31 octobre 2008
Barack Obama lave plus blanc
En France, l'affaire est entendue : tout le monde (hommes politiques, médias, opinion publique, etc...) vote Barack Obama. Un sondage réalisé les 1er et 2 octobre derniers indiquait que les Français se prononçaient à 93 % pour le candidat démocrate ! Au sein du personnel politique, la gauche penche naturellement pour Barack Obama ; à droite, une même unanimité prévaut et il faut faire preuve de perspicacité pour trouver un député ou un sénateur favorable au candidat républicain.
A l'échelle mondiale, Barack Obama l'emporterait également sur John McCain. Selon un sondage réalisé dans 70 pays par Gallup, les opinions publiques les plus favorables au candidat démocrate se trouvent essentiellement en Afrique. Le Kenya, l'Ouganda, l'Ethiopie, la Tanzanie et la Mauritanie occupent les cinq premières places, suivis de cinq pays européenns : les Pays-Bas, le Danemark, la France, la Norvège et la Belgique.
John McCain, pour sa part, est "plébiscité" en Georgie, aux Philippines, au Cambodge, au Laos et en Lituanie. Quant à la question de savoir si cette élection aura un impact sur le pays des personnes interrogées, les Coréens du Sud sont 79 % à estimer que les résultats changeront les relations avec Washington. Plus circonspects, les Palestiniens considèrent que cette élection ne changera rien à leur situation.
A rebours de ce sondage, on lira une décapante analyse de Luc Rosenzweig (Le métis est-il l'avenir de l'homme ?) publié par le remarquable site Causeur.
Source :
- Electoral Map of the World (Foreign Policy - Gallup)
29 octobre 2008
La culture, incontournable volet de la diplomatie d'influence de la France
A l'heure où la France n'en finit plus de repenser les termes de sa diplomatie culturelle (rapport Gouteyron, rapport Tenzer, rapport Juppé-Schweitzer...), la Bibliothèque nationale de France poursuit son travail d'influence auprès des chercheurs étrangers. Dans le cadre du programme d'accueil en France de professionnels de la culture (Profession Culture) la BnF leur propose "une expérience approfondie des pratiques françaises en matière de culture".
Mis en place depuis 2003 et coordonné par le ministère de la Culture et de la Communication, le programme Profession Culture entend "favoriser la constitution de réseaux d’échanges durables entre les
établissements publics français et leurs homologues internationaux, et, plus largement, de développer les relations culturelles entre le pays de provenance et la France". Les pensionnaires peuvent ainsi bénéficier d'un séjour de 3 à 9 mois et être accueillis par un tuteur, généralement un "cadre de haut niveau de la bibliothèque". Leur logement est pris en charge par la BnF au Centre des Récollet et "une indemnité de séjour est offerte par le Ministère de la Culture et de la Communication" (environ 1 000 euros par mois). Pour l'année 2008, huit pensionnaires ont été accueillis à la BnF, originaires d'Australie, de Pologne, de Chine, de Tunisie...
Cette initiative est à rapprocher de celles qui sont instituées par les autres ministères, dont le Quai d'Orsay et son programme d'invitation de journalistes étrangers.
Source :
- "Profession Culture" à la BnF (Bibliothèque nationale de France)
Sur le même thème :
- Quand la France soigne son image auprès des journalistes étrangers
- Le Sénat se penche sur la diplomatie culturelle de la France
- La France réévalue sa stratégie d'influence
- La France repense (vaguement) sa diplomatie d'influence
27 octobre 2008
Dans les cuisines du Canard enchaîné
2 000 dessins, 650 pages, 4,5 kg... Les éditions Les Arènes n'ont pas fait les choses à moitié pour célébrer les 50 ans de la cinquième République vus par le Canard enchaîné. Un ouvrage qui se déguste comme un menu pimenté : affaire des avions renifleurs, démission du Général de Gaulle, mandats de François Mitterrand, élection de Nicolas Sarkozy...
A l'occasion d'une rencontre organisée par la FNAC, plusieurs plumes du Canard ont rencontré leurs lecteurs très curieux de connaître les cuisines de l'hebdomadaire, en particulier les sources d'information de la page 2. Selon Patrick Lestrohan, rédacteur en chef, "les meilleures sources sont les hommes politiques eux-mêmes... Et parfois, il y a des surprises !" A la question de savoir si Nicolas Sarkozy, alors membre du RPR, était un informateur du Canard, le journaliste n'a pas démenti... En revanche, Patrick Lestrohan a réfuté tout contact avec les Renseignements Généraux : "leur métier est d'intoxiquer... !"
Dur métier que celui de dessinateur au Canard enchaîné. Selon Kerleroux, "le lundi soir (jour de bouclage) il y a 300 dessins... Le mercredi matin (jour de parution), il en reste entre 28 et 32...".
26 octobre 2008
Requiem pour Michel Colombier (homme de l'ombre de Serge Gainsbourg)
Succès garanti pour l'exposition que la Cité de la musique organise autour de l'oeuvre de Serge Gainsbourg. Gainsbourg 2008 propose un itinéraire musical, photographique et cinématographique à la mesure du talent de l'homme à tête de chou. En écho à cette exposition, Télérama propose un hors-série - Gainsbourg, Le dandy de grand chemin - dont un chapitre passionnant rend hommage aux "hommes de l'ombre", ces arrangeurs et compositeurs, trop méconnus, qui ont largement contribué aux albums de Serge Gainsbourg.
Au nombre de ces hommes de l'ombre, apparaît la figure incontournable de Michel Colombier. Ce Lyonnais, décédé prématurément en Californie au mois de novembre 2004, n'aura rencontré qu'un bref succès populaire avec la composition Emmanuel qui servit de générique à la chaîne Antenne 2 dans les années 70. Pourtant, son influence sur Gainsbourg fut réelle au point que certains musiciens estiment qu'il ne fut pas le simple simple arrangeur accrédité sur la pochette de disque ; quelques morceaux pourraient lui être attribués en particulier le cultissime Requiem pour un con. Une syncope reconnaissable entre mille que Gainsbourg s'est hâtivement attribuée, à l'image d'autres morceaux largement inspirés par d'autres hommes de l'ombre (Jean-Claude Vannier, Alain Goraguer...) et signés Serge G.
Michel Colombier fut associé à de nombreux projets musicaux : musiques de film, variété, (Charles Aznavour, Claude Nougaro, Barabara...) jazz (Herbie Hancock...), musique contemporaine... Ce dernier registre lui donna l'occasion de contribuer (composer ?) à l'increvable composition électroacoustique attribuée à Pierre Henry : Messe pour le temps présent...
Source :
24 octobre 2008
Les animaux-espions en mission en Iran
Après les écureuils, c'est au tour des pigeons de mener des opérations d'espionnage au coeur de l'Iran ! Selon l'agence d'information officielle iranienne Fars News Agency, "les forces de sécurité ont procédé à l'arrestation de deux présumés "pigeons espions" aux abords des installations d'enrichissement nucléaire de Natanz". En 2007, la presse iranienne faisait état de la découverte de 14 écureuils munis de systèmes d'espionnage : GPS, caméra miniaturisée, microphones...
Cette fois-ci, l'on dispose d'informations plus floues quant à l'équipement découvert sur les Columba livia domestica ; une source énigmatique évoque " un pigeon noir porteur d'une cape bleue et d'un anneau métallique avec des ficelles invisibles"...
Aux limites du canular, ces histoires d'animaux transformés en espions malgré eux sont, semble-t-il, étudiées sérieusement du côté des agences de renseignements états-uniennes au sein du Projet ACORN (Autonomous Coordinated Organic Reconnaissance Network).
Source :
- Iran Busts Spy Pigeons Near N. Sites (Fars News Agency)
Sur le même thème :
20 octobre 2008
Aqsa Tube, la guerre en version You Tube
Le conflit israélo-palestinien est un cas d'école particulièrement captivant pour qui s'intéresse aux stratégies d'influence déployées par des puissances étrangères pour "gagner le coeur et les esprits". En particulier en France où les relais pro-israéliens et pro-palestiniens ne manquent pas. Objectif : occuper l'espace informationnel au sens large pour attirer à soi une partie, la plus large possible, de l'opinion française. On ne compte plus les conférences, colloques, revues, journées de solidarité, livres, ou manifestations organisées, entre autres, par la Fondation France-Israël ou l'Association France Palestine Solidarité...
Cette lutte d'influence passe depuis plusieurs années par les tuyaux numériques et donne lieu à d'innombrables initiatives. La dernière en date concerne le site Aqsa Tube, conçu sur le modèle de You Tube par des militants du Hamas. Cette plate-forme audiovisuelle diffuse des vidéos présentant sous un jour favorable les actions militaires lancées contre Israël. Selon une note d'un institut de recherche israélien (Centre d'Information sur les Renseignements et le Terrorisme), Aqsa Tube "est entièrement consacré à la propagande et à l'incitation de la haine envers Israël. Son contenu, comme ceux d'autres sites Internet du Hamas, reflète son idéologie et sa stratégie (...) L'utilisation de matériel visuel permet au Hamas de diffuser son idéologie et d'envoyer ses messages politiques à ses publics-cibles dans l'AP (autorité palestinienne), le monde arabo-musulman et dans le monde entier".
A ce jour, le site Aqsa Tube est consultable de façon aléatoire.
Source :
- Internet et le terrorisme (Centre d'Information sur les Renseignements et le Terrorisme)
Sur le même thème :
- Israël soigne sa réputation sur Internet
- Diplomatie publique, "le chaînon manquant d'Israël"
- La guerre psychologique d'Israël contre le Hezbollah
19 octobre 2008
La nation selon Yves Lacoste
En 1998, Yves Lacoste publia un livre à contre-courant de l'opinion dominante : Vive la nation (éditions Fayard). Dix ans après, France Culture diffuse une série d'entretiens dans lesquels le géographe revient sur l'ambition de cet ouvrage : "j'ai écrit ce livre à l'époque où Jean-Marie Le Pen accentue sa percée et où la faillite de la gauche et l'indifférence de la droite lui ont laissé l'idée de la nation".
Yves Lacoste déplore en effet la cécité de la classe politique et intellectuelle à l'égard de la nation en tant qu'idée géopolitique : "dans les milieux de gauche, la nation est une idée bourgeoise, dépassée, ringarde... et la droite ne jure que par l'Europe, la mondialisation, la modernisation". Il critique également une certaine production éditoriale prompte à dénoncer la colonisation et "à tout diaboliser" ; Yves Lacoste vise en particulier l'ouvrage très contesté d'Olivier Le Cour Grandmaison (Coloniser Exterminer) et rappelle que la population algérienne, sous domination française, a été multipliée par sept en quelques décennies... Rappelons qu'Yves Lacoste s'était engagé auprès des indépendantistes algériens lors de la guerre d"indépendance "tout en restant très attaché à mon idée de la nation France".
A l'heure où les tensions communautaires au sein de la population françaises sont toujours plus fortes, le fondateur de la revue Hérodote évoques les risques d'insurrection et n'est guère optimiste quant à l'avenir : "en France, on va avoir des problèmes extrêmement graves. J'espère que les problèmes géopolitiques ne vont pas devenir trop graves, mais je suis inquiet..."
Source :
- La Nation au coeur, au coeur de la Nation (France Culture)
Sur le même thème :
- Nouvelle géopolitiques des régions françaises
- Elysée Reclus, géographe politique
- La géographie de la défense
- Hérodote a 30 ans
18 octobre 2008
Le Japon, les signaux faibles et l'intelligence économique
Dans le domaine de l'intelligence économique, le Japon fait souvent figure de précurseur et de pays de référence. Dans un ouvrage collectif récemment publié par les éditions Hermès-Lavoisier (L'intelligence économique, Co-construction et émergence d'une discipline via un réseau humain), Pierre Fayard et Jean-Pierre Bernat consacrent un très intéressant article au Japon, considéré ici comme un "archipel de la connaissance communautaire".
Un rappel géographique tout d'abord, essentiel lorsqu'il s'agit du Japon ; l'environnement naturel et climatique de l'Empire du soleil Levant n'est pas des plus favorables : "La géographie et l'histoire du Japon jouent un rôle déterminant dans
cette civilisation. Les caractères physiques de ce pays insulaire,
montagneux et assis sur un volcan, tout comme sa relation particulière
au continent, la Chine principalement, se retrouvent en effet dans sa
culture (...) Le Japon est un pays singulier où celui qui cherche à tout comprendre de manière claire et distincte risque
de passer à côté de l'essentiel (...)
En empruntant à l'oenologie, on dirait que la culture japonaise est longue en bouche".
Les deux auteurs soulignent que la culture nipponne semble prédisposer à la détection des signaux faibles : "Au Japon, on dit que l'observation du mouvement des carpes dorées
dans les étangs permet de prévoir l'imminence d'un tremblement de
terre. L'attention aux signes, faiblement perceptibles, annonciateurs
de changements, participe du do des personnes soucieuses d'harmonie autant à l'intérieur de la société japonaise que dans ses relations avec l'extérieur."
Tout naturellement, les Japonais accordent une grande importance aux réseaux, à l'innovation et à l'intelligence collective : "L'échange de données, d'informations et d'opinions, la mobilisation et
la collaboration sur un projet pour affronter l'inconnu et la
nécessité, confluent dans le ba (la place) des organisations."
Source :
- L'intelligence économique - Co-construction et émergence d'une discipline via un réseau humain (Editions Hermès-Lavoisier)
Sur le même thème :
15 octobre 2008
Le conseil stratégique français en quête de masse critique
A l'image du secteur de l'intelligence économique, le domaine du conseil stratégique est marqué par une activité soutenue et donne naissance à de nombreux cabinets. Selon une note de TTU, "le marché de l'expertise stratégique se porte plutôt bien (...) La volatilité des menaces et le contexte international tendu (Géorgie, Iran, Corée du Nord, Vénézuela...) offrent aux principaux cabinets de conseil français, qui ont fleuri sur la place de Paris à partir du milieu des années 1990, des perspectives inespérées d'études, de consultances et d'organisation d'évènements pour la communauté de la défense et de l'armement".
TTU dresse une liste non exhaustive des cabinets parisiens en commençant par l'incontournable Geos dont la visibilité médiatique est certainement la plus forte. Au côté du plus puissant cabinet français apparaissent "des concurrents de plus en plus soucieux d'occuper certaines niches" : Axis (orienté intelligence économique), la Compagnie européenne d'intelligence stratégique, le Club Participation & Progrès, la société d'Experts Partenaires pour l'Entreprise à l'Etranger, Sécurité sans Frontières, Eurocrise...
Autant de cabinets qui, faute d'atteindre une masse critique, doivent miser sur l'innovation pour rivaliser avec les mastodontes anglo-saxons tels Kroll ou DynCorp. Autre écueil pour les cabinets français : la défiance portée par une bonne partie du personnel politique et médiatique aux secteurs de l'intelligence économique et aux enjeux de la guerre informationnelle.
Source :
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14 octobre 2008
Nouveaux témoignages sur l'exécution de Philippe de Dieuleveult
La revue XXI affirme dans son édition à paraître jeudi prochain que Philippe de Dieuleveult a été exécuté par les services secrets zaïrois et non pas, comme l'affirme la thèse officielle, mort noyé dans les eaux du fleuve Zaïre. Selon une enquête menée par la journaliste Anne Miquel, l'animateur de télévision a été interrogé par un commandant de la Division spéciale présidentielle (DSP) la garde personnelle de l'ex président Mobutu Sese Seko. Sur la base de témoignages et de procès-verbaux, la revue XXI produit un verbatim de l'interrogatoire subi par Philippe de Dieuleveult :
- "Quel est le but de votre visite au Zaïre?"
- Je suis venu pour une expédition.
(...)
- Nous tenons des informations que vous et votre équipe, vous êtes de la Dgse?
- Non
(...)
- Avez-vous quelque chose à ajouter ?
- Non, mais j'affirme que nous sommes venus pour l'expédition Africa
Raft et je veux être entendu devant mon avocat dans mon ambassade".
Ces nouveaux éléments d'information confirment les multiples témoignages qui prêtent à Philippe de Dieuleveult une double vie d'animateur de télévision et d'agent de la DGSE. L'enquête conclue que Philippe de Dieuleveult et les membres de son expédition ont été torturés pendant leur interrogatoire puis exécutés.
Source :
- Philippe de Dieuleveult n'est pas mort noyé (Revue XXI)
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