29 juin 2007
Les Etats incontrôlés
La revue Foreign Policy et le centre de recherche Fund for Peace proposent la troisième édition de leur rapport consacré aux Etats incontrôlés. Ces Etats, que l'on qualifie également d'Etats en voie d'effondrement (failed states) présentent des caractéristiques de forte désorganisation : perte du contrôle sur une partie du territoire, désobéissance civile à grande échelle, prévalence du marché noir...
Le classement des Etats incontrôlés fait apparaître une sur-représentation de l'Afrique : le Soudan arrive en tête devant l'Irak, la Somalie, le Zimbabwe, le Tchad, la Côte d'ivoire, la République démocratique du Congo, l'Afghanistan, la Guinée et la République de Centre-Afrique. Certains pays ont vu leur situation se dégrader (Liban, Somalie, Guinée équatoriale, Niger...) alors que d'autres l'ont améliorée : Libéria, Indonésie, République démocratique du Congo, Bosnie...
L'édition 2007 de ce classement porte sur l'étude de 177 pays qui ont été analysés selon douze critères sociaux (démographie, nombre de réfugiés...), économiques et politiques (criminalisation ou déligitimation de l'Etat, dégradation des services publics...).
A lire :
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26 juin 2007
Une délégation parlementaire pour le renseignement
Le Sénat et l'Assemblée Nationale devraient se doter d'une délégation parlementaire pour le renseignement. Un projet de loi présenté par le secrétaire d'Etat chargé des relations avec le parlement, Roger Karoutchi, précise les contours de cette future délégation : "Il est
constitué une délégation parlementaire pour le
renseignement, commune à l'Assemblée nationale et au
Sénat. Elle est composée de trois députés et de
trois sénateurs (...) La délégation parlementaire
pour le renseignement est informée sur l'activité
générale et sur les moyens des services spécialisés
à cet effet placés sous l'autorité des ministres de la
défense et de l'intérieur (...) Les travaux de la délégation
parlementaire pour le renseignement sont couverts par le secret de la
défense nationale."
La création d'une telle délégation s'inscrit dans la logique du rapport proposé par le sénateur René Garrec qui soulignait "l'utilité d'un suivi parlementaire des services de renseignement".
A lire :
- Rapport n° 337 - Projet de loi portant création d'une délégation parlementaire pour le renseignement
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24 juin 2007
La CIA soigne son image à Hollywood
Une réputation, ça se soigne... La CIA a décidé de confier à l'un de ses officiers les plus aguerris, Paul Barry, le soin de nouer des liens avec l'industrie du divertissement à Hollywood. La Central Intelligence Agency, qui dispose déjà d'un département dédié aux relations publiques (Office of Public Affairs), souhaite accroître sa coopération avec les milieux du cinéma afin de mener des "projets prometteurs dans le domaine de la fiction ou de la non-fiction".
Selon le porte-parole de la CIA, "Paul Barry a travaillé pendant plus de décennies dans tous les services de l'Agence, aux Etats-Unis et à l'étranger. Il sait non seulement comment l'organisation protège l'Amérique, mais a également consacré sa vie professionnelle à soutenir et à améliorer ses opérations."
La tâche de Paul Barry sera triple : prodiguer des conseils sur les scripts et les scénarios de cinéma, organiser des interviews avec des agents de renseignements ("des hommes et des femmes"), et faciliter des visites au quartier-général de la CIA afin d'apporter des connaissances de fond aux réalisateurs et leur permettre de filmer "dans le plus important centre de services clandestins du monde."
Les cinéastes désireux de réaliser un film ou un documentaire sur la CIA sont invités à prendre contact avec l'Office of Public Affairs qui étudiera "toutes les lettres, tous les fax et tous les courriels" qui lui parviendront...
Sur le même thème :
- L'opération Tunnel de Berlin - CIA 1952-1956
- L'annuaire de la CIA en accès libre...
- Espion, cultive-toi...
20 juin 2007
Le partage des connaissances selon les terroristes
Les professionnels de l'information ne sont pas les seuls à partager des connaissances. Les terroristes sont passés maîtres dans la mutualisation du savoir à des fins, il est vrai, beaucoup moins pacifiques. Selon une étude rendue publique par la Rand Corporation (un think tank proche du Pentagone), des groupes terroristes originaires de régions aussi variées que le Proche-Orient, la Colombie, l'Indonésie ou le Royaume-Uni procèdent à des échanges d'information dans le domaine des technologies de destruction. A la clef, des gains de productivité si l'on peut dire, en tous les cas, une efficacité accrue...
Brian A. Jackson, l'un des auteurs de cette étude, souligne que "des groupes terroristes qui ont peu de choses en commun et qui poursuivent des objectifs différents partagent des connaissances pour leur profit mutuel... et ça, c'est une très mauvaise nouvelle."
Les enquêteurs de la Rand ont examiné onze groupes terroristes présents au Proche-Orient, en Amérique du Sud et en Asie du Sud-Est, et en sont arrivés à plusieurs conclusions parmi lesquelles :
sur l'île de Mindanao, aux Philippines, le groupe indonésien Jamah Islamiya a fourni un entraînement à des terroristes philippins en matière d'explosifs (détonateurs à distance, bombes artisanales, desactivation des explosifs de l'armée philippine...). Entre 2003 et 2005, le nombre d'attaques menées par les terroristes philippins a augmenté.
en Colombie, ce sont des activistes de l'IRA irlandaise qui ont entraîné les membres des FARC. Cette aide a porté, là aussi, sur le maniement d'explosifs mais également sur l'utilisation de mortiers et l'élaboration de tactiques de guérilla.
Les auteurs de l'étude estiment la lutte anti-terroriste doit désormais prendre en considération les risques posés par cette mutualisation des connaissances terroristes et répondre au défi d'activistes de plus en plus compétents.
A lire :
- Sharing the the Dragon's Teeth (PDF - 804 Ko)
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18 juin 2007
La suppression d'Arrêt sur Images
La rumeur circulait depuis plusieurs semaines déjà... et a été rattrapée par la réalité : l'émission Arrêt sur images ne sera pas reconduite la saison prochaine selon une "source officieuse" citée par Le Point. Lors de la dernière émission diffusée hier, Daniel Schneidermann avait laissé transparaître ses inquiétudes sur le sort de l'émission alors que l'observatoire des médias Acrimed (proche de la mouvance altermondialiste) évoquait les "menaces" pesant sur Arrêt sur Images.
Il y a fort à parier que la suppression d'ASI réjouira de nombreuses chaînes de télévisions, et pas seulement TF1, qui étaient régulièrement épinglées par la veille scrupuleuse effectuée par l'équipe d'ASI. Toutes les semaines, des "manquements" aux règles élémentaires de la probité étaient révélés sans que cela ne bouleverse leurs pratiques. On se souvient comment une journaliste de France3 avait inventé la mort d'une rescapée de l'ouragan Katrina en 2005 afin de mieux coller à la réalité... Ce mensonge conscient n'avait provoqué ni sanction, ni scandale... On imagine le tohu-bohu si la manipulation avait été signée TF1...
Il est à noter que la suppression d'Arrêt sur Images intervient un an après la disparition du Premier pouvoir autre émission critique des médias. Présentée par Elisabeth Lévy sur France Culture pendant deux saisons, cette émission entendait porter une critique argumentée contre "le pouvoir croissant, parfois exorbitant des médias".
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17 juin 2007
Les guerres ont cessé d'être simples...
A l'occasion d'une conférence donnée devant l'Institut d'Etudes de l'Islam et des Sociétés du Monde Musulman (IISMM-EHESS), Frédéric Charillon, professeur à Sciences Po et expert auprès du ministère de la Défense, a rappelé que "les guerres ont cessé d'être simples"... Les conflits interétatiques qui se déroulent selon le mode classique déclaration de guerre/guerre/armistice sont "rarissimes" ; selon Frédéric Charillon, la guerre du Golfe de 1991 représente l'un des derniers avatars de ce type de conflit. Désormais, de nombreuses guerres sont liées à la faiblesse de l'Etat (Liban, Irak, ex-Zaïre...) et font intervenir des acteurs non étatiques : taux de mortalité élevé chez les civils, rôle des médias et des think-tanks dans la création du discours sur la guerre, sortie de guerre organisée par les ONG... En réalité, les Etats interviennent toujours dans ces "processus conflictuels mais de façon plus atténuée que jamais".
Frédéric Charillon souligne que "les sorties de guerre constituent l'enjeu majeur des relations internationales" : sortir d'une guerre est beaucoup lus difficile que d'y entrer... Cela suppose un développement économique perceptible par les populations, des transitions politiques, l'éventuel établissement d'un processus électoral, l'existence de médias indépendants... "Cela suppose surtout beaucoup de temps face aux entrepreneurs de violence".
Frédéric Charillon distingue deux visions des sorties de guerre : l'européenne qui prend acte de la complexité des sorties de guerre en menant une "action civilo-militaire", et la vision états-unienne qui raisonne en termes de choc des civilisation et mise sur l'usage de la force. Mais, souligne-t-il, "la puissance militaire est efficace contre une autre puissance militaire ; elle est inefficace contre les rébellions ( cf. les Etats-Unis en Irak et Israël au Liban contre le Hezbollah). La puissance ne peut rien contre la nuisance. Or, les acteurs non étatistes ont pour objectif de nuire..."
Sur le même thème :
- Le nouveau visage de la guerre insurrectionnelle
- Les mutations des guerres modernes
- L'avenir radieux des armes non-léthales
- 278 conflits politiques dans le monde en 2006
13 juin 2007
Le mystère de la montre volée de George Bush...
Que s'est-il passé en Albanie le 10 juin dernier ? Lors d'un bain de foule improvisé à Tirana, le président George Bush s'est-il fait chaparder sa montre par un voleur dissimulé parmi la foule qui l'acclamait ? C'est en tout cas ce qu'affirment certains médias et ce que montre une vidéo dans laquelle le poignet gauche présidentiel apparaît délesté de sa montre après quelques solides poignées de main échangées avec une foule chaleureuse.
L'information a été démentie par l'ambassade états-unienne à Tirana ainsi que par la police albanaise. La Maison Blanche a également réfuté le moindre larcin. Selon certaines sources, ce serait le président qui aurait lui-même retiré sa tocante en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire...
11 juin 2007
Le nouveau visage de la guerre insurrectionnelle
Le temps joue en faveur des mouvements insurrectionnels. Selon une analyse du Lieutenant-Général Sir John Kiszely, directeur de l'Académie de Défense du Royaume-Uni, plusieurs tendances contribuent à l'émergence et à la consolidation des insurrections : l'érosion de la souveraineté des Etats-Nations, l'augmentation du nombre d'Etats défaillants ou incontrôlés (Failed States) tels la Colombie, l'Irak, la Côte d'Ivoire, la Sierra Leone..., l'essor des conflits intra-étatiques, l'avènement d'insurrections transnationales...
Le Général Kiszely estime que cette tendance est renforcée par la prise de conscience des insurgés de leur pouvoir de nuisance en vue de "contraindre les gouvernements à accomplir leurs objectifs politiques, religieux ou idéologiques". Les insurrections reposent sur l'usage de la subversion et de la violence armée afin de renverser les gouvernements constitutionnels.
Mais, ajoute-t-il, ces mouvements insurrectionnels ne sont pas inédits : le 19ème et le 20ème siècle fournissent pléthore d'exemples de ce type de guerre... et autant de leçons à méditer.
A lire :
- Learning about counterinsurgency (PDF - 705 Ko)
10 juin 2007
Tourisme made in Corée du Nord
Une panne d'inspiration pour vos prochaines vacances d'été ? Pourquoi ne pas aller en Corée du Nord... Du 1er août au 10 septembre prochain, la République Populaire et Démocratique de Corée accueillera une série de défilés gigantesques qu'il ne faut manquer pour rien au monde : "100 000 gymnastes offrant un spectacle synchronisé dans le plus grand stade du monde"...
Le régime du "Grand Leader" Kim Jong Il a décidé d'assouplir les procédures d'entrée dur le territoire nord-coréen, et l'agence officielle Koryo Tours propose des voyages à des prix... pas vraiment prolétariens : 1 390 euros les quatre jours, au départ de Pékin, pour visiter le paradis des travailleurs (tarif de groupe) et 1 790 euros au tarif individuel.
Pour les bégueules qui douteraient des charmes de la Corée du Nord, de nombreux témoignages insistent sur qualités d'accueil des autochtones et leur sens inné de la déconnade.
Et comme les grands esprits finissent toujours par se rencontrer, Koryo Tours propose également une escapade dans l'autre pays de la démocratie : le Turkmenistan... Visiter la nation de feu Turkmenbashi au départ de Pyongyang voilà une perspective réjouissante.
En matière de tourisme comme de libertés politiques la Corée du Nord n'a guère l'occasion de briller par ses résultats... pas plus qu'au football d'ailleurs. Cependant, lors de la Coupe du monde disputée en 1966 au Royaume-Uni, elle avait battu l'Italie 1 à 0. Un site et un documentaire (The game of their lives...) viennent rappeler cette émouvante victoire.
Sur le même thème :
- Bonne année depuis la Corée du Nord
- La Voix de son Maître
- Un anniversaire injustement passé sous silence...
09 juin 2007
Présence et influence des fondations philanthropiques américaines en Europe
L'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) organise le 13 juin prochain une journée d'étude consacrée à "la philanthropie américaine et ses réseaux intellectuels, politiques et scientifiques en Europe au XXe siècle". Présentes en Europe depuis le début du XXème siècle, les fondations philanthropiques états-uniennes (Rockefeller, Ford, Carnegie...) ont joué un rôle important dans la formation des "élites" du vieux continent en particulier après la deuxième guerre mondiale. Leurs stratégies d'influence visaient un large éventail de domaines : sciences politiques, économie, médecine, arts...
Cette journée d'étude sera organisée autour de deux tables rondes : la création de réseaux transnationaux, la philanthropie et le nouvel ordre intellectuel mondial après 1945.
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