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Casus Belli

Géopolitique - Politique - Société

03 septembre 2008

Israël face aux limites de sa campagne médiatique contre l'Iran

iran_israelC'est peu dire que l'Iran souffre d'un sérieux déficit d'image. Sa "révolution islamiste" et son régime autoritaire ne jouent guère en sa faveur. L'élection de Mahmoud Ahmadinejad et ses diatribes contre Israël ont achevé de ternir la réputation de l'Iran sur la scène internationale, tout au moins en Occident. Dans une note publiée par la Revue internationale et stratégique, Yakov M. Rabkin, professeur à l'université de Montréal, revient sur la campagne diplomatique et médiatique lancée par le "lobby sioniste" pour en souligner les limites et la dangerosité, à terme, pour Israël.
A première vue, cette intense campagne médiatique a pourtant été couronnée de succès :  l'Iran est unanimement critiqué par la presse occidentale et une très grande majorité de l'opinion, Mahmoud Ahmadinejad est souvent comparé à Adolphe Hitler, la diplomatie iranienne doit ramer à contre-courant pour exposer ses vues  et ses initiatives sont immédiatement rejetées...
A y regarder de plus près, le succès de cette opération mérite d'être tempéré. Yakov M. Rabkin revient sur les propos dévastateurs tenus par Mahmoud Ahmadinejad selon lesquels Israël devait être "rayé de la carte". Les médias ont abondamment repris une formule que le président iranien n'aurait en fait jamais prononcée : "Les médias occidentaux, dont Le Monde daté du 27 octobre 2005, annoncent que le président iranien a déclaré qu'"Israël doit être rayé de la carte". Or, les experts s'entendent pour dire que le président iranien, lors de son discours, n'a prononcé ni le mot "rayer" ni le mot "carte". Il a plutôt repris la formule de l'ayatollah Khomeiny : "Esrâ'il bâyad az sahneyeh roozégâr mahv shavad" ce qui signifie "Israël doit disparaître de la page du temps"."
Au-delà de cette manipulation terriblement efficace, l'Iran a fait l'objet d'une déstabilisation qui associe des acteurs variés : "Des organismes ayant un nom à consonance religieuse, tant juifs que chrétiens, participent à la campagne anti-iranienne". Mais Yakov M. Rabkin souligne que "la campagne contre l'Iran a mis en lumière une profonde scission entre les juifs qui soutiennent inconditionnellement Israël et ceux qui rejettent ou remettent en cause le sionisme et les actions entreprises par l'Etat d'Israël (...) Des théologiens juifs  déplorent l'érosion des valeurs morales du judaïsme imputable au projet sioniste". L'auteur rappelle que le cinéaste Steven Spielberg a été vivement attaqué par "le lobby sioniste aligné sur la droite nationaliste en Israël" à propos de son film Munich qui montrait les doutes et le "dégoût" ressenti par un membre du commando israélien chargé d'assassiner les Palestiniens qui avaient exécuté les athlètes israéliens lors des Jeux Olympiques de 1972.
Dans une conclusion particulièrement incisive, Yakov M. Rabkin estime que "les accusations contre l'Iran reflètent la confusion sciemment entretenue entre l'Etat d'Israël et les juifs et cette confusion semble influer sur la politique étrangère des Etats-Unis. Dans ce dossier, on  constate que la droite israélienne et ses alliés ailleurs dans le monde n'hésitent pas à manipuler la mémoire de la Shoah pour atteindre leurs objectifs politiques".

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Posté par altiplano à 14:51 - Stratégies d'influence - Commentaires [0] - Permalien [#]
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