Casus Belli

Géopolitique - Politique - Société

30 mars 2008

La Gauche prolétarienne entre complexité et conspiration

gauche_prol_tarienneL'empressement médiatique et éditorial à célébrer Mai 68 a de quoi faire sourire. On ne compte plus les couvertures de la presse parisienne consacrées aux révoltes étudiantes (Libération a ouvert le bal dès le mois de janvier... dans la même édition qui censurait une chronique de Daniel Schneidermann !), et certains observateurs ont déjà recensé plus de 80 ouvrages sur les tables des libraires. Il semble qu'aucun éditeur n'a retenu ce qui était arrivé lors du trentième anniversaire, en 1998, lorsque les nombreux livres consacrés à Mai 98 s'étaient déjà soldés par des ventes très faibles.
Le millésime actuel retient surtout l'attention par les livres co-écrits par certains acteurs de Mai 68 et leurs rejetons : André Glucksmann et son fils Raphaël, Gérard Filoche et Germain... Une belle performance pour une génération qui n'a cessé de critiquer "les héritiers"...
Plus intéressante est l'initiative de Rue 89 qui a décidé de confronter les points de vue de deux auteurs d'ouvrages consacrés à la Gauche prolétarienne. David Défendi (L'arme à gauche) et Morgan Sportès (Ils ont tué Pierre Overney) défendent chacun des point de vue différents sur la naissance, l'essor et l'auto-dissolution de la Gauche prolétarienne. Leurs points de désaccord sont nombreux mais pas irréductibles : manipulation, services secrets français, CIA (le rapport de Richard Helms, le rôle d'Irwing Brown), agents provocateurs, infiltrés...
David Défendi est le fils d'un agent de la DST chargé, en 1968, de surveiller certains activistes et d'infiltrer la direction de la Gauche prolétarienne ; son livre défend la complexité de Mai 68 et critique les thèses conspirationnistes. Quant à Morgan Sportès, sa conviction est faite : "Les conspirations existent depuis la nuit des temps ! Lisez Jules César, lisez Sénèque, lisez le Cardinal de Retz, étudiez la vie du Général de Gaulle... La politique n'est faite que de conspirations !"

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29 mars 2008

Les limites juridiques et opérationnelles des sociétés militaires privées

smpLes analyses consacrées aux sociétés militaires privées (SMP) en langue française sont assez rares pour lire avec intérêt celle publiée par TTU, la Lettre d'information stratégique et de défense. Signée Guillaume Schlumberger et Maurice Klein, cette analyse rappelle que que "la naissance de ces sociétés de droit privé date des années 90 au moment où, après la chute du mur de Berlin, les Etats voulaient profiter des dividendes de la paix et réduire drastiquement les outils militaires". L'invasion de l'Irak, en 2003, a consolidé la tendance à l'externalisation de certaines tâches jugées non essentielles : "La limitation du volume de la force d’intervention américaine (imposée par le secrétaire d’Etat à la Défense américain) a conduit le commandant de l’opération à trouver des solutions via ces sociétés privées qui assurent des fonctions de logistique, de gardiennage, de protection de sites, de protection d’autorités, de formation et d’en­traî­nement, de déminage, d’interprétariat…" Plus de 200 SMP seraient présentes en Irak.
Les deux auteurs ne manquent pas d'évoquer "le vide juridique complet" qui prévaut et surtout les problèmes éthiques et opérationnels posés par la présence de SMP aux côtés des troupes régulières : "L’identification de l’adversaire est déjà difficile, l’augmentation d’acteurs non étatiques complexifie encore plus le problème (...) Pour chaque opéra­tion, dans le cadre du mandat international dévolu à la force d’intervention, des règles d’engagement sont déterminées, elles sont une traduction du droit des conflits armés et respectent les trois principes fondamentaux : principes d’humanité, de précaution et de proportionnalité. Ainsi les combattants agissent dans un cadre juridique bien défini donnant à l’emploi de la force toute sa légitimité". Des obligations qui ne s'imposent pas aux sociétés militaires privées...
Lucides, les auteurs estiment cependant que qu'"il sera difficile de contrer cette dynamique des SMP" et préconisent "de les contrôler au niveau international (ONU), de réduire très nettement leur nombre et de limiter leur cadre d’engagement."

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26 mars 2008

La Chine assise sur "un barril de poudre démographique"

chineLa mise en place de la politique de l'enfant unique par les autorités chinoises en 1979 n'en finit pas de produire ses effets funestes. Selon le site Asia Sentinel, la Chine est désormais assise sur "un baril de poudre démographique" au vu du déséquilibre hommes/femmes qui ne cesse de croître dans ce pays ainsi que dans d'autres nations asiatiques. En 2005, la Chine comptait 118 hommes pour 100 femmes contre 108 hommes et 100 femmes en 1981. Selon des estimations, il y aura, à l'horizon 2020, 30 millions d'hommes de plus que de femmes dans l'Empire du Milieu. Certains observateurs n'hésitent pas à parler de "géopolitique de la frustration sexuelle" susceptible de déboucher sur un accroissement des violences faites aux femmes (prostitution, mariages forcés, enlèvements...).
Mais cette politique de l'enfant unique aura au moins atteint son objectif (du point de vue de Pékin) : selon le site PopulationData, "la croissance de la population s'est nettement ralentie"...


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24 mars 2008

Anticiper les actes terroristes

terrorismeDepuis plusieurs années, des experts cherchent à prévenir les actions terroristes. Plutôt que de traîter les conséquences d'un détournement d'avion ou de la destruction d'un site nucléaire, ils essaient de prévenir l'avènement de tels actes. Selon le vieil adage, mieux vaut prévenir que guérir... Des chercheurs de la University of Maryland's Institute for Advanced Computer Studies (UMIACS) ont développé un logiciel visant à anticiper les actes terroristes.
Le programme STOP (Soma Terror Organization Portal) permet d'interroger une base de données comportant des données relatives à "30 organisation terroristes majeures telles que le Hezbollah, le Hamas et le Hezb-I-Islami". Mais, selon les responsables du programme, STOP n'est pas un simple lieu de stockage de données figées : "il s'agit d'un système logique et statistique qui utilise les données liées au comportement passé des groupes terroristes afin d'en tirer des règles de probabilité sur le passage à l'acte d'une organisation, d'une communauté ou d'un individu. Ce modèle unique de collaboration entre chercheurs en informatique et chercheurs en sciences politiques a généré des dizaines de milliers de règles sur le comportement probable de chacun des 30 groupes terroristes étudiés."
Selon V.S. Subrahmanian, directeur du projet STOP, la prédiction d'actes terroristes peut être rendue possible grâce à "des modèles informatiques et mathématiques rigoureux. Mais, ajoute-t-il prudemment, même la meilleure des sciences doit marcher main dans la main avec des chercheurs en sciences sociales."
Lancé par le Air Force Office of Scientific Research (AFOSR), le logiciel STOP est déjà utilisé par quatre agences du Département de la Défense aux Etats-Unis. Les utilisateurs sont invités à laisser des commentaires sur la pertinence des résultats afin d'améliorer la collecte et l'analyse des informations.

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21 mars 2008

Comment Emmanuelle Mignon bâtit le corpus idéologique de Nicolas Sarkozy

emmanuelle_mignonSes déclarations à la presse sont rares mais elles font parler. Lorsqu'au mois de février dernier, Emmanuelle Mignon déclara à VSD que "en France, les sectes sont un non problème", la directeur de cabinet du président de la République accéda à une notoriété soudaine. Apparemment, contre son gré. Avant cette sortie médiatique non contrôlée, Emmanuelle Mignon avait accordé un intéressant entretien au site NonFiction.fr portant sur la production du corpus idéologique de Nicolas Sarkozy en vue des élections présidentielles de 2007.
A contre-courant de ce que l'on pourrait penser, Emmanuelle Mignon estime que "dans les partis politiques, en France, on n’a jamais accordé beaucoup d’importance aux idées" et précise que le montage du réseau des experts et des intellectuels chargés d'inspirer le futur candidat Sarkozy a été mis en place dès 2004. Celui qui était à l'époque ministre de l'Economie ajouta : "aucun sujet n’est tabou, aucune proposition n’est taboue, vous m’apportez tout, et après, le tri, je le ferai."
Emmanuelle Mignon évoque également la présence du cabinet de conseil en stratégie Boston Consulting Group qui "a eu un rôle très clair d'ordre méthodologique" mais relativise son influence: "Le Boston Consulting Group n'a produit aucune idée". Pour alimenter les débats, elle estime avoir rencontré près de 250 experts : "Je me suis fait l’obligation de voir tous les intellos, tous les experts (...)".
Enarque (major de sa promotion), la directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy tient à préciser que le Président n'est pas sous influence  : "Ce n’est pas une marionnette, et il n’a pas de gourou. En tout cas, moi, je n’ai jamais prétendu être le gourou de Sarko et je ne l’ai jamais été. En revanche, c’est une "éponge", c’est à dire qu’il absorbe ce qu’on lui donne et il fait la synthèse entre différentes positions, qui, d’ailleurs, ne sont pas toujours si éloignées que cela les unes des autres. Mais c’est lui qui fait les arbitrages."

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19 mars 2008

Un conseiller image britannique pour Alexandre Loukachenko

LoukachenkoL'image du président biélorusse Alexandre Loukachenko est peu flatteuse. Son régime fonctionne à coups de trique et bien peu de chefs d'Etat sont prêts à faire le voyage de Minsk pour s'afficher à ses côtés et lui serrer la main. Autant de raisons pour Alexandre Loukachenko de faire appel à Tim Bell pour "monter une stratégie destinée à améliorer l'image lugubre de la Biélorussie" selon The Guardian. Le quotidien britannique présente Tim Bell comme "un vétéran britannique de la communication politique". Ce spin doctor âgé de 66 ans fit ses premières armes auprès de Margaret Thatcher à qui il prodigua ses conseils en particulier pendant les campagnes électorales que mena la Dame de fer. Tim Bell n'est donc pas un débutant, lui qui conseilla également le gouvernement irakien et l'activiste milliardaire russe Boris Berezowsky.
Selon un ancien conseiller du ministère des Affaires étrangères de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko est acculé à améliorer son image car "la situation économique se dégrade et il cherche à consolider son pouvoir. La Russie ne lui viendra pas en aide. Alexandre Loukachenko cherche donc à diversifier ses relations à l'étranger."

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17 mars 2008

1800 Français détenus à l'étranger

prisonIl y aurait 1 800 Français détenus dans les prisons étrangères selon le ministère des Affaires étrangères. Cette population carcérale hors-sol est très majoritairement masculine (89 % d'hommes et 11 % de femmes) ; dans la majorité des cas, la détention est liée au trafic et à l'usage de drogue mais aussi à l'atteinte à l'ordre public.
Le site Français du monde rappelle qu'une affaire très médiatisée permet d'alléger considérablement les conditions de détention, et d'atténuer la sévérité des peines d'emprisonnement : " A l'heure actuelle la France a signé 78 conventions bilatérales ou multilatérales relatives au transfèrement des personnes condamnées.
Des accords appliqués dans des cas médiatiques comme celui de Bertrand Cantat, le chanteur de Noir Désir ou plus récemment de l'Arche de Zoé."
En écho à ce dossier, Bakchich évoque un cas qui, pour le coup, fait l'objet d'un assourdissant silence médiatique : "le sort de Salah Hamouri, un jeune Franco-palestinien emprisonné depuis trois ans en Israël, sans qu’aucun motif d’inculpation n’ait été fourni à l’intéressé. En fait, lors de son arrestation, à l’âge de 19 ans, on a reproché à Salah Hamouri d’être passé en voiture devant le domicile d’un militant politique de l’extrême droite israélienne.
" Selon Bakchich, "L’objectif de Tsahal est aujourd’hui de condamner le Franco-palestinien pour délit « d’intention » : s’il est passé devant la maison du patron du Shaas, Yossef Ovadia, c’était inévitablement dans la perspective de tuer ce dernier…"

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14 mars 2008

Les think tanks, dernière fantaisie des hommes politiques

les_gracquesL'actualité des think tanks est décidément bien remplie depuis plusieurs semaines. Après le classement des dix think tanks les plus influents par le Foreign Policy Research Institute et la page Netvibes conçue par la fondation Res Publica, c'est au tour du site NonFiction de proposer un article bien documenté sur "les nouveaux think tanks français". Bien documenté car chacun des centres de réflexion fait l'objet d'une présentation sobre et non partisane ; en revanche, le choix des think tanks est délibérément axé sur des organismes liés à un parti ou à une personnalité politique. La capacité d'influence prêtée aux think tanks a inévitablement créé un appel d'air au sein du milieu politique au point de voir surgir une multitude d'entités : la constellation Ségoliniste, Mémoire des luttes, Fondation pour l'innovation politique "très liée à la personnalité de Jacques Chirac"...
Il fut un temps où tout homme politique se devait de sortir un livre (à défaut de l'écrire...), aujourd'hui, il est du meilleur effet de lancer un think tank.

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11 mars 2008

Comment faire parler un terroriste...

cloonanObtenir des informations d'un prisonnier pose un nombre considérable de questions autant morales que factuelles : jusqu'où peut-on exercer des pressions ? quel type de pressions ? physiques ? affectives ? psychologiques ? Et pour quel résultat ? La revue Foreign Policy propose un entretien vidéo de Jack Cloonan qui, dans le cadre de ses activités au FBI, s'est spécialisé dans les interrogatoires de terroristes.
Peu de détails opérationnels transparaissent dans les propos de Jack Cloonan qui propose ici une approche très contrôlée des interrogatoires, bien loin des simulacres de noyade récemment révélés par d'anciens officiers de la CIA et de  "l'externalisation" de la torture auprès de gouvernements alliés de Washington.
Jack Cloonan souligne, au contraire, combien il est important d'exploiter le facteur affectif du terroriste afin de collecter de l'information. En guise de conclusion, il lance un avertissement sur les propos que lui aurait tenus un prisonnier d'Al Quaïda : "Nous nous vengerons... Cela prendra peut-être des générations mais nous parviendrons à nous venger. Le pire n'est pas encore arrivé..."

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07 mars 2008

Les Etats incontrôlés, principal facteur de menaces

_tats_incontr_l_sLes Etats incontrôlés sont devenus la principale menace pour la paix internationale selon une étude que vient de publier la Brookings Institution. "Ces Etats peuvent s'effondrer et devenir de dangereux foyers en matière de terrorisme, de trafic d'armes, de crime organisé, de maladies infectieuses, de dégradation environnementale, et de guerres civiles susceptibles de se répandre au-delà des frontières."
La Brookings dresse une liste d'Etats incontrôlés dans laquelle les cinq premières entités sont (sans surprise) : la Somalie, l'Afghanistan, la République démocratique du Congo, l'Irak et le Burundi. Selon ce classement, huit des dix Etats les plus faibles (weakest states ou failed states) sont africains.
La méthodologie retenue par cette étude repose sur vingt indicateurs recouvrant quatre thématiques : domaine politique, domaine de la sécurité, domaine économique, domaine social. Chacun de ces points est alimenté par des sources universitaires ou institutionnelles essentiellement anglo-saxonnes.
Au-delà du constat, l'étude de la Brookings avance une série de propositions visant à réduire ces menaces et les soumet à la communauté internationale, en particulier aux Etats-Unis : faire de la lutte contre la pauvreté une priorité , améliorer la sécurité des personnes, concentrer les efforts sur les pays africains sub-sahariens, associer les gouvernements et les institutions car "le renforcement des Etats faibles ne se fera pas dans l'isolement"...

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