29 juin 2009
Echec d'une opération d'influence militaire en Afghanistan
Il est plus facile de parler d'opérations d'influence sans les revues stratégiques que de les réussir sur le terrain. Les militaires britanniques déployés en Afghanistan viennent d'en faire l'amère expérience. Le quotidien The Guardian relate les ratés de l'opération Panchai Palang (griffe de panthère) lancée dans la région de Babaji, l'une des plus soumises à l'influence des talibans : "le plan était simple : les soldats britanniques devaient arriver en force, effrayer les talibans sans tirer un coup de feu, maintenir une présence militaire, gagner la sympathie des populations locales et les persuader de résister à leurs maîtres talibans".
Mais les évènements ont vite pris une autre tournure. A peine débarqués par hélicoptère, les centaines de soldats britanniques furent pris sous un feu nourri de talibans. En dépit du secret qui avait entouré l'opération Panchai Palang, et malgré l'utilisation massive de drones d'observation, les insurgés semblaient particulièrement bien informés et attendaient les soldats de pied ferme. L'armée britannique dut, à son tour, défourailler généreusement pour se sortir de cette situation fâcheuse.
Bilan, selon The Guardian : "les boites de crayons et cartables, décrits dans le jargon militaire comme des "biens provoquant le consentement" [consent-winning goods] n'ont pas trouvé preneurs, et le bazar qui était l'un des principaux objectifs de l'opération, en raison de son importance dans le financement de l'insurrection par l'opium, est déserté".
Source :
- Battle of Babaji: A fight for hearts and minds in Afghanistan, but none are to be found (The Guardian)
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27 juin 2009
Le Japon élargit son périmètre d'influence en Asie
Ce que la Japon n'a pu réaliser par la guerre, il le fait par les idées. 60 ans après l'échec de sa croisade militaire en Asie du Sud et en la Chine, l'Empire du soleil levant est en train d'engranger les bénéfices de sa stratégie d'influence déployée depuis plusieurs décennies sur le continent asiatique mais également dans le reste du monde. Dans un billet diffusé par Canal Académie, Françoise Thibault, correspondante de l'Institut de France, estime que "l’influence japonaise est forte, subtile, toute en discrétion, mais
très présente. Dans une ville comme Singapour ou Hong Kong,
elle commence par la banque, la finance, la monnaie et le trafic
maritime. Ce n’est pas pour rien que Sumitomo est le plus gros groupe
bancaire mondial."
La présence japonaise prend une dimension phénoménale dans le secteur automobile où "plus de 80% des véhicules en circulation sont de marque japonaise (...) un peu concurrencé, depuis peu, il est vrai, par des enseignes coréennes et chinoises." Françoise Thibaut vante "le modèle d'influence" nippon dont le périmètre de pénétration ne cesse de s'élargir à de nouveaux horizons : outils technologiques et appareils ménagers bien sûr mais aussi vaisselle, mode vestimentaire, gastronomie, culture avec "le plus grand marchand de livres du monde, Kinokuniya, et ses halls géants à Singapour, Kuala Lumpur, Hong Kong"...
Source :
- Un billet d'Asie : le Japon, modèle d'influence (Canal Académie)
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26 juin 2009
Michael Jackson, imparable agent du soft power américain
Avec des centaines de millions d'albums vendus et des clips diffusés dans le monde entier, c'est à se demander s'il existe encore un terrien qui n'a jamais entendu ou vu Michael Jackson. Le King of Pop aura largement contribué à diffuser une image positive des Etats-Unis dans le monde, en particulier dans les milieux populaires. Nul doute que Barack Obama ou Hilary Clinton salueront sa mémoire et sa contribution à la propagation de l'american way of life en Europe, en Afrique, en Asie, en Amérique latine...
L'esthétique jacksonienne (sonore, chorégraphique...) s'est répandue jusqu'en Inde où l'on appréciera cette pittoresque version de l'Indian Thriller...
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25 juin 2009
Le Japon et les Etats-Unis repensent ensemble leur soft power
Au mois de janvier dernier, la presse japonaise annonçait la probable nomination de Joseph Nye comme ambassadeur des Etats-Unis à Tokyo. Il n'en fut rien. Le célèbre théoricien du soft power a préféré conserver sa chaire de sciences politiques à Harvard plutôt que jouer les diplomates. Pour autant, les enjeux liés au soft power continuent d'alimenter les relations entre le Japon et les Etats-Unis. A l'occasion du 50ème anniversaire de la signature des accords de sécurité entre les deux pays, une conférence a réuni des universitaires et des diplomates chargés de plancher sur les futures stratégies d'influence déployées par Tokyo et Washington. Selon je Japan Times, "les deux plus puissantes économies du monde devraient, ensemble, revigorer leur soft power afin d'influencer d'autres pays (...) Elles devraient reconsidérer leurs tactiques non coercitives avant de s'attaquer à des problèmes majeurs tels que le changement climatique ou le maintien de la stabilité politique en Asie".
Parmi les intervenants, Richard Armitage, ancien numéro 2 du Département d'Etat sous George Bush, est resté fidèle à sa réputation du bulldozer en rappelant que le soft power n'était pas un simple exercice de courtoisie et de générosité : "nous ne nous engageons pas dans des opérations de soft power ou de smart power parce ce que nous sommes humanistes... mais parce qu'il s'agit d'un calcul froid au service de notre sécurité nationale".
Autre invité, l'universitaire Gerald Curtis a tenu à séparer le bon grain de l'ivraie en matière de diplomatie culturelle : "ne confondons pas l'attractivité de nos sociétés avec la capacité à influer sur le reste du monde. Le Japon, par exemple, est largement admiré dans le monde mais n'est pas capable de convertir cette popularité en puissance..."
Source :
- Both Japan, U.S. must improve their "soft power" (The Japan Times)
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23 juin 2009
Les Etats-Unis dépourvus d'informations sur l'Iran veillent sur Internet et font appel à la France
"Se faire battre est excusable, se faire surprendre est impardonnable..." affirmait Bonaparte. Les Etats-Unis pourraient méditer le précepte napoléonien. Selon le New York Times, la Maison Blanche serait quasiment aveugle et sourde face aux violences qui se déroulent en Iran : "l'absence de relations diplomatiques entre les Etats-Unis et l'Iran et l'expulsion de journalistes étrangers du territoire iranien contraignent l'administration à utiliser les mêmes canaux d'information que les simples citoyens : regarder les vidéos sur YouTube et démêler le vrai du faux sur Twitter et Facebook".
Depuis la rupture des relations diplomatiques entre Washington et Téhéran en 1980, les intérêts des Etats-Unis sont représentés en Iran par l'ambassade de Suisse. Une présence par procuration qui conduit les Etats-Unis à faire appel à leurs alliés pour s'informer des évènements de Téhéran : "la Maison Blanche reçoit des rapports provenant de la Grande-Bretagne et de la France qui, elles, disposent d'une ambassade à Téhéran. A côté de cela, le département d'Etat possède un petit avant-poste à Dubaï où des diplomates mènent une veille sur la télévision d'Etat iranienne et sont en contact avec des Iraniens qui voyagent dans l'Emirat".
Le New York Times rapporte les propos de Bruce Riedel, un ancien analyste de la CIA, qui critique cette
absence de représentation diplomatique : "disposer d'une ambassade est décisif si les Etats-Unis veulent collecter des informations. Nous avons besoin de personnel capable de sortir dans la rue afin d'y saisir les commérages...". Dans les années 70, Bruce Riedel faisait partie de la minorité qui avait pressenti l'effondrement du régime du Shah et l'ascension de l'ayatollah Khomeiny...
Source :
- U.S. scrambles for information on Iran (The New York Times)
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21 juin 2009
L'armée française en "campagne de notoriété"... mais sans arme ni soldat
Gergovie (52 av. J.C.), Austerlitz (1805), Verdun (1916), les plages de Normandie (1944), Sarajevo (1995), Afghanistan (2009)... Depuis une semaine, ces six lieux de bataille passent en boucle sur les médias français à la faveur d'une "campagne de notoriété" lancée par le ministère de la Défense. Pendant près d'un mois, les téléspectateurs et les internautes pourront visionner des images dont le mensuel Armée d'aujourd'hui nous apprend qu'elles correspondent au "nouveau visage de la Défense".
La conception de cette campagne a été confiée à l'agence Euro RSCG C&O qui a souhaité "redonner toute sa hauteur à la Défense, un an après la publication du Livre Blanc sur la Défense et la sécurité nationale, et au moment du retour de la France dans la structure de commandement militaire au sein de l'OTAN". La réalisation, quant à elle, a été assurée par Reynald Gresset qui déclare avoir "vécu une expérience à la fois inoubliable et très compliquée techniquement". Tournée en cinématoscope, un format permettant de filmer en panoramique, le film de 30 secondes a nécessité 10 jours de prises de vue dont 4 passés en Afghanistan. Au total, 25 heures de vol en France et en Afghanistan réalisés grâce au soutien des hélicoptères de l'ALAT (Aviation légère de l'armée de terre).
Aucun soldat, aucun char, aucune arme n'apparaît dans ce spot : "nous nous sommes vite rendu compte que ce n'était pas nécessaire" estime un responsable de l'agence Euro RSCG C&O... Selon Armée d'aujourd'hui, "c'est donc une version très épurée, esthétique, portée simplement par une musique et une voix off qui donne toute sa force au film".
Source :
- La Défense se met en campagne (Armée d'aujourd'hui)
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20 juin 2009
Prolifération de suicides parmi les soldats envoyés sur la DMZ
248 kilomètres de barbelés séparent la Corée du Sud de la Corée du Nord. Le face à face entre les deux armées dure depuis le 23 mars 1953 et le moins que l'on puisse dire, c'est que les soldats coréens ne se pressent pas pour servir sur la zone démilitarisée. L'émission Arte Reportage propose un reportage consacré aux recrues sud-coréennes affectées à la DMZ : " Ils ont 20 ans et aucune expérience militaire. Seulement deux pour cent des appelés se retrouvent en première ligne. Ils vont y rester sept mois, coupés du monde. "
L'armée sud-coréenne traîne une réputation peu envieuse de brutalité héritée d'une longue période dictatoriale. Cette violence se traduit par un chiffre effarant sur la zone démilitarisée : "2 765 appelés ont perdu la vie au court de ces huit dernières années.
La moitié d’entre eux s’est donné la mort. Un suicide tous les 2 jours.
En 2006, un jeune soldat attaque ses camarades avec des
grenades. Un drame qui fait huit morts et décide le gouvernement à
enquêter sur la violence qui règne au sein de l’armée sud coréenne."
Le reportage donne la parole à un capitaine de l'armée qui se désole du manque de patriotisme et de l'individualisme dont font preuve les jeunes Coréens du Sud. En Corée du Sud comme en Europe occidentale, cette tendance semble durablement installée et ne connaît pas de frontière.
Source :
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19 juin 2009
Avigdor Lieberman en passe d'être le fossoyeur de l'influence israélienne aux Etats-Unis
En dépit des nombreuses initiatives prises par les autorités israéliennes, l'image de l'Etat hébreu n'en finit pas de se dégrader. Twitter, Facebook, YouTube, la blogosphère n'y changent rien : les opinions publiques internationales sont de plus en défavorables à Israël y compris aux Etats-Unis où, selon le quotidien Haaretz, "les dernières études montrent une brutale chute du soutien à Israël. Neuf mois plus tôt, les études indiquaient que les Américains étaient 69 % à soutenir Israël ; aujourd'hui, ils ne sont plus que 49 % (...) Environ 44 % des personnes interrogées estiment que les Etats-Unis doivent continuer à soutenir Israël contre 69 % dans les sondages précédents"
Dans le même article, Haaretz évoque la figure controversée d'Avigdor Lieberman, ministre des Affaires étrangères issu de l'extrême-droite israélienne, et raconte comment l'ambassade d'Israël à Washington a préféré éviter une confrontation directe avec les journalistes états-uniens : "l'ambassade a cordialement refusé les demandes des principaux médias américains d'entretiens directs avec le ministre". Les propos d'Avigdor ont, par le passé, provoqué de nombreux scandales...
Ces évènements s'inscrivent dans un climat de méfiance entre le président Obama et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Cette dégradation annoncerait, selon le site TruthOut, le commencement de la fin de l'influence de l'AIPAC, le principal lobby pro-israélien aux Etats-Unis.
Sources :
- Lieberman trying to soften his image abroad (Haaretz)
- AIPAC wall beginning to crack (TruthOut)
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15 juin 2009
Dominique de Villepin et "la pâtée pour chat" journalistique
La scène date du mois de juin 2008 mais elle refait seulement surface aujourd'hui grâce au site Politique.net qui revient sur la conférence musclée donnée par Dominique de Villepin devant les étudiants de l'association Dauphine Discussion Débat. Invité à s'exprimer sur des sujets de politique internationale, l'ancien Premier ministre s'est livré à une très sévère critique des médias français et de leur complaisance avec le candidat Nicolas Sarkozy lors des élections présidentielles de 2007 : "cette campagne a été capturée par des médias qui avaient fait un choix. On raconte beaucoup de balivernes aux Français (...) Je trouve dommage que les médias soient dans les mains d'industriels qui sont partie prenante du jeu politique et du jeu économique. Il y a une consanguinité, un esprit de cour dans ce pays : une véritable vérole !"
La charge de Dominique de Villepin se poursuit : "en général, je fais le tour de la presse dans ma voiture. Heureusement que mes trajets se sont raccourcis : au bout de cinq minutes, il n'y a plus rien à lire ! On manque de nourriture ! Tout tourne en rond, tout tourne en boucle... C'est vraiment de la pâtée pour chat !"
L'ancien Premier ministre s'en prend également à l'un des dogmes préférés de la presse contemporaine : "la transparence, c'est montrer ce que l'on veut bien montrer... A charge pour les journalistes de montrer ce qu'il y a derrière le rideau..."
Il est très rare - cela est-il d'ailleurs déjà arrivé ? - qu'un homme politique tienne de tels propos en public. En privé, pourtant, de nombreux hommes politiques se retrouvent dans les propos de Dominique de Villepin. Il arrive même que certains journalistes sont encore plus vindicatifs.
Source :
- Il y a un an, Dominique de Villepin comparaît les contenus de la presse écrité à de la pâtée pour chat (Politique.net)
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13 juin 2009
Monsieur X et Patrick Pesnot, un brillant jeu de rôles radiophonique
Plébiscité par les auditeurs de France Inter, le rendez-vous hebdomadaire de Monsieur X figure parmi les émissions les plus téléchargées de la chaîne publique. Pourtant, les articles consacrés à Rendez-vous avec X et son producteur, Patrick Pesnot, sont rares. On lira avec d'autant plus d'intérêt l'article que le supplément Radio TV du Monde consacre à cet "étrange rendez-vous"...
Depuis 1997, Monsieur X régale ses auditeurs avec des informations sinon confidentielles, du moins dissimulées dans les angles morts des journaux et des livres bien informés. Le Monde rappelle que "au départ centrée sur les luttes d'espionnage et d'influence entre les grandes nations (dont les coulisses de la guerre froide ou la personnalité d'espions ayant joué un rôle important), l'émission, sans avoir changé de forme, traite aujourd'hui plus volontiers de sujets liés à l'actualité, pour en rappeler les bases géopolitiques ou la genèse".
Mais qui est Monsieur X ? Le Monde se pose la question : "Est-il un ex-espion français ? Représente-t-il un groupe d'anciens des services secrets prêts à raconter le versant caché d'affaires géopolitiques contemporaines ?" Sur le site de l'émission, Patrick Pesnot prend un malin à égarer l'internaute en évoquant un individu venu "engager la conversation avec lui" alors qu'il travaillait paisiblement à la bibliothèque de l'Arsenal...
On tentera une réponse plus radiophonique... en gageant que Monsieur X est Patrick Pesnot et vice-versa.
La voix de Monsieur X est trop grave et profonde, sa diction trop claire et son phrasé trop chiadé pour n'être pas celle d'un (bon) comédien... Quant à Patrick Pesnot, en journaliste expérimenté et sensibilisé aux stratégies d'influence, il peut s'amuser à prendre un air candide pour poser des questions qui ne le sont pas. Une usurpation d'identité qui s'inscrit à merveille dans l'univers trouble du renseignement...
Source :
- Le succès des étranges rendez-vous de Monsieur X (Le Monde radio-TV)
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