31 mai 2009
Le Japon mise sur son génie pour déployer son soft power
Acteur économique de premier plan mais protagoniste politique discret, le Japon n'en demeure pas moins très attentif à son influence dans le monde. Depuis plusieurs décennies déjà, le gouvernement nippon mène des opérations de soft power à l'intention de tous les publics. Il suffit de fréquenter l'aéroport international de Tokyo Narita pour apercevoir des enfants étrangers invités au Japon par les autorités japonaises. En France, certaines promotions de HEC sont conviées, tous frais payés, à découvrir les entreprises japonaises. En Amérique latine, des adolescent ont également la chance de se voir offrir des séjours dans l'Empire du soleil levant.
Tokyo semble disposée à amplifier ses opérations d'influence, non seulement auprès de publics scolaires ou étudiants, mais également à travers des vecteurs plus institutionnels. Dans un article publié par la revue Highlighting Japan, l'ambassadeur Shotaro Yachi précise que le Japon doit mettre en avant ses atouts pour gagner en visibilité et accroître sa puissance politique : "Je crois que nous pouvons contribuer à la paix et à la stabilité du monde par le biais de notre soft power (grâce à nos atouts économiques, scientifiques, technologiques et culturels) ainsi que par le génie du peuple japonais à l'égard du travail".
Schéma à l'appui, M. Shotaro Yachi dresse un "arc de liberté et de prospérité" qui embrasse une immense zone partant de l'Europe de l'Est jusqu'au Japon et incluant l'Inde et les Balkans, "arc" dans lequel le Japon s'est illustré par une série d'initiatives diplomatiques et humanitaires : soutien aux régimes est-européens pendant leur période de démocratisation dans les années 1990, reconstruction de l'ancienne Yougoslavie et de l'Irak, consolidation des relations stratégiques avec l'Inde, participation au développement économique de la zone ASEAN...
Source :
- Contributing to the World through "Soft Power" (Highlighting Japan)
Sur le même thème :
- Travail d'influence du Japon auprès des "jeunes Européens"
- Le Japon, les signaux faibles et l'intelligence économique
- La diplomatie culturelle du Japon
29 mai 2009
Les fils de président ne sont pas à l'abri de la criminalité
Il ne fait pas bon traîner dans certains quartiers de Paris. Le fils du président élu du Salvador, Mauricio Funes, en a fait la fatale expérience au mois d'octobre 2007. Alors qu'il se trouvait sur le Pont des Arts en compagnie de quelques amis latino-américains, il a fait l'objet d'une agression qui l'a laissé pour mort le crâne en sang. Ironie de l'histoire, son père l'avait envoyé en France pour échapper à la violence qui règne au Salvador : "nous pensions qu'il y serait plus en sécurité qu'au Salvador qui souffre d'un taux élevé de criminalité" a déclaré Mauricio Funes à la BBC.
A la demande du président salvadorien (qui prendra ses fonctions lundi prochain), ce procès se déroule dans la discrétion et il ne se déplacera pas à Paris pour assister à l'audience. Le principal accusé, Mohamed Amor, a reconnu être l'auteur du crime : il encourt une peine de 30 années d'emprisonnement.
Source :
- Las lagrimas de Mauricio Funes en Paris (BBC Mundo)
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26 mai 2009
La diplomatie américaine en manque de locuteurs pachtouns
La victoire des troupes alliées en Afghanistan n'est pas pour demain. Elle l'est d'autant moins que la barrière linguistique joue en faveur des Talibans. Selon le quotidien USA Today, les Etats-Unis sont en manque de locuteurs pachtouns (ou pashto) : "le Département d'Etat ne dispose que de 18 agents capables de parler la langue de cette région où la guerre menée par les insurgés fait rage". Ces 18 agents sont dispersés sur le théâtre d'opérations en Afghanistan mais aussi à Pershawar (Pakistan).
Selon l'ancien ambassadeur des Etats-Unis à Kaboul, Ronald Neumann, cité par USA Today, "il s'agit d'une terrible illustration : le manque d'argent et le manque de personnels". Cette défaillance n'est pourtant pas nouvelle. En janvier 2006, le président Bush annonçait le lancement d'un programme d'enseignement des langues étrangères au profit des diplomates du Département d'Etat : "Nous avons besoin d'officiers de renseignement capables de comprendre l'arabe, le farsi ou l'ourdou. (...) Nous
avons besoin de diplomates (...) capables de convaincre les
gouvernements que nous voulons associer à la lutte contre les
terroristes (...) Les diplomates doivent être capables de parler ces
langues."
Le Pentagone dispose pourtant d'un centre d'enseignement des langues étrangères (Defense Language Institute) qui a dispensé des rudiments de langue pachtoune à près de 10 000 personnes. Reste à connaître le contenu de cet enseignement...Le Département d'Etat, de son côté, continue de former ses agents mais à un rythme plus modeste ; selon USA Today "82 diplomates parlent le dari dont 20 ont été envoyés en Afghanistan".
Source :
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22 mai 2009
Les think tanks, victimes collatérales de la crise économique
Les think tanks états-uniens sont souvent apparus aux yeux du monde entier comme des modèles à suivre. La qualité de leurs travaux, leur influence et leurs modes de financement étaient souvent cités en exemple de ce côté-ci de l'Atlantique. La crise économique qui touche les Etats-Unis pourrait bien porter un coup terrible à ce modèle. Une note publiée par l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) souligne que le financement des think tanks, qui repose essentiellement sur le secteur privé, est sérieusement remis en question : "Depuis le début de la crise, les fondations, les entreprises et les
donateurs philanthropiques qui faisaient vivre les think tanks sont
devenus beaucoup moins généreux. Dans cette situation, des mesures
commencent à être prises : réduction de personnel, suppression ou
report de programmes, prudence à investir dans de nouveaux projets à
moins qu'ils soient entièrement financés."
L'auteur de la note, Charlotte Lepri, dresse un constat peu enviable des think tanks conservateurs, particulièrement affectés par la réduction des financements privés : " l'American Enterprise Institute, très influent sous
l'administration Bush et principalement financé par des donations en
provenance du secteur privé, a dû abandonner ou réduire le budget de
certaines prestigieuses activités et manifestations. L'AIE
a également supprimé certaines dépenses, comme l'impression et l'envoi
en version papier de certains de leurs rapports. Plusieurs chercheurs
ont également quitté l'institut."
Les think tanks devront donc réduire leur voilure mais la crise économique n'explique pas tout. Selon Charlotte Lepri, "les think tanks américains sont également peut-être victimes, plus
largement, d'une crise de confiance. Ceux qui ont notamment été proches
de l'administration Bush ont perdu en crédibilité, en donnant l'image
d'experts bien souvent trop politiques, trop influents (...) L'expérience néoconservatrice, si elle
n'a pas concerné la majorité des think tanks, a toutefois eu un impact
négatif sur la crédibilité de ces derniers."
Source :
Sur le même thème :
- Les think tanks, antichambre du pouvoir
- Des think tanks français comme relais d'influence
- L'Amérique des think tanks
20 mai 2009
Joseph Nye fait l'éloge du soft power chinois
Les Chinois peuvent commencer à contempler le sentiment de respect qu'ils inspirent à l'Occident. La chaîne CCTV, l'un des nombreux canaux de diffusion chinois à destination de l'étranger, se fait l'écho des déclarations louangeuses de Joseph Nye à propos du soft power chinois : "selon le professeur Joseph Nye, le développement du soft power de la Chine est impressionnant (...) Les Etats-Unis pourraient s'inspirer de ses remarquables progrès accomplis en la matière."
L'éloge prononcée par le célèbre professeur de Harvard n'est pas dénué d'arrières pensées ; les Etats-Unis constatent l'hyperactivité chinoise dans les domaines économiques, diplomatiques et culturels et militaires. Toujours selon CCTV (habituée à manier la langue de bois) "Joseph Nye s'attend à un plus grand essor du soft power de la Chine alors que le pays poursuit sa stratégie de Société Harmonieuse".
Source :
- Harvard professor praises China's soft power (CCTV-International)
Sur le même thème :
- Le soft power protéiforme de la Chine
- Le soft power très économique dela Chine
- La propagande chinoise à destination des Occidentaux
19 mai 2009
Greenberg-Quinlan-Rosner, faiseurs de rois
Mauricio Funes, candidat de gauche, a été élu président du Salvador le 15 mars 2009 après 20 ans de règne de la droite. Une victoire qui doit beaucoup au contexte politique salvadorien mais également à l'agence de relations publiques Greenberg, Quinlan, Rosner (GQRR) qui a géré la stratégie médiatique de Mauricio Funes. Ce succès est même revendiqué haut et fort par l'agence GQRR dans un communiqué publié au lendemain de la victoire du candidat : "Greenberg, Quinlann, Rosner est fier d'avoir fourni ses conseils stratégiques à Mauricio Funes dans le domaine de l'étude de l'opinion publique".
Ce succès vient enrichir le tableau de chasse particulièrement impressionnant de GQRR : Nelson Mandela, Tony Blair, Bill Clinton ont fait appel aux consultants de l'agence mais également des entreprises ou des organisations telles que le Comité d'organisation des Jeux Olympiques d'Athènes ou le Comité international de la Croix Rouge (CICR). A première vue, aucune personnalité française n'a, à ce jour, recouru aux services de cette agence.
Source :
- Mauricio Funes wins historic victory in El Salvador's presidential election (Greenberg, Quinlan, Rosner)
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15 mai 2009
Israël-Palestine, démographie sur fond de guerre de l'information
La démographie est, avec le partage de l'eau, l'un des enjeux majeurs et pourtant sous-estimés du conflit israélo-palestinien. L'Ambassade de France en Israël revient sur une étude démographique réalisée par le Bureau central de statistiques de l'Autorité palestinienne dont les conclusions donnent à réfléchir : "5,2 millions de Palestiniens vivraient sur le territoire de la
« Palestine historique », de la Méditerranée au Jourdain, contre 5,6
millions de Juifs et, selon le Bureau central de statistiques, les deux
populations devraient se retrouver à égalité d’ici 2016 ". L'étude de l'Autorité palestinienne indique également que la population palestinienne est passée de 1,4 millions de personnes en 1948 à 10,6 millions à la fin de l'année 2008.
La démographie n'échappant pas à la guerre de l'information, l'Ambassade de France se fait l'écho d'un article de Haaretz qui conteste ces chiffres : "le journal rapporte que plusieurs études remettent en
question les chiffres publiés par l’Autorité palestinienne, affirmant
que ceux-ci sont inexacts et ont été exagérés afin d’éveiller les
craintes au sein de l’opinion israélienne. Yoram Ettinger, du Groupe
américano-israélien d’études démographiques, affirme par exemple que la
population des territoires est bien moindre et estime que celle-ci
atteignait fin 2007 2,6 millions de personnes."
Sources :
- Revue de presse (Ambassade de France en Israël)
- Special Report on the 61st anniversary of the Nakba (Palestinian Central Bureau of Statistics)
Sur le même thème :
- La guerre de l'information menée par Israël à Genève
- Israël et Palestine se disputent les opinions publiques occidentales
- Une fertilité en déclin au Proche-Orient et en Afrique du Nord
13 mai 2009
La police secrète écossaise prise à son propre jeu
Cette fois-ci, les services de renseignement écossais sont tombés sur plus malins qu'eux. Chargée de collecter de l'information sur des associations environnementales particulièrement remuantes, la police avait proposé de l'argent sonnant et trébuchant à des militants contre des renseignements. Une technique classique qui a fait ses preuves selon The Guardian : "la police secrète gère un réseau de plusieurs centaines d'informateurs à l'intérieur des organisations contestataires qui, secrètement, lui fournissent des renseignements en échange d'argent comptant (...) La police affirme avoir ainsi infiltré de nombreuses organisations écologistes dont ils connaissent les meneurs, les tactiques et les futures manifestations publiques".
Manque de bol, trois activistes de l'organisation Plane Stupid ont enregistré les conversations qu'ils avaient avec les policiers... à leur insu. Pressions, menaces, promesses... tous les leviers de l'infiltration y passent. The Guardian propose d'écouter ces enregistrements et de lire la transcription de ces conversations.
Source :
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11 mai 2009
Dictature, mode d'emploi
La vie de dictateur n'est pas une sinécure. Les tyrans doivent avoir constamment l'oeil sur l'armée, sur la police, sur les médias, sur les intellectuels, sur les ouvriers, sur les paysans... Aussi, la revue Foreign Policy a-t-elle eu la sympathique idée d'éditer un mode d'emploi à l'usage des dictateurs. Sept leçons à méditer pour les despotes de tout poil : mentir aux électeurs, ériger une minorité en bouc-émissaire ("ça marche du tonnerre selon Foreign Policy, les immigrés burkinabés en Côte-d'Ivoire, les blancs au Zimbabwe..."), acheter les voix, intimider les électeurs, et last but not least frauder lors du décompte des voix...
Source :
- The Dictator's Handbook (Foreign Policy)
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10 mai 2009
Guerre économique, un état des lieux
L'association Anteios organise, du 12 au 14 juin prochain à Grenoble, un colloque consacré aux nouveaux acteurs et aux nouveaux enjeux de la guerre économique. Les organisateurs visent large et proposent un programme qui fait la part belle à la guerre informationnelle dans ses multiples déclinaisons : les fonds souverains, le crime organisé, les ONG, la guerre économique vue du Japon, des Etats-Unis ou de l'Allemagne, la géopolitique du cinéma, la criminalité informatique, la contrefaçon... Un beau programme qui pourrait être résumé par l'intitulé d'un atelier consacré à "la conflictualité informationnelle".
A noter également, la présence d'un grand témoin au discours souvent dissident : Emmanuel Todd.
Source :
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