Casus Belli

Géopolitique - Politique - Société

30 novembre 2006

Quand la CIA infiltrait la culture...

qui_m_ne_la_danseLa Guerre froide (1947-1991) ne saurait être réduite à un strict affrontement politique. Elle eut également une dimension culturelle qui mobilisa des millions de roubles et de dollars que l'URSS et les Etats-Unis dépensèrent afin d'influencer, si possible à leur insu, les intellectuels et les artistes : écrivains, musiciens, peintres, journalistes... Arte a diffusé un remarquable reportage consacré à l'infiltration des milieux culturels par la CIA. Cette stratégie d'influence s'est inscrite dans le cadre du Plan Marshall : elle visait à soustraire les intellectuels de gauche à l'emprise communiste et à leur faire adopter une sensibilité atlantiste, tout au moins anti-communiste. Un organisme fut créé à cette fin : le Congrès pour la liberté de la culture. Financé par des fondations (Ford, Farfield...) et piloté par la CIA, le Congrès soutint des mouvements culturels (peinture expressionniste abstraite, musique atonale...) et des revues dont la ligne éditoriale était opposée au marxisme dominant de l'époque : Preuves en France, Encounter en Grande-Bretagne, Der Monat en Allemagne de l'Ouest, Tempo Presente en Italie... Etaient également soutenus financièrement, via des organisations de façade, des écrivains qui défendaient l'économie de marché et les libertés individuelles. Et, ruse suprême, la critique -mesurée- des Etats-Unis était tolérée...
Le combat hégémonique pour la culture de la CIA n'échappa cependant pas à quelques coups tordus : une campagne de calomnie fut lancée contre le poète chilien Pablo Neruda en raison de son inclination pro-soviétique ("Le mieux est de le ridiculiser...").
Ainsi que le fait remarquer un historien, la CIA réussit à attirer des artistes libéraux, sociaux-démocrates ou conservateurs mais échoua à convaincre des communistes. Quant à Tom Braden, l'agent de la CIA qui était en charge de cette guerre culturelle, il assume parfaitement "l'amoralité" de ses actes et peut contempler le triomphe  de l'American way of life sur les décombres des régimes communistes européens.

Le reportage Quand la CIA infiltrait la culture sera rediffusé le samedi  2 décembre à 18h05 sur Arte.
Sur le même thème, l'on pourra consulter l'essai de Frances Stonor Saunders : Qui mène la danse ? La CIA et la guerre froide culturelle, ainsi que l'essai que Fédéric Martel vient de consacrer à la culture en Amérique.

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29 novembre 2006

L'inévitable épreuve des guerres urbaines

guerre_urbaineLes guerres urbaines font l'objet d'un nombre croissant d'études et d'analyses. Le bourbier irakien constitue, pour les Etats-Unis, un retour d'expérience particulièrement riche et entraîne une mise à jour quasi-quotidienne. L'Etat-Major de l'armée états-unienne vient de rendre publique sa nouvelle doctrine consacrée aux "opérations urbaines" dans laquelle sont exposés les défis qui sont posés aux militaires : "L'environnement urbain confronte le Commandement à une combinaison de difficultés à nulle autre pareille en raison de la complexité de la topographie et de la densité de la population."
Cette étude de 315 pages pointe un fait majeur : "En raison de la prédominance de l'urbanisation à travers le monde, les armées seront vraissemblablement amenées à conduire des opérations dans, autour et au-dessous de vastes zones urbaines." Ces opérations devront donc reposer sur plusieurs points : la compréhension de l'environnement urbain, la concentration des forces de combat autour des "centres de gravité", la consolidation des gains afin de conserver la capacité d'initiative, et le transfert final du contrôle de la zone urbaine vers une autorité civile.

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28 novembre 2006

Moi et le reste du monde

inedL'Institut national d'études démographiques (INED) propose une remarquable animation permettant à chaque individu de se situer au sein de la population mondiale. Chacun peut ainsi indiquer son âge et savoir combien il y avait d'êtres humains sur la Terre l'année de sa naissance, combien de personnes sont nées au même moment, combien sont encore en vie, ainsi que le nombre d'individus plus jeunes et plus âgés que soi.
Tous ces scénarios peuvent être pondérés en fonction de cinq zones continentales (Europe, Asie, Amérique latine et Caraïbes, Amérique septentrionale, Océanie, Afrique).
Ainsi, 132 207 000 personnes sont nées en 2001... mais si 99 % d'entre elles sont toujours vivantes aujourd'hui en Amérique septentrionale, elles ne sont plus que 83 % en Afrique. Pour la classe d'âge des 60 ans, le taux de survie d'élève à 84 % en Amérique septentrionale et... 36 % en Afrique !

L'INED vient, par ailleurs, de publier un dossier consacré aux grandes tendances de la démographie mondiale.

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27 novembre 2006

600 000 morts en Irak

irakLes violences liées à la guerre en Irak ont provoqué la mort d'environ 600 000 personnes depuis l'invasion du pays par les Etats-Unis au mois de mars 2003. Selon une étude réalisée par une équipe scientifique américano-irakienne, la mortalité affecte principalement les hommes jeunes victimes d'armes à feu. La mortalité masculine est beaucoup plus élevée que la mortalité féminine. 53 000 décès sont imputables à la dégradation des conditions sanitaires et à la difficulté d'accéder aux soins médicaux.
Signe de l'accroissement de la violence dans le pays, le taux de mortalité ne cesse d'augmenter depuis 2003 : entre mars 2003 et avril 2004, ce taux s'élevait à 7,5 morts pour 1 000 habitants ; entre mai 2004 et mai 2005, il était de 10,9 pour 1 000 habitants ; entre juin 2005 et juin 2006, il passait à 19,8 morts pour 1 000 habitants.
La répartition géographique de ces morts violentes fait apparaître deux zones particulièrement dangereuses : le centre et l'Ouest de l'Irak.
Les auteurs de cette enquête soulignent que "l'estimation la plus juste" du nombre de morts s'élève à 654 965 soit 2,5 % de la population irakienne.

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23 novembre 2006

Histoire secrète de la Vème République

histoire_secrete_cinquieme_Les Editions La Découverte viennent de publier un ouvrage consacré à l'Histoire secrète de la Vème République. Autant le dire tout de suite, cette somme (752 pages) fait partie des livres qu'il conviendra de garder à portée de la main. L'information y est puisée aux meilleures sources, les biographies (Général Philippe Rondot, Robert Hersant, François Mitterrand...) abondent d'éléments inédits, les "coups tordus" (affaire Markovic, diamants de Bokassa, affaire Clearstream...) font l'objet d'une contextualisation et d'une mise en perspective pertinentes...
Sous la direction de Roger Faligot et Jean Guisnel,  cinq journalistes jettent la lumière sur les coulisses de la vie politique française. Ce théâtre d'ombres met en scène les diplomaties secrètes,  les réseaux occultes, les manipulations, les groupes de pression, le fonctionnement des services secrets (RG, DST, SDECE et DGSE), les stratégies d'influence...
Ainsi que le soulignent les auteurs, ce livre révèle "à quel point la Vème République s'est construite sur le secret. La Vème République a accordé des pouvoirs sans limites à des hommes de l'ombre, éminences grises et hauts fonctionnaires qui ont construit de puissants réseaux d'influence et mené des politiques dont les citoyens français ne surent jamais rien."

La réputation de ce livre a déjà parcouru des milliers de kilomètres puisque le New Zealand Herald (affaire Greenpeace oblige) consacre un article aux "espions et aux secrets de la politique française"...

A lire :

  • Histoire secrète de la Vème République, sous la direction de Roger Faligot et Jean Guisnel, Editions La Découverte, 752 pages, 25 €
  • Introduction de l'ouvrage (PDF - 137 Ko)

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21 novembre 2006

Maoïstes... (Made in USA ?)

maosLes années 1970 ont accouché d'une engeance, les maoïstes, qui ont beuglé les bienfaits de la Révolution culturelle prolétarienne chinoise. L'écrivain Morgan Sportès propose un roman particulièrement décapant (Maos) consacré à la trajectoire politique, sociale et culturelle des maoïstes français. Son "héros", Jérôme, est un ancien mao reconverti dans une grande maison d'édition parisienne. Rangé des actions violentes, il s'est installé dans une vie bourgeoise ou pullulent désormais nombre de ses anciens camarades. Lors d'un dîner, ceux-ci se livrent à une diatribe contre... les ouvriers : "Les ouvriers ne veulent pas faire la révolution ! (...) Pas moyen d'électriser les masses... Sur les trois cents prolos, hommes et femmes, de l'usine, français, maghrébins, sans compter deux maliens, et après quatre mois d'efforts, je n'en avais converti aucun (...) J'appris à parler simple, direct, concret, "peuple", pour que mes arguments portent mieux (...)  Mais ils m'ont ri au nez pour la plupart. Ils préféraient causer football.Tiercé."
Maos est également un intéressant (contestable ?) témoignage sur la manipulation des groupuscules extrémistes. Les personnages de Morgan Sportès en arrivent à se demander s'ils ne sont pas les pantins d'une stratégie d'influence qui les dépasse : "Pourquoi les Américains, depuis la Seconde Guerre mondiale, avaient sollicité, favorisé, financé tout ce qu'il y avait de plus ridicule dans la nouvelle gauche post-stalinienne, en matière de sciences humaines de littérature et d'art ! (...) Les Américains ont voulu se débarrasser de De Gaulle (...) mais avec des moyens plus subtils que ceux utilisés contre Allende au Chili parce que la France n'était pas un pays du tiers-monde. Une énorme machine de propagande s'est déclenchée, entre autres aux Etats-Unis." Le doute des maos s'épaissit : "Les maos et divers groupes gauchos ont-ils été, naïvement pour la plupart (mais à leur tête quelques agents conscients devaient se trouver) des créatures des services secrets yankees. Par le biais parfois des services espagnols ou portugais de Franco et Salazar ?... (...) En Hollande et en Suisse, des groupes maos ont été créés de toutes pièces par la CIA, pour pénétrer les autres groupements gauchistes, dont la bande à Baader, et déstabiliser les partis communistes... Ce sont ces gens-là qui en 1969, en Italie, ont foutu des bombes, attribuées aux anarchistes, pour discréditer le mouvement social... En Italie, le sang a coulé. En France, de façon un peu moins brutale, le même processus a eu lieu..."

En écho à son roman, Morgan Sportès vient de mettre en ligne Mao et Moa, un article que vous ne lirez pas dans la page Débats du Monde.

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20 novembre 2006

La CIA au chevet de Fidel Castro

castroLa santé, physique et mentale, des chefs d'Etat a toujours intéressé les services de renseignement. Le cas de Fidel Castro n'échappe pas à la règle. Depuis son hospitalisation au mois d'août dernier, le dirigeant cubain est apparu épuisé et hagard si l'on en croit les photographies et les vidéos diffusées par les autorités de la Havane. Selon les analystes de la CIA, Fidel Castro serait atteint d'un cancer en phase terminale qui ne lui laisserait que dix-huit mois à vivre. Cette estimation (haute)  se fonde sur l'éventualité d'un traitement de chimiothérapie. Un autre estimation (basse), sans traitement, lui accorde un bien moindre répit...
Faute de source de renseignement placée au coeur de l'appareil d'Etat cubain (ce qui reste à confirmer), les services de renseignement nord-américains travaillent sur l'interprétation de photographies de Fidel Castro. Consciente que rien ne remplace le renseignement d'origine humaine, Washington a récemment décidé de renouer avec le renseignement humain en Amérique latine en nommant un ancien agent de la CIA, Patrick Maher, à la tête d'une mission visant spécifiquement Cuba et le Vénézuela. La presse officielle cubaine dénonce l'utilisation de "diplomates et pseudo ONG étrangères" comme couverture des activités d'espionnage à Cuba.


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17 novembre 2006

Les cartes, outils d'analyse ou de manipulation ?

jap_corA l'initiative des Cafés géopolitiques, la Société de géographie a accueilli, jeudi 16 novembre, une très intéressante conférence consacrée à La carte : outils d'analyse ou de manipulation ? Yves Lacoste (fondateur de la revue Hérodote), Jean Radvanyi (professeur de géographie à l'INALCO), Dominique Vidal (co-auteur de l'Atlas du Monde diplomatique) et Franck Tétart (co-auteur de l'Atlas du Dessous des cartes) ont évoqué le métier de la cartographie et les inévitables conflits liés aux rivalités de pouvoir sur les territoires.
Franck Tétart a fait allusion à une émission du Dessous des cartes consacrée à la mer qui sépare le Japon de la Corée du Sud. Un contentieux de toponymie oppose Tokyo qui lui attribue le nom de "Takeshima" (Mer du Japon) et Séoul qui la désigne par "Tok-do" (Mer de l'Est). Le Dessous des cartes avait décidé de faire prévaloir la vision japonaise... Las ! Le lendemain, l'ambassade de Corée du Sud en France intervenait auprès de la direction d'Arte pour protester contre ce parti pris. Les auteurs du Dessous des cartes reçurent par la suite une centaine de courriels courroucés de Corée de Sud où l'émission n'est pas diffusée...
Une mésaventure similaire est arrivée au Monde diplomatique avec les autorités marocaines. Celles-ci contestent une carte relative au Sahara occidental parue dans l'atlas édité par le mensuel. Ce territoire y apparaît comme étranger au royaume du Maroc. Revendiquée par le Maroc et l'Algérie, cette longue bande de sable constitue un inextricable contentieux entre les deux pays depuis 1975. Le gouvernement marocain a fait savoir au Monde diplomatique que son atlas ne serait pas autorisé à être vendu au Maroc...

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16 novembre 2006

Réseaux intellectuels et vision du monde

g_oExiste-t-il une géographie universelle ? La réponse est positive pour les lecteurs de la très réputée Géographie universelle en dix volumes publiée sous la direction de Roger Brunet. Elle est négative, du moins contestable, pour Olivier Milhaud (Université Bordeaux III Michel de Montaigne) qui s'interroge : les géographes parlent-ils tous du même monde ?
A l'occasion du Festival international de Géographie de Saint-Dié, Olivier Milhaud a proposé une communication consacrée aux réseaux intellectuels et à l'hégémonie anglo-américaine dans la discipline géographique. "Les réseaux intellectuels sont le plus souvent immatériels, fondés sur des contacts, des influences, des connaissances, des liens invisibles (...) Ils soutiennent des hégémonies intellectuelles particulièrement efficaces qui définissent une pensée unique et qu'ils font d'ailleurs passer pour une pensée commune."
Selon lui, Le choc des civilisations de Samuel P. Huntington constitue "l'un des exemples majeurs, et des plus tragiques pour les géographes" d'une vision du monde unique. Le succès international de ce livre repose, entre autres, sur un manque de réaction des géographes : "Les réseaux intellectuels humanistes n'ont pas su proposer un autre imaginaire géographique ! Les réseaux intellectuels des géographes (...) ont été inaptes à élaborer un autre discours, à le mettre en valeur, à le diffuser."
Olivier Milhaud estime le monde de l'édition a un rôle à jouer : "Il existe inévitablement des tactiques éditoriales (...) On a déjà décrit le rôle des pratiques éditoriales des revues scientifiques dites internationales, qui sont en fait contrôlées par les Anglo-Américains (...) On assiste donc à une uniformisation du discours géographique international (...) la plupart des journalistes et des géographes parlent une seule langue en plus du français, et c'est bien souvent l'anglais... La circulation internationale des connaissances passe logiquement par la langue de Shakespeare."

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15 novembre 2006

L'influence de la France via Internet

fraLa France possède le deuxième réseau diplomatique et consulaire dans le monde et dispose ainsi d'un vecteur d'influence considérable. De nombreuses ambassades proposent désormais un site Internet pouvant être considéré comme un relais de croissance pour la présence française dans le monde. Un rapport d'audit réalisé par la commission des finances du Sénat montre cependant que "les sites actuels des ambassades sont trop tournés vers l'internaute français : seuls 56% des sites étudiés disposent d'une version traduite dans la langue locale".
Selon les auteurs de ce rapport, il conviendrait de développer de nouvelles formes de présence à l'étranger : les postes de présence virtuels. Ceux-ci présentent la particularité de ne pas être liés à l'implantation physique d'un consulat, et permettraient "d'élargir la gamme des outils de présence de la France à l'étranger".
Un groupe de travail dirigé par le sénateur Adrien Gouteyron préconise plusieurs pistes de réflexion :

  • Mise en valeur de l'information économique à la une de chaque site d'ambassade
  • Utilisation optimisée d'Internet dans la communication de crise
  • Publier certains télégrammes diplomatiques non confidentiels
  • Accentuer l'effort de traduction du contenu éditorial
  • Créer des listes de diffusion
  • Généraliser les services électroniques

A lire :


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