05 mars 2007
Les limites de l'alliance stratégique Caracas-Téhéran
Les présidents Hugo Chavez (Vénézuela) et Mahmoud Ahmadinejad (Iran) se sont rencontrés à trois reprises lors des six derniers mois. Ils ont procédé à la signature de plus de quarante accords et créé un fonds doté de deux milliards de dollars pour mener des projets communs. Caracas et Téhéran figurent parmi les cinq premiers exportateurs mondiaux de pétrole et partagent une identité de vue face aux Etats-Unis.
Isolé sur la scène internationale, le président iranien considère le Vénézuela comme une porte d'entrée sur le continent latino-américain qui, irrésistiblement, élit des présidents réfractaires à l'influence des Etats-Unis sur le "sous continent". Mahmoud Ahmadinejad ne tarit d'ailleurs pas d'éloge à l'égard de Hugo Chavez en qui il voit "un révolutionnaire dont les points de vue sur les questions internationales, politiques et économiques sont proches de ceux de la république islamique".
Mais quelle est la portée des accords entre ces deux "frères révolutionnaires" ? Selon le journaliste uruguayen José Luis Martinez, cette rhétorique enflammée permet au président Ahmadinejad d'obtenir, à bon compte, un soutien qui semble lui manquer de plus en plus dans son propre pays. Ses escapades latino-américaines (Vénézuela, Nicaragua et Equateur) ont été diversement commentées par les députés iraniens : "Des gens comme Chavez, Correa [président de l'Equateur] et Ortega [président du Nicaragua] peuvent-ils être des alliés stratégiques de l'Iran ? Ces nouveaux amis de gauche sont utiles pour deviser autour d'un café mais certainement pas pour définir nos priorités en matière de sécurité, de politique, de relations internationales ou d'économie."
En revanche, le volet militaire qui unit les deux pays mérite l'attention. Hugo Chavez a parlé, à ce propos, d'"alliance stratégique". A la question de savoir jusqu'où le Vénézuela serait prêt à aller en cas d'attaque états-unienne contre l'Iran, le colonel Chavez a répondu : "Top secret !"
S'il est vrai qu'un début de partenariat nucléaire existe entre les deux pays, il est hautement improbable que Caracas puisse faire autre chose que de vociférer contre Washington si les Etats-Unis venaient à frapper l'Iran. Les 12 000 kilomètres qui séparent Caracas de Téhéran ne se prêtent guère à la constitution d'un axe politico-militaire crédible. Tout au plus pourrait-il activer sa diplomatie pétrolière et réduire ses exportations vers les Etats-Unis.
Cette gesticulation n'empêche cependant pas les riches Vénézuéliens de quitter leur pays pour gagner les Etats-Unis où les attend une puissante communauté hispanophone bien décidée à en découdre avec Fidel Castro et son fils spirituel Chavez...
Sur le même thème :
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