29 décembre 2007
La propagande chinoise à destination des Occidentaux
Depuis la sanglante période maoïste, la Chine maîtrise l'art de la propagande même si celle-ci ne fait pas dans la dentelle. Aussi, afin d'améliorer sa stratégie d'influence, l'Empire du Milieu a-t-il décidé de réviser sa propagande typée des années 60-70 et de l'adapter aux enjeux contemporains et aux publics occidentaux. En 2003, la maison d'édition Red Flag publiait un "manuel pratique pour le travail de propagande du Parti" (translittération : Xinbian Dange Xuanchuan Gongzuo Shiyong Shouce).
Selon David Cowhig, un analyste du monde chinois, cet ouvrage préfacé par le président Hu Jintao prodigue une série de conseils destinés aux élites chinoises qui entrent en contact avec des interlocuteurs occidentaux : "Parler simplement, simplifier à l’excès, si nécessaire. Délivrer le message le plus facile à recevoir pour l’étranger. Celui-ci variera en fonction du pays ou de la région dont il est issu (...) Ne jamais utiliser de slogans. La propagande avec les étrangers doit être moins directe que de la propagande intérieure. Présenter les faits et les laisser en tirer leurs propres conclusions (...) Organiser des interviews pour les journalistes étrangers "amicaux" (...) Lors de l’organisation de voyages en groupes, s’efforcer d’arranger un emploi du temps qui laissera la meilleure impression possible de la Chine. Lorsque ces personnes retournent dans leur pays, elles peuvent contribuer à diffuser une image positive de la Chine dans l’esprit des gens du monde entier (...) Participer aux programmes des chaînes de télévision diffusées dans les hôtels fréquentés par les étrangers, afin de leur laisser une impression positive de la Chine (...) Faire en sorte que les guides et interprètes s’abonnent et utilisent les publications de la Chine en langue étrangère."
A lire :
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27 décembre 2007
Propagande : et les nominés sont...
Le 20ème siècle ne manque pas d'exemples de propagande réussie, infructueuse, talentueuse, grossière, sinistre, drôle... Le site The List Universe, spécialisé dans les Top 10, propose un classement des dix meilleures vidéos de propagande dont certaines remontent à 1943.
En tête de ce classement, un film de 1965 anti-pornographe ! Produit par l'association des "Citoyens pour une littérature descente", cette vidéo entend lutter contre les "sodomites" et les contenus à 'connotation bestiale"... Deuxième sur le podium, un film hostile au LSD suivi par "Boys, Beware", une production de 1959 destinée à signaler les dangers de l'homosexualité.
La politique ne fait son apparition qu'à la sixième place avec un film anti-américain de Barry MacNamara (on appréciera le graphisme style Soviet Suprême...) ; viennent ensuite trois films de propagande nazie, communiste et anticommuniste.
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25 décembre 2007
Football, mondialisation et migrations
Entre 1995 et 2005, le nombre de joueurs étrangers est passé de 463 à 998 dans les cinq meilleures ligues européennes (Italie, Angleterre, France, Espagne, Allemagne). Cet accroissement s'explique par l'assouplissement des règles de quotas d'étrangers évoluant dans les équipes européennes. Il s'explique également par l'un des aspects les plus spectaculaires de la mondialisation : l'émigration et l'immigration sportives.
La revue Mappemonde propose une analyse rétrospective de dix ans (saisons 1995-1996 et 2005-2006) consacrée à l'origine des joueurs étrangers (européens et extra-européens) évoluant sur le vieux continent : "Lors de la saison 2005/2006, le Brésil (139 joueurs), l’Argentine (88) et la France (82) pourvoyaient à eux seuls 31% du nombre total des étrangers sous contrat. Si les principales zones «exportatrices» sont restées les mêmes, la proportion de footballeurs que chacune de ces zones fournit a passablement changé. Le nombre de footballeurs européens présents à l’étranger a en effet relativement moins augmenté que celui des footballeurs extra-européens."
L'auteur de l'analyse, Rafaele Poli, estime que ce basculement suggère "qu’une nouvelle division internationale du travail a cours dans le football : la «production» de joueurs s’effectue de plus en plus en dehors de l’Europe, principalement en Amérique latine et en Afrique, là où le rapport entre la qualité et le prix des joueurs est particulièrement favorable. D’une manière générale, grâce à la libéralisation progressive de la circulation des sportifs, la théorie de l’avantage comparatif semble s’appliquer aussi au football. Selon cette théorie, une nation, ou toute autre aire géographique, doit se spécialiser dans la production et l’exportation des produits pour lesquels elle détient un avantage comparatif, ou relatif, par rapport à d’autres États. En contrepartie, elle doit importer les biens pour lesquels elle souffre de désavantages comparatifs."
Cette analyse montre également que ces migrations ne sont pas statiques car les joueurs-migrants gèrent leur trajectoire selon trois temps que l'auteur définit en termes d'espaces : l'espace "plate-forme" qui est le premier lieu d'arrivée des footballeurs ; l'espace "tremplin" représenté par les clubs de transit qui permettent d'accéder à des championnats plus rémunérateurs ; les "espaces d'aboutissement" constitués par les équipes qui offrent les meilleurs salaires.
A lire :
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23 décembre 2007
Tokyo ne lâche pas ses ressortissants kidnappés en Corée du Nord
Dans les années 1970-80, plusieurs dizaines de Japonais furent enlevés par des agents nord-coréens infiltrés au Japon. Cette histoire rocambolesque demeure un contentieux majeur entre les deux pays au point que le gouvernement japonais propose un documentaire consacré à "l'histoire tragique des ressortissants japonais enlevés par la Corée du Nord" et accessible en français, espagnol, anglais, chinois, coréen...
Tokyo a officiellement identifié 17 citoyens japonais enlevés par des commandos nord-coréens et évoque d'autres cas plus incertains. Les victimes étaient kidnappées par des agents de Pyongyang qui les exfiltraient secrètement par barques vers des navires espions qui regagnaient ensuite les côtes coréennes. Il semble que ces kidnappings répondaient à plusieurs objectifs : usurpation d'identité pour les espions nord-coréens opérant à l'étranger, rééducation des ressortissants afin de constituer des réseaux au Japon ou en Corée du Sud...
Le 17 septembre 2002, le Grand Leader Kim Jong Il reconnaissait pour la première fois la responsabilité de la Corée du Nord. Mais comme le rappelle le documentaire (ton martial de rigueur !) : "Le Japon continuera à tout faire pour trouver une solution à cette affaire" !
A visionner :
- Enlèvements de Japonais, un acte impardonnable (version française)
19 décembre 2007
Franco Zeffirelli, conseiller image du Pape ?
Franco Zeffirelli n'est pas seulement le réalisateur talentueux de Jésus de Nazareth et de Roméo et Juliette ; il est également catholique et sensibilisé aux enjeux de la communication politique. Dans un entretien accordé au quotidien La Stampa, il dit sa préoccupation quant à l'image véhiculée par le pape : "Benoît XVI communique de façon trop froide qui ne correspond pas à son environnement. J'en ai parlé avec plusieurs hauts responsables du Vatican. Le pape sourit rarement mais c'est un intellectuel. Il a quelques rigidités bavaroises."
Franco Zeffirelli, 84 ans, fait part de son désir de corriger cette image dégradée : "Le Saint Père est très conscient qu'aujourd'hui la communication
cinématographique de l'Eglise est en ruines (...) En tant que chrétien
je ne peux assister à ce désastre (...) Si le Vatican me confiait la mission de superviser cette communication, je m'y consacrerais à plein temps." Le Saint-Siège n'a pour l'instant fait aucun commentaire sur la proposition du réalisateur. En revanche, l'Université pontificale grégorienne pourrait se montrer attentive à l'offre de Zeffirelli tant cet établissement jésuite est impliqué dans les stratégies d'influence et la bataille des idées.
Sur le même thème :
- Le Vatican et le soft power contre le djihadisme global
- Diplomatie vaticane
- La diplomatie d'influence du Vatican en direction du monde musulman
18 décembre 2007
La montée en puissance des robots armés
La revue Foreign Policy dresse la liste des "dix évènements que vous avez ratés en 2007"... Au nombre de ces évènements, la montée en puissance des robots de combat que l'armée états-unienne envisage de déployer sur les champs de bataille. Déjà, le SWORDS (Special weapons observation remote reconnaissance direct action system), un robot capable d'ouvrir le feu sur une cible distante de près de 1 000 mètres, a-t-il remplacé les soldats en Irak dans certaines opérations trop exposées aux tirs ennemis.
Commercialisé à un prix de 250 000 dollars (environ 175 000 euros), le SWORDS a déjà été produit à plus de cent exemplaires ; les Etats-Unis ont inscrit au budget une ligne de 1,7 milliards de dollars (environ 1,1 milliard d'euros) pour l'acquisition de tels robots pour la période 2006-2012.
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16 décembre 2007
Fermé le jour, fermé la nuit...
Les tares qui affectent la Corée du Nord sont innombrables : régime dictatorial, absence de libertés publiques, restriction des libertés privées, famine, déforestation, pénuries énergétiques, bourrage de crâne en guise d'enseignement, culte de la personnalité... Le pays du Grand Leader Kim Jong Il vit hors du temps... et loin de la fée électricité. Cette photographie satellite prise de nuit rend compte de l'isolement de la Corée du Nord : plongé dans le noir, le pays ressemble à un trou noir alors que l'autre Corée (celle du Sud) resplendit de mille feux...
Sur le même thème :
- Tourisme made in Corée du Nord
- Bonne année depuis la Corée du Nord
- La voix de son maître
- Un anniversaire injustement passé sous silence...
12 décembre 2007
La diplomatie publique américaine change de visage
La Maison Blanche a annoncé la nomination de James K. Glassman au poste de sous-secrétaire d'Etat à la diplomatie publique. Cet ancien journaliste proche des milieux néo-conservateurs sera donc en charge de promouvoir l'image des Etats-Unis dans le monde. Ce choix ne doit rien au hasard puisque James Glassman avait déjà dirigé la communication de George Bush lors des élections présidentielles de 2000. Avant cette nomination, il était à la tête du Broadcasting Board of Governors, une agence qui couvre les activités de plusieurs radios et télévisions d'influence financées par Washington : Voice of America en Europe, Radiosawa dans le monde arabe, TV Marti en Amérique latine...
Le nouveau sous-secrétaire d'Etat remplace Karen Hugues, démissionnaire, et sera particulièrement attendu sur la question de l'image des Etats-Unis dans le monde musulman. Selon une enquête récente réalisée en Indonésie, le pays musulman le plus peuplé, le pourcentage de personnes ayant une bonne image des Etats-Unis est passé de 75 % en 2000 à... 30 % en 2006.
Sur le même thème :
- Les entreprises au chevet de la diplomatie publique des Etats-Unis
- Une image dégradée et des moyens pour l'utiliser
- L'image dégradée des Etats-Unis
06 décembre 2007
La presse, un méta-pouvoir et une "arme de destruction massive"
La presse quotidienne parisienne se porte mal... La faute aux NMPP, dit-on dans les rédactions, qui en raison de leur monopole sur la distribution des journaux alourdit le prix de vente des quotidiens ; la faute à la publicité qui se détourne du papier pour investir Internet ; et, pourquoi pas, la faute aux lecteurs incapables de consacrer 1,20 euros à la prose journalistique parisienne... Jamais évoqué, le contenu éditorial dont la qualité ne saute pas spontanément aux yeux des lecteurs... Bernard Poulet, ancien rédacteur en chef de plusieurs hebdomadaires (Courrier International, L'Expansion, L'Evènement du jeudi...) ne mâche pas ses mots quant à l'offre éditoriale proposée par les quotidiens. Lors d'une conférence prononcée au mois de novembre 2006 devant le club Politique autrement, il dénonçait "les nouveaux mythes de la presse après mai 1968 (...) Avec « Libé », à partir de 1973, on assiste également au triomphe de
deux nouveaux mythes venus d’outre-Atlantique : celui du « nouveau
journaliste » et, assez vite après le « Watergate », celui du
journalisme d’investigation (...) Le « nouveau
journalisme » est la traduction du narcissisme moderne : le journaliste
n’est plus là pour raconter les événements tels qu’ils sont, mais pour
raconter la manière dont il les vit personnellement."
Bernard Poulet poursuit : "Le succès plus durable du « journalisme d’investigation » a quelque
chose à voir avec la volonté de la génération de Mai 68 de poursuivre
une forme d’activité militante par le journalisme, même si ce n’est
plus une presse de parti. La divine surprise pour les ex-gauchistes va
encore une fois provenir de l’Amérique avec l’affaire du Watergate :
deux journalistes font tomber Richard Nixon, le président des
États-Unis, l’homme le plus puissant du monde (...) Le journalisme apparaît alors comme une
formidable arme politique : si on a pu faire tomber Nixon, on doit
pouvoir en faire tomber d’autres ! Ce mythe dont l’arme fatale
s’appelle « investigation » va irriguer les pratiques journalistiques
françaises pendant plus de vingt ans. Beaucoup de nouveaux journalistes
sont dès lors convaincus que la presse peut être une « arme de
destruction massive » servant à mener dans la société des batailles
politiques dont l’objectif dépasse, transcende ceux des partis
politiques. La presse se prend alors pour un méta-pouvoir, chargé de
dire le bien et le mal, en position d’arbitrer qui a le droit (ou ne
l’a pas) de gouverner dans le pays."
Bernard Poulet est l'auteur d'un essai très critique sur les pratiques journalistique du journal Le Monde (Le pouvoir du Monde. Quand un journal veut changer la France). Sorti en 2003, cet ouvrage bien documenté avait été éclipsé par le succès du livre de Pierre Péan et Philippe Cohen, La face cachée du Monde.
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05 décembre 2007
Les guerres en milieu urbain favorisent-elles les ennemis asymétriques ?
Guerre des villes, guerre des champs... L'un des faits majeurs de ces dernières décennies est la prédominance des combats en milieu urbain qui ont tendance à se substituer aux combats en zones rurales. Dans un article publié par la revue Doctrine, Laurent Henninger, chargé de mission au sein du Centre d'études d'histoire de la Défense, estime que cette tendance n'est pas particulièrement récente : "c'est surtout à partir du XIXème siècle, de la révolution industrielle et donc de la "question sociale" qui en découla que la guerre dans, à et contre la ville tendit à se généraliser." Cette mutation géographique changea la donne et créa "des situations d'une extrême complexité, où le "terrain" est à la fois matériel et humain, physique et politique, spatial et social..."
Dans ce contexte inédit, les armées doivent adapter leurs tactiques afin de "combattre dans et sur un "terrain" fluide, versatile, changeant et donc très difficilement contrôlable - sans même parler de son caractère multidimensionnel, d'un point de vue strictement physique (étages, souterrains, égouts, etc.) mais aussi très "fragile", car humain précisément !"
Laurent Henninger constate également le rôle égalisateur de la ville : "l'environnement urbain joue souvent un rôle égalisateur de facto en diminuant considérablement l'efficacité de nombre de systèmes d'armes et de leur puissance de feu, en particulier du fait du manque de profondeur du terrain. Cela peut ainsi conférer certains avantages à un ennemi de type "asymétrique"."
A lire :
- La guerre et la ville (PDF - 232 Ko)
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