28 novembre 2008
Milan Kundera et Edward Bernays, victime et organisateur des manoeuvres d'influence
L'actualité est un inépuisable laboratoire de guérilla informationnelle. L'écrivain Milan Kundera, qui vient d'en faire les frais, n'est pas le premier à être la cible d'une campagne de presse malveillante. Il ne sera pas le dernier... Heureusement pour lui, ses nombreux amis français ont rapidement allumé un contre-feu et mis fin à une rumeur qui l'accusait d'avoir dénoncé un déserteur à l'ancienne police politique tchécoslovaque. Le cabinet Comes, dans son bulletin Communication & Influence, revient sur cette affaire et estime que "Milan Kundera est à cet égard emblématique de l'omniprésence et de l'omnipotence des manoeuvres d'influence (...) Ce qu'il faut analyser, c'est ce formidable impact médiatique qui n'a eu d'égal que la stupéfaction générale engendrée par la charge".
La livraison du mois de novembre de Communication & Influence ouvre également ses colonnes à François-Bernard Huyghe qui planche sur l'influence comme vecteur de puissance : "l'influence est une stratégie indirecte n'utilisant ni la force, ni l'autorité, ni la récompense mais agissant par la persuasion. Elle se construit sur une image ou sur un discours, et non en envoyant des missiles ou des dollars. Elle est un art de la parole, de la conviction, de la "vision"". En bon médiologue, François-Bernard Huyghe analyse les dispositifs de persuasion : "il faut travailler plus en amont pour faire adopter certaines normes techniques, promouvoir sa langue ou certaines méthodes, organiser le débat et occuper la scène médiatique". Et Huyghe de promouvoir "l'art de se trouver des alliés" afin de bâtir des réseaux.
Ce très intéressant numéro de Communication & Influence propose enfin un rapide portrait du trop méconnu Edward Bernays, le "premier spin doctor". Neveu de Sigmund Freud, Bernays ouvrit sa première agence de conseil en relations publiques dès 1919 à New York. Il fut également membre de la Commission on Public Information qui mit en place une stratégie destinée à convaincre la population américaine d'entrer en guerre contre l'Allemagne. Après le succès de cette initiative, Edward Bernays estimait avoir "ouvert les yeux d'une minorité d'individus intelligents sur les possibilités de mobiliser l'opinion pour quelque cause que ce soit".
En complément de ce portrait, on méditera ce documentaire disponible sur You Tube : How "Propaganda" Became Known As "Public relations"...
Source :
Sur le même thème :
- Narration visuelle, persuasion et pouvoir
- La culture, incontournable volet de la diplomatie d'influence de la France
26 novembre 2008
Les femmes soldates sont aptes à tirer un coup
Tout fout le camp. Y compris en Espagne où les forces armées sont désormais sensibles aux contrariétés subies par les femmes soldates exposées au légendaire machisme ibérique. Le vice-Amiral Javier Pery Paredes, chef de cabinet du sous-secrétaire à la Défense espagnol, a récemment vanté "les progrès rapides effectués sur l'intégration des femmes au sein des forces armées espagnoles".
Lors d'une réunion organisée par l'Assemblée parlementaire de l'OTAN, Javier Pery Paredes a estimé que "malgré certaines résistances bien ancrées dans un secteur initialement conçu pour les hommes, cette ouverture aux femmes a été particulièrement bénéfique". Jadis considérée comme un bastion du machisme, l'Espagne fait ainsi "figure de bonne élève en Europe en matière de représentation féminine, sans imposer de quota féminin, ni créer d'unité ou de corps d'armée spécifique" (sic).
Il est vrai que l'exemple vient d'en haut avec la nomination, au mois d'avril dernier, de la première femme ministre de la Défense espagnole Carme Chacon Piqueras.
Source :
- Forces armées : le machisme perd du terrain (Assemblée parlementaire de l'OTAN)
23 novembre 2008
Des Français en quête de réseaux d'influence aux Etats-Unis
Avec le sens de l'humour pince-sans-rire qui le caractérise, l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine confie souvent que la France est le seul pays du monde qui ne dispose pas de lobby aux Etats-Unis. Pour exagérée qu'elle soit, cette affirmation n'en montre pas moins que les Français ont encore du travail devant eux en matière de lobbying et de réseaux d'influence. Les choses seraient-elles en train de changer ? Selon l'excellent French Morning, un site animé par des expatriés français de New York, la présence tricolore aux Etats-Unis se jouerait désormais au plus haut niveau universitaire : "on compte 300 Français inscrits dans les dix meilleurs MBA américains. De quoi constituer un réseau puissant (...) Ils viennent d'horizons divers, mais tous ont choisi, au terme de trois à sept ans d'expérience professionnelle, de retourner sur les bancs de l'université".
Une association nouvellement créée se propose de coordonner ce haut potentiel d'influence afin de "permettre aux étudiants francophones des dix meilleurs MBA américains de se rencontrer pour tisser et agrandir leur « réseau »". La French MBA Conference affiche son ambition : Grow your Network. Lors d'une rencontre qui s'est tenue à Columbia University du 16 au 18 novembre derniers, le président de la French MBA Conference Benoit Parizet a rappelé l'importance cruciale des réseaux dans le domaine de la gestion de carrière, de la rémunération... et du financement d'un MBA qui s'élève à 110 000 dollars pour deux ans à Columbia.
Le Master of Business Administration (MBA) est souvent présenté comme "le diplôme international d'études supérieures du plus haut niveau dans
le domaine de la conduite globale des affaires : stratégie, marketing,
finances, ressources humaines et management". "Les dix meilleurs MBA américains" se préparent, selon le Financial Times, à Columbia, Stanford, Harvard, Pennsylvania, Chicago...
Source :
- Les Français en force dans les MBA américains (French Morning)
Sur le même thème :
- L'expatriation française comme relais d'influence
- L'expatriation française comme relais d'influence (suite)
19 novembre 2008
Moins de guerres... Mais qu'est-ce que la guerre ?
Contrairement à une idée largement répandue, les guerres sont moins nombreuses aujourd'hui qu'il y a une vingtaine d'années. Selon l'institut canadien Human Security Report Project (HSRP), "le nombre de guerres civiles a diminué de trois-quarts entre 1992 et 2005 ; le nombre de conflits internationaux a diminué depuis la moitié des années 1970, la réduction la plus longue en deux siècles". Un constat qu'il convient de corriger tant la définition de la guerre ou du conflit varie d'un chercheur à l'autre, d'un pays à l'autre.
Le HSRP définit les guerres comme "des conflits armés de forte intensité. Pour qu'un conflit soit qualifié de guerre, il faut qu'il provoque un certain nombre de morts au combat par an (...) Un conflit armé provoquant plus de 1 000 morts des combats par an est appelé guerre. Lorsqu'un conflit armé provoque moins de 25 morts des combats par an, il n'est plus considéré comme un conflit". A la lumière de cette définition mathématique, le HSRP propose la typologie suivante :
- les conflits inter-étatiques sont rares et diminuent depuis les années 1980
- les conflits extra-étatiques surgissent à la faveur de conflits coloniaux
- les conflits intra-étatiques constituent (2005) 100 % des conflits
- les conflits intra-étatiques internationalisés font apparaître une aide militaire étrangère (Afghanistan depuis 2001)
Source :
- Quand les pays entrent en guerre (Human Security Report Project)
Sur le même thème :
- De la difficulté d'évaluer la mortalité en temps de guerre
- 278 conflits politiques dans le monde en 2006
- 231 millions de morts en 100 ans de guerre
18 novembre 2008
Barack Obama sans les lobbies, mais avec l'aval du FBI
"Les jours où [les lobbyistes] dictaient l'agenda de la Maison Blanche sont finis..." déclarait Barack Obama en mars 2007. Alors qu'il n'était que candidat aux primaires du parti démocrate, le sénateur de l'Illinois ne s'embarassait pas de circonlocutions pour critiquer l'emprise des lobbies sur le personnel politique états-unien. Le Figaro rappelle que l'influence de ces groupes de pression n'est pas une légende à Washington D.C. où "environ 16 000 personnes [officient] sur K Street et Pennsylvania Avenue à deux pas de la Maison-Blanche".
Le discours de Barack Obama emprunte beaucoup à la notion de bonne gouvernance, concept très en vogue sur les campus universitaires nord-américains et, par ricochets, dans les médias français. Au point que le site d'information du State Departement America.gov vante, lui aussi, les prétentions du nouveau président : "l'équipe de transition de M. Obama restreint le rôle des groupes de pression (...) En vertu des règles annoncées le 11 novembre, l'équipe de transition ne
peut pas accepter de contributions financières de groupes de pression
ou de dons de groupes d'intérêt particulier (...) Ces règles « sont les plus strictes » qu'une équipe de transition ait jamais adoptées jusqu'ici " selon John Podesta, co-directeur de l'équipe de transition de M. Obama.
Est-ce pour conjurer le poids des lobbies, le président élu est en train de constituer l'administration qui l'accompagnera tout au long des quatre années de son mandat. America.gov précise que "des dizaines de conseillers guideront le prochain président des Etats-Unis", un choix dans lequel les services de renseignement ont leur mot dire puisque "le FBI et d'autres agences vont faire des recherches sur le passé des
candidats afin que ceux-ci puissent obtenir rapidement l'autorisation
de consulter des documents secrets liés à leur fonction".
Sources :
- Obama manoeuvre avec les lobbyistes (Le Figaro)
- L'équipe de transition de M. Obama restreint le rôle des groupes de pression (America.gov)
- Des dizaines de conseillers guideront le prochain président des E.-U. (America.gov)
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14 novembre 2008
Comment les groupes terroristes finissent
Comme nous tous, les groupes terroristes sont mortels. Une étude de la RAND Corporation dresse la typologie de l'extinction de ces groupes violents : 43 % d'entre eux mettent un terme à leurs activités criminelles en rejoignant le processus politique démocratique, 40 % sont tout simplement décapités par les services de renseignement et de police. Quant au traitement militaire du phénomène terroriste, il ne s'est révélé efficace que dans 7 % des cas. Dans les 10 % restants, "les groupes terroristes ont remporté la victoire".
Cette étude s'appuie sur l'analyse de 648 groupes terroristes en activité entre 1968 et 2006 et répartis sur plusieurs continents. Selon les auteurs, les groupes qui visent des objectifs religieux sont plus difficiles à éliminer que les groupes "laïcs" mais "ils atteignent rarement leurs objectifs". Autre enseignement, les groupes qui font le choix de la transition démocratique sont ceux dont les buts politiques sont les plus "modestes" contrairement à Al Quaïda, par exemple, qui vise un objectif politique de grande ampleur.
Seth Jones, qui a dirigé cette étude, souligne que "les Etats-Unis ne peuvent se permettre de mener une campagne contre le terrorisme à long terme sans comprendre comment les groupes terroristes finissent". Clin d'oeil à l'administration Bush sur le départ, "dans la plupart des cas, la force militaire n'est pas le meilleur instrument"...
Source :
- How terrorist groups end (Rand Corporation, PDF - 3,1 Mo)
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13 novembre 2008
La guerre pyschologique inter-coréenne gonflée à l'hélium
Le 38ème parallèle a toujours été une zone d'intense activité pour les agents de
renseignement et les cadors de la guerre psychologique. Les soldats des
deux régimes ennemis se font face, le regard menaçant, seulement
séparés par quelques mètres que personne n'ose franchir sous peine de
voir le camp adverse défourailler en moins de temps qu'il n'en faut
pour le dire...
La frontière entre les deux Corée est devenue depuis quelques semaines
une originale rampe de lancement de ballons gonflés à l'hélium et bourrés de propagande
envoyés par des activistes sud coréens à destination de leurs frères
nord coréens. Un reportage de la BBC réalisé à quelques kilomètres du
38ème parallèle montre des militants équipés de ballons pourvus de tracts dénonçant "la vraie nature du régime de
Kim Jong Il". Quand ils ne sont pas envoyés depuis la frontière
terrestre, ces ballons le sont depuis de frêles embarcations mouillant
en mer de Corée. Comme le fait remarquer le journaliste de la BBC, "la
guerre de propagande ne date pas d'aujourd'hui" mais les autorités nord
coréennes continuent de dénoncer cette guerre psychologique.
De son côté, Kim Jong Il est annoncé sinon mourant, du moins
affaibli, par de nombreuses sources sud coréennes. Qu'à cela ne tienne,
le Grand Leader a tenu à apparaître au mieux de sa forme au milieu de
soldats superbement alignés en rangs d'oignons. Malheureusement pour
lui, cette photo montage n'a pas résisté à la perspicacité de la BBC
qui a relevé plusieurs boulettes commises par les services de Pyongyang peu habiles dans le maniement de Photoshop. On appréciera en
particulier l'ombre de Kim Jong Il droite comme un i alors que celle
des autres soldats penche nettement à gauche...
Sources :
Sur le même thème :
- La Corée du Nord dans l'oeil du photographe
- Bonne année depuis la Corée du Nord
- La Voix de son Maître
- Les Japonais kidnappés par la Corée du Nord refont surface
12 novembre 2008
Général Poirier, une oeuvre confidentielle consacrée à la stratégie
Dans le cadre d'un cycle d'émissions consacrées à Demain la guerre, France Culture propose une série de cinq entretiens avec le Général Lucien Poirier. Une occasion rare d'écouter "une figure importante de la stratégie théorique et des stratégies nucléaires" et un penseur que Gérard Chaliand décrit comme "un solitaire tenu en très haute estime et admiré par un petit nombre de gens".
Ces cinq entretiens du Général Poirier sont articulés autour de son enfance, de sa carrière militaire, des rencontres majeures, de la dissuasion nucléaire, et de la réflexion stratégique.
Source :
- Général Lucien Poirier (France Culture, A voix nue)
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11 novembre 2008
La francophonie, cible du monde anglophone
Le 12ème Sommet de la francophonie qui s'est tenu à Québec au mois d'octobre n'a guère retenu l'attention des médias français. C'est une habitude, la France semble la moins sensibilisée des nations francophones au sort de sa propre langue. Dans une tribune publiée par Le Monde, le linguiste Claude Hagège prend le contre-pied de cette indifférence et plaide pour une "deuxième francophonie"... et met le pieds dans le plat : "Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, pays amis de la France,
continuent de voir dans le français un obstacle à la domination
mondiale de l'anglais. L'action du British Council, comme celle des
entreprises américaines qui, ici ou là, font de la disparition du
français au profit de l'anglais une des conditions d'accords
commerciaux ou culturels avantageux, est là pour prouver que l'anglais
ne s'impose pas par le seul effet naturel d'une suprématie économique,
mais bien parce qu'il est secondé par une politique concertée, qui
appelle donc une réponse".
Claude Hagège rappelle cette consternante habitude de certains milieux intellectuels parisiens à imposer la langue anglaise lors de colloques : "l'anglais est favorisé, de surcroît, par les comportements comme ceux
d'industriels et d'universitaires qui, dans des réunions en France,
l'imposent lors même que rien ne le requiert. Cette attitude n'existe
pas en Espagne ou au Portugal, pays qui, comme la France, se sont bâtis
dans un récent passé des empires coloniaux, mais dont les élites n'ont
pas puisé dans cet épisode un masochisme de coupables, qui conduit à se
déprendre de la langue française".
La deuxième francophonie, selon Claude Hagège, doit succéder à "la francophonie coloniale", et doit avoir l'ambition "de servir non la France elle-même, mais la langue française et les idéaux qu'elle exprime".
Source :
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10 novembre 2008
Déclin démographique du Japon et délinquance à cheveux gris
Le déclin démographique du Japon se confirme. Selon une note de l'Institut national d'études démographiques (INED), la population de l'Empire du soleil levant baissera à "95 millions d'habitants en 2050 (...) soit 32 millions de moins que les 128 millions de 2004". En cause, la très basse fécondité des femmes nippones dont le nombre moyen d'enfants continuerait de décroître avant d'amorcer un léger regain vers 2055 avec 1,26 enfant par femme. L'INED poursuit ses sombres prévisions : "A plus long terme la population diminuerait de plus de moitié, atteignant moins de 48 millions d'habitants en 2100".
Ce déclin démographique se combine avec un vieillissement de la population existante : "atteignant 86,0 ans en 2007, l'espérance de vie des Japonaises est la plus élevée du monde". Moins bien lotis, les hommes peuvent tout de même espérer vivre 79,2 ans...
Sans relation avec ce constat démographique - quoique... -, le ministère japonais de la Justice vient d'annoncer que "la criminalité chez les personnes âgées est en nette augmentation en raison de problèmes financiers, de la solitude et du sentiment de dévalorisation". Selon le portail Aujourd'hui le Japon, " en 2007, 48 605 personnes de plus de 65 ans ont été arrêtées dans l'archipel ou faisaient l'objet d'une enquête pour un crime ou délit, hors infractions routières. Ce chiffre est quatre fois plus élevé qu'il y a dix ans". Décidément en pleine possession de leurs moyens, les plus de 65 ans représentent désormais 13,3 % de l'ensemble de la criminalité répertoriée en 2007.
Sources :
- Population et sociétés (INED, octobre 2008)
- Poussée de la criminalité chez les seniors japonais (Aujourd'hui le Japon)
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- Cinq tendances démographiques mondiales
- Japon, laboratoire mondial du vieillissement
- L'inévitable déclin démographique du Japon