06 décembre 2007
La presse, un méta-pouvoir et une "arme de destruction massive"
La presse quotidienne parisienne se porte mal... La faute aux NMPP, dit-on dans les rédactions, qui en raison de leur monopole sur la distribution des journaux alourdit le prix de vente des quotidiens ; la faute à la publicité qui se détourne du papier pour investir Internet ; et, pourquoi pas, la faute aux lecteurs incapables de consacrer 1,20 euros à la prose journalistique parisienne... Jamais évoqué, le contenu éditorial dont la qualité ne saute pas spontanément aux yeux des lecteurs... Bernard Poulet, ancien rédacteur en chef de plusieurs hebdomadaires (Courrier International, L'Expansion, L'Evènement du jeudi...) ne mâche pas ses mots quant à l'offre éditoriale proposée par les quotidiens. Lors d'une conférence prononcée au mois de novembre 2006 devant le club Politique autrement, il dénonçait "les nouveaux mythes de la presse après mai 1968 (...) Avec « Libé », à partir de 1973, on assiste également au triomphe de
deux nouveaux mythes venus d’outre-Atlantique : celui du « nouveau
journaliste » et, assez vite après le « Watergate », celui du
journalisme d’investigation (...) Le « nouveau
journalisme » est la traduction du narcissisme moderne : le journaliste
n’est plus là pour raconter les événements tels qu’ils sont, mais pour
raconter la manière dont il les vit personnellement."
Bernard Poulet poursuit : "Le succès plus durable du « journalisme d’investigation » a quelque
chose à voir avec la volonté de la génération de Mai 68 de poursuivre
une forme d’activité militante par le journalisme, même si ce n’est
plus une presse de parti. La divine surprise pour les ex-gauchistes va
encore une fois provenir de l’Amérique avec l’affaire du Watergate :
deux journalistes font tomber Richard Nixon, le président des
États-Unis, l’homme le plus puissant du monde (...) Le journalisme apparaît alors comme une
formidable arme politique : si on a pu faire tomber Nixon, on doit
pouvoir en faire tomber d’autres ! Ce mythe dont l’arme fatale
s’appelle « investigation » va irriguer les pratiques journalistiques
françaises pendant plus de vingt ans. Beaucoup de nouveaux journalistes
sont dès lors convaincus que la presse peut être une « arme de
destruction massive » servant à mener dans la société des batailles
politiques dont l’objectif dépasse, transcende ceux des partis
politiques. La presse se prend alors pour un méta-pouvoir, chargé de
dire le bien et le mal, en position d’arbitrer qui a le droit (ou ne
l’a pas) de gouverner dans le pays."
Bernard Poulet est l'auteur d'un essai très critique sur les pratiques journalistique du journal Le Monde (Le pouvoir du Monde. Quand un journal veut changer la France). Sorti en 2003, cet ouvrage bien documenté avait été éclipsé par le succès du livre de Pierre Péan et Philippe Cohen, La face cachée du Monde.
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