16 novembre 2006
Réseaux intellectuels et vision du monde
Existe-t-il une géographie universelle ? La réponse est positive pour les lecteurs de la très réputée Géographie universelle en dix volumes publiée sous la direction de Roger Brunet. Elle est négative, du moins contestable, pour Olivier Milhaud (Université Bordeaux III Michel de Montaigne) qui s'interroge : les géographes parlent-ils tous du même monde ?
A l'occasion du Festival international de Géographie de Saint-Dié, Olivier Milhaud a proposé une communication consacrée aux réseaux intellectuels et à l'hégémonie anglo-américaine dans la discipline géographique. "Les réseaux intellectuels sont le plus souvent immatériels, fondés sur des contacts, des influences, des connaissances, des liens invisibles (...) Ils soutiennent des hégémonies intellectuelles particulièrement efficaces qui définissent une pensée unique et qu'ils font d'ailleurs passer pour une pensée commune."
Selon lui, Le choc des civilisations de Samuel P. Huntington constitue "l'un des exemples majeurs, et des plus tragiques pour les géographes" d'une vision du monde unique. Le succès international de ce livre repose, entre autres, sur un manque de réaction des géographes : "Les réseaux intellectuels humanistes n'ont pas su proposer un autre imaginaire géographique ! Les réseaux intellectuels des géographes (...) ont été inaptes à élaborer un autre discours, à le mettre en valeur, à le diffuser."
Olivier Milhaud estime le monde de l'édition a un rôle à jouer : "Il existe inévitablement des tactiques éditoriales (...) On a déjà décrit le rôle des pratiques éditoriales des revues scientifiques dites internationales, qui sont en fait contrôlées par les Anglo-Américains (...) On assiste donc à une uniformisation du discours géographique international (...) la plupart des journalistes et des géographes parlent une seule langue en plus du français, et c'est bien souvent l'anglais... La circulation internationale des connaissances passe logiquement par la langue de Shakespeare."
A lire :