 2009
L'Equateur dénonce "une guerre médiatique" menée par la Colombie
Sur un continent latino-américain très majoritairement à gauche, la Colombie d'Alvaro Uribe apparaît comme une exception notable. Libéral et proche de l'ancienne administration Bush, le président Alvaro Uribe est souvent méprisé en Amérique latine mais régulièrement élu par les citoyens colombiens. On ne compte plus les anicroches qui l'ont opposé à ses voisins les plus proches Hugo Chavez au Vénézuela et Rafael Correa en Equateur. Dernier incident en date, l'accusation lancée par le ministre équatorien de la sécurité, Miguel Carvajal, qui, selon le quotidien El Nuevo Herald, accuse la Colombie de "mener une guerre médiatique, une méthode souvent employée par les pays confrontés à des problèmes internes".
Miguel Carvajal estime que "la Colombie est devenue spécialiste de la guerre médiatique et a désigné le gouvernement de l'Equateur comme l'un des objectifs de cette guerre médiatique (...) Il ne se passa pas un jour sans qu'ils nous sortent une vidéo ou un fichier informatique impliquant l'un de nos ministres. Et l'Equateur est tenu de répondre à ces attaques ! "
A demi-mots, la Colombie accuse l'Equateur d'offrir l'hospitalité à la guérilla des FARC ; une accusation identique à celle que Alvaro Uribe adressait naguère à Hugo Chavez. Selon El Nuevo Herald, "une vidéo de 2006 montre le commandant des FARC Jorge Briceno, alias "Mono Jojoy", évoquant un versement d'agent par les FARC à Rafael Correa, alors candidat à la présidence de l'Equateur".
Source :
- Quito acusa a Bogota de "guerra mediatica" (El Nuevo Herald)
Sur le même thème :
- Israël-Palestine, démographie sur fond de guerre de l'information
- Les opérations psychologiques numériques au service de la déstabilisation
- Rumeurs et attaques informationnelles
- Le nouveau pouvoir hondurien en campagne de lobbying à Washington
21 juillet 2009
Le nouveau pouvoir hondurien en campagne de lobbying à Washington
Le coup d'Etat qui a amené Roberto Micheletti à la tête du Honduras présente un inconvénient majeur : c'est une catastrophe en terme d'image et de résonnance médiatique. Aussi, les nouveaux dirigeants de Tegucigalpa ont-ils lancé une opération de lobbying auprès des milieux politiques de Washington. Une dépêche de Associated Press précise que "les militaires, les hommes politiques et les milieux d'affaire qui ont évincé le président de gauche Manuel Zalaya ont lancé une campagne de lobbying afin de se présenter comme les hérauts du combat contre le "communisme" et la "dictature".
Cette opération est menée par une équipe composée de responsables politiques et de professeurs de droit qui se trouvent à Washington depuis lundi. Soutenue par les principales organisations patronales honduriennes, cette initiative a pour objectif d'éviter des sanctions que les Etats-Unis pourraient prendre à l'encontre des putchistes. La partie n'est pas gagnée dans la mesure où la secrétaire d'Etat Hilary Clinton a publiquement désapprouvé le coup de force de Roberto Micheletti après que Barack Obama eut, lui aussi, critiqué les dirigeants honduriens. L'Union européenne, quant à elle, a d'ores-et-déjà annoncé son intention de suspendre une aide de 65 millions d'euros au Honduras.
Source :
- Honduras' interim govt sends lobbying team to US (Associated Press)
Sur le même thème :
- La "guerre du football" ou la poursuite de la politique par d'autres moyens
- Moines de Tibéhirine : les ratés des réseaux d'influence algériens en France
20 juillet 2009
La diplomatie culturelle en débat... sans la France
Berlin accueillera, du 27 au 31 juillet prochain, un symposium international consacré au "rôle du soft power dans l'environnement international". Pendant cinq jours, des universitaires, des praticiens et des hommes politiques de haut rang viendront plancher sur les multiples dimensions de la diplomatie culturelle. A tout seigneur, tout honneur, c'est l'incontournable Joseph Nye qui prononcera la conférence d'ouverture. Notons la présence de plusieurs anciens présidents (Jorge Sampaio pour le Portugal, Joaquim Chissano pour le Mozambique, Vaira Vike-Frelberga pour la Lettonie) et de ministres en exercice. Aucun Français ne figure parmi la liste des invités.
Source :
- The international symposium on Cultural Diplomacy 2009, "The role of soft power in the international environment" (Academy for cultural diplomacy)
Sur le même thème :
- Le Japon élargit son périmètre d'influence en Asie
- Le Canada projette son influence en Amérique latine
- Variations sur la guerre culturelle et la cécité française
- La diplomatie publique, ça s'apprend
19 juillet 2009
La "guerre du football" ou la poursuite de la politique par d'autres moyens
En 1969, le Honduras et le Salvador s'affrontèrent en matches éliminatoires pour la phase finale de Coupe du monde prévue au Mexique en 1970. Résultat : 5 000 morts. Sur fond de grèves, de tensions politiques et de rivalités entre ces deux petites nations d'Amérique centrale, les violences dégénérèrent en "guerre du football" qui, aujourd'hui encore, apparaît comme l'évènement sportif le plus meurtrier de l'histoire.
A l'occasion du quarantième anniversaire de ces émeutes, le service espagnol de la BBC revient sur cet évènement sanglant : "ces matches étaient devenus des affaires d'Etat (...) Un colonel à la retraite de l'armée hondurienne affirme dans un livre intitulé "La grande conspiration salvadorienne" que le caractère de ces incidents montre qu'ils furent organisés comme un acte d'hostilité envers le Honduras".
Les actes de violence entre les deux pays frontaliers prirent une tournure militaire lorsque "le 14 juillet 1969, l'armée de l'air salvadorienne attaqua par surprise l'aéroport de Toncontin, à Tegucigalpa, ainsi que des localités situées à la frontière (...) Le lendemain, le Honduras contre-attaqua en bombardant l'aéroport de Ilopango à San Salvador, ainsi qu'une raffinerie de pétrole et des réservoirs".
Cette "guerre du football" dura 100 heures et ne trouva son dénouement qu'avec l'intervention de l'Organisation des Etats américains (OEA), sous influence états-unienne, qui imposa un cessez-le-feu. Quarante ans plus tard, Mauricio Pipo Rodriguez, ancien joueur de la sélection salvadorienne, résume la situation : "nos adversaires honduriens étaient de bons footballeurs et il n'y avait pas de problèmes entre eux et nous. C'était une affaire entre nos gouvernements".
Source :
- A 40 anos de "la guerra del futbol" (BBC Mundo)
Sur le même thème :
- Du football contemporain...
- Football, mondialisation et migrations
- Le sport, un autre outil de la diplomatie publique
17 juillet 2009
Lobbyiste, un métier jeune, féminisé et proche des lieux de pouvoir
Le vénérable Institut catholique de Paris ne s'intéresse pas qu'à la scolastique et au droit canonique. Son enseignement couvre de nombreuses disciplines dont l'économie, la philosophie, la pédagogie... A ce titre, il produit un certain nombre d'études dont une récente analyse de la profession de lobbyiste. Conduite par la Faculté des sciences sociales et économiques (FASSE), cette étude propose les grandes tendances du métier : "c'est une profession "passion" où l'on ne compte pas ses heures qui relève avant tout du droit et de la communication. C'est une profession de représentation des intérêts des clients et d'influence auprès des décideurs publics".
Côté salaires "la rémunération, modérée pour les débutants (environ 30 000 €
bruts/an), devient vite assez élevée au fil des ans (autour de 54 000 €
après 5 à 10 ans de carrière)". Quant au profil des lobbyistes, l'étude de la FASSE précise que "ces professionnels se caractérisent par leur jeunesse, une importante
participation féminine, un haut niveau de qualification, (Bac + 5) une
concentration géographique dans les capitales, lieux de pouvoir."
Source :
- Profession : Lobbyiste, un "métier passion" (Institut catholique de Paris)
Sur le même thème :