23 décembre 2006
Lisons le Ruhnama avec le Turkmenbashi
La mort du président turkmène Saparmurat Niazov (alias le Turkmenbashi) a été l'occasion de rappeler le caractère ubuesque du régime et le culte délirant voué à sa personnalité. Le Top 20 des réformes les plus excentriques du Père de tous les Turkmènes laisse pantois...
Afin de mieux saisir la psychologie du président défunt, il faut lire la version française du Ruhnama, son ouvrage de référence. A l'occasion, cela permet également de passer un moment de franche rigolade...
Au menu, cinq chapitres : le Turkmène, la voie du Turkmène, la nation turkmène, l'Etat du Turkmène, l'univers moral du Turkmène... Extraits : "Le destin m'a donné la chance de me retrouver à la tête du peuple Turkmène à la fin du deuxième millénaire. Il est de mon devoir de sortir mon peuple du dernier siècle du deuxième millénaire dominé par la malchance, et de le conduire vers le sommet du troisième millénaire (...) Cent mille fois merci à Dieu ; dans la peau et le sang que je tiens de mon père, ma mère et mes ancêtres, se trouvent gravés l'idéal d'honneur, le sentiment de honte, de patience, une résolution sans fin, des objectifs précis et un esprit fort."
Les livres du Turkmenbashi sont en vente dans les rares librairies d'Achgabat au prix d'environ 3 €, soit le prix d'un repas gastronomique dans le restaurant panoramique de la capitale turkmène. Pour quelques euros de plus, l'on peut prendre un avion de la compagnie nationale pour rallier les principales villes du pays. A ce prix-là, le portrait du "Cher leader" est affiché dans la cabine...
Sur le même thème :
21 décembre 2006
Les Français sont schizophrènes, paranoïaques et hypocondriaques...
Depuis 1985, le sociologue Gérard Mermet ausculte la France et prend le pouls de ses habitants. Dans l'édition Francoscopie 2007, il livre le fruit de ses observations : la France souffre de trois maux simultanés : la schizophrénie car elle est parfaitement consciente des bouleversements provoqués par la mondialisation mais refuse de voir la réalité ; la paranoïa car les Français sont convaincus qu'ils sont trahis par leurs propres élites et qu'ils font l'objet d'une "conspiration mondiale" ; l'hypocondrie car le pays est en réalité plus prospère, mieux éduqué et en meilleure santé qu'il ne l'a jamais été. Selon Gérard Mermet, l'économie française est également plus productive que par le passé.
Le sociologue n'est pas tendre pour la classe politique française : "Les hommes politiques doivent faire preuve de courage et montrer que leur carrière personnelle est moins importante que l'avenir de la France. Malheureusement, ils donnent l'impression contraire. Il y a un vrai risque d'explosion : nous sommes dans une situation pré-révolutionnaire."
A lire :
19 décembre 2006
Une image dégradée et des moyens pour l'améliorer
Analyse très intéressante, mais partiellement fausse, de l'ancien Secrétaire-adjoint chargé de l'Amérique latine à la Maison Blanche, Roger Noriega, publiée par Libération le 5 décembre dernier : "Les Etats-Unis n'ont rien à faire de leur image dans le monde... Les Etats-Unis, parce qu'ils sont une superpuissance, ne peuvent pas être populaires."
S'il est vrai que les Etats-Unis souffrent d'un déficit de leur crédibilité dans le monde, et contrairement aux allégations de Richard Noriega, ils ont au moins le souci d'en comprendre l'origine et de proposer des parades. Le Département d'Etat ne cesse de lancer des campagnes d'influence (public diplomacy) tous azimuts à destination de publics très différents : la diplomatie par l'action humanitaire, le financement de travaux sur les langues en voie d'extinction, la célébration de la journée des droits de l'homme par Condoleezza Rice, de nouvelles initiatives en matière de droits de l'homme, un sommet sur le paludisme organisé à la Maison Blanche...Humanitaire, culture, droits de l'homme, santé... La diplomatie états-unienne fait tourner à plein régime son soft power ! Pour des résultats qui, manifestement, laissent à désirer...
Sur le même thème :
- L'image dégradée des Etats-Unis
- Le soft power, incontournable outil diplomatique
- Quand liberté de la presse et diplomatie font bon ménage
17 décembre 2006
La nouvelle doctrine contre-insurrectionnelle u.s.
Les autorités militaires états-uniennes mettent la main aux derniers détails du manuel de leur nouvelle doctrine contre-insurrectionnelle. Cet ouvrage, qui ne sera disponible que dans quelques jours, est le premier du genre publié depuis plus de vingt ans : "Ce manuel entend remplir un fossé doctrinal" affirment les Lieutenant-Généraux David H. Petraeus et James N. Mattis dans l'avant-propos de l'ébauche du document final.
Les retours d'expérience des campagnes d'Afghanistan et d'Irak semblent avoir été intégrées par les analystes du Pentagone qui consacrent plusieurs chapitres aux préparatifs en matière de renseignement du champ de bataille (analyse du terrain, du climat, de l'environnement social, du soutien populaire, de la question linguistique...). Le manuel prend également en compte les évolutions des techniques insurrectionnelles (anarchistes, égalitaristes, traditionalistes, pluralistes) et n'hésite pas à chercher assez loin dans l'histoire des insurrections avec la Révolution française et la guerre d'Algérie.
Il est à noter que la version actuellement disponible de ce document est un avant-projet (Final draft) et qu'elle n'est pas destinée à une phase de mise en oeuvre (Not for implementation).
A lire :
- Counterinsurgency (Final draft - Not for implementation, PDF - 2,4 Mo)
Sur le même thème :
- L'inévitable épreuve des guerres urbaines
- Savez-vous mener un interrogatoire tactique ?
- Les opérations psychologiques et leurs limites
- Les défis de la guerre insurrectionnelle
- Le facteur culturel et la guerre
- Pourquoi la guerre en Irak est un échec...
15 décembre 2006
La mort de Diana et son cortège de rumeurs
La mort accidentelle de la princesse Diana au mois d'août 1997 à Paris a donné lieu à une copieuse série de rumeurs : la princesse aurait été assassinée par les services de renseignement français et britannique... elle était enceinte... des doses de cocaïne auraient été retrouvées dans le véhicule... Selon un sondage publié par la BBC, de nombreux Britanniques (31 %) ne croient pas à la thèse de l'accident.
La récente publication du rapport Stevens sur la mort de Diana évoque les rumeurs entretenues par Mohamed al Fayed, le père de l'amant de Diana. Celui-ci, persuadé qu'un complot a été ourdi pour mettre un terme à la relation entre Diana et son fils, continue de répandre ses certitudes : le chauffeur Henri Paul entretenait des relations avec la DST, la DGSE et le MI 6, le service de renseignement anglais. La nuit de l'accident (le 30 août 1997), il aurait rencontré des agents de renseignement qui lui auraient remis l'équivalent de 2 000 £ en francs français... qui auraient été retrouvés sur son cadavre !
Ce rapport de 800 pages balaie, un par un, les arguments de Mohamed al Fayed qui, furieux, s'en prend au caractère "invraisemblable et totalement monstrueux" du rapport Stevens... Lord Stevens a été, selon M. al Fayed, contraint de dire "exactement ce que le renseignement britannique voulait l'entendre dire".
A lire :
The Operation Paget inquiry report (PDF - 5,5 Mo)
14 décembre 2006
Quand liberté de la presse et diplomatie font bon ménage...
La liberté de la presse vient de trouver son avocat le plus zélé : le Département d'Etat (ministère des Affaires étrangères) des Etats-Unis. Celui vient en effet de publier un "guide du journalisme indépendant" qui fait écho à un précédent ouvrage consacré aux "nouveaux moyens de communication". Citant Alexis de Tocqueville selon lequel "il n'est pas possible d'avoir de journaux sans démocratie pas plus qu'il n'est possible d'avoir de démocratie sans journaux", le service d'information du département d'Etat entend proposer dans ce manuel "les notions fondamentales de l'exercice du journalisme dans les régimes démocratiques".
Ce louable objectif prend une saveur particulière tant la diplomatie états-unienne fait une utilisation abondante du thème des libertés afin de soutenir les "révolutions" qui surgissent en Europe de l'Est ou en Asie centrale. Dans un article intitulé Promoting Free and Responsible Media : an integral part of America's Foreign Policy, le diplomate Lorne W. Craner évoque le cas du Kirghizstan où les Etats-Unis ont mis en place "un programme destiné à promouvoir des médias libres (...) Le Département d'Etat a fourni des fonds pour venir en aide à cette presse et dispensé des formations aux journalistes kirghizes."
Le plus surprenant réside probablement dans l'aveu de M. Craner : "Ce projet est une démonstration concrète de l'importance que la politique étrangère américaine accorde à la promotion de médias libres. Il s'agit d'une composante importante de notre politique."
Avec d'autres moyens, la France met en oeuvre, elle aussi, une diplomatie culturelle axée sur "la culture, la langue française, l'éducation, et le développement". Mais sa stratégie d'influence ne semble pas viser la presse, malgré la très récente ouverture de la chaîne française internationale France 24.
A lire :
- Quand la CIA infiltrait la culture...
- L'influence commence à l'école
- Dizzy Gillespie, agent de la diplomatie culturelle des Etats-Unis
- Révolutions, mode d'emploi
- Think Tanks, la guerre des idées
- Diplomatie culturelle française
09 décembre 2006
La vie secrète de Philippe de Dieuleveult (entre télévision et DGSE)
Canal + diffusera mercredi 13 décembre un reportage consacré à la mort mystérieuse de l'animateur de télévision Philippe de Dieuleveult. Le 6 août 1985, lors d'une expédition, le robuste animateur de La chasse au trésor disparaissait, ainsi que six de ses compagnons, dans les eaux tumultueuses du fleuve Zaïre. En réalité, cette mort ne devait rien à la dangerosité du cours d'eau... Philippe de Dieuleveult menait en effet une double vie : vie publique avec des apparitions intrépides à la télévision, vie secrète comme agent de la DGSE, l'un des services de renseignement français. Cette information n'est pas inédite en soi, mais elle est désormais corroborée par l'Amiral Pierre Lacoste qui dirigea la DGSE de 1982 à 1985, ainsi que par des membres des services secrets zaïrois.
Ce documentaire est réalisé par Tugdual de Dieuleveult (âgé de quatre ans au moment de la mort de son père...) et Jérôme Pin.
07 décembre 2006
Les diasporas à l'âge de la mondialisation
Dans le cadre d'un cycle de conférences consacrées aux migrations internationales, la Cité des sciences et de l'industrie accueillait mercredi soir Dominique Schnapper,
sociologue (EHESS) et membre du Conseil constitutionnel, pour une
communication portant sur les diasporas. Face à la confusion qui
entoure la notion de diaspora, Dominique Schnapper a souhaité "mettre un peu d'ordre" pour tordre le cou aux définitions fantaisistes de la diaspora (certains évoquent une diaspora des homosexuels !) : le terme diaspora désigne
la dispersion d'un peuple à travers le monde et qui entretient un
sentiment d'appartenance avec un foyer culturel (un territoire, une
religion par exemple).
Le sort des diasporas n'a pas toujours été
facile, en particulier au 19ème siècle lors de la constitution des
nations européennes. Celles-ci portaient un regard parfois hostile sur
"le caractère insaisissable, inquiétant" d'individus considérés comme extérieurs à la communauté nationale.
Changement d'époque, les diasporas modernes sont aujourd'hui valorisées ("une distinction sociale")
selon Dominique Schnapper qui souligne que ce bouleversement est lié à
l'émergence des sociétés démocratiques modernes post-nationales : "l'expression de l'identité supra-nationale est désormais plus aisée que l'expression du patriotisme". Pourtant, insiste-t-elle, il ne faudrait pas considérer la nation comme une vieillerie bonne à jeter à la casse : "la
nation est le cadre légal de la démocratie (...) et le trans-national
est une source de repli ethnique et de criminalité mafieuse".
Dominique Schnapper estime enfin que les diasporas (grecque, juive,
arménienne, chinoise, indienne...) sont très influencées par les
nations dans lesquelles elles vivent et que les modèles d'intégration
sont plus forts, en règle générale, que les particularismes culturels.
Dominique Schnapper est l'auteur, avec Chantal Bordes-Benayoun, d'un essai intitulé Diasporas et nations.
En contrepoint, l'on pourra lire l'ouvrage d'Yves Lacoste Vive la nation.
A lire :
Comment les diasporas changent le monde, un dossier de la revue Sciences humaines.
06 décembre 2006
The Iraq Study Group Report - Rapport Baker-Hamilton
"Il n'y a pas de solution miracle au problème irakien". Le rapport de la Commission Baker-Hamilton sur l'engagement militaire des Etats-Unis en Irak fait des "propositions très intéressantes" selon George Bush...
A lire : The Iraq Study Group Report (PDF - 1,72 Mo)
Sur le même thème :
05 décembre 2006
Deux milliards de migrants d'ici trente ans
L'Institut français des relations internationales (IFRI) publie un numéro exceptionnel de sa revue Politique étrangère à l'occasion du 70ème anniversaire de sa création (1936-2006). Cette livraison propose des analyses consacrées aux "grands paradigmes et théories des relations internationales", à la gouvernance internationale, aux nouveaux enjeux de sécurité ainsi qu'aux "poids des enjeux culturels et religieux".
Dans une contribution intitulée Comment la globalisation façonne le monde, le professeur d'économie Pierre-Noël Giraud (Ecole des Mines de Paris) souligne que "la globalisation favorise la progression des pays émergents et laisse peu de place aux autres pays du tiers-monde (...), et accroît partout les inégalités économiques internes." Selon lui, "la vague actuelle de globalisation n'a pas conduit, et ne conduira pas, à une économie globale, à un seul immense marché." Prenant en considération les images de la prospérité véhiculées par "la globalisation de l'information numérisée", Pierre-Noël Giraud estime que "chacun vit désormais sous le regard des autres, ou du moins chacun croit savoir comment les autres vivent (...) Associée à la misère qui s'étend sur certaines zones, ce facteur agit puissamment sur les pressions migratoires, aussi bien internes (des campagnes vers les villes) qu'entre pays. Pour ce qui est des migrations internes, on s'attend à ce que deux milliards de personnes, essentiellement dans les pays émergents et pauvres, s'installent dans les villes dans les trente ans qui viennent. Un mouvement d'urbanisation d'une telle ampleur et d'une telle rapidité serait sans précédent dans l'histoire de l'humanité."
A lire :
- Comment la globalisation façonne le monde (PDF - 673 Ko)