05 novembre 2006
La voix de la France indiscutablement s'affaiblit...
A six mois de l'élection présidentielle, Paris-Match prend le pouls de la France et donne la parole à des personnalités étrangères (notoirement francophiles) et françaises : la France est-elle encore une grande puissance ? A cette question, le couturier Karl Lagerfeld ("un Européen parfait : il est Allemand, il rêve en anglais, et il incarne l'élégance parisienne") répond sans prendre de gants : "Certes, la France n'est pas connue dans le monde pour ses roulements à bille, ses machines-outils ou ses moissonneuses-batteuses mais pour ses parfums, ses champagnes et sa maroquinerie. Cela génère des chiffres d'affaires énormes (...) Bernard Arnault, avec L.v.m.h, a eu des coups de génie. Pour moi, il entre dans la catégorie des Bill Gates. Il conviendrait d'en être fier. Loin de là. J'ai l'impression que ce pays boude son plaisir. Le rapport des Français au luxe et à l'argent est extraordinairement hypocrite. Et la gauche caviar n'est pas pour rien dans ce travers. Le jeu de la mauvais conscience, surtout des élites, est devenu un fléau national."
Thierry de Montbrial, directeur de l'Institut français des relations internationales, ne dément pas les propos du couturier : "Nos élites politiques, syndicales, administratives et universitaires, malgré des exceptions, restent hexagonales (...) Le français, qui fut la grande langue diplomatique du XVIIIème siècle et encore au XIXème siècle, a perdu son statut. Au sein de Bilderberg (très sélect club international), les hommes publics français sont trop peu nombreux hélas... Même chose à la Commission trilatérale, l'anglais y a conquis le monopole depuis bien des années (...) La voix de la France indiscutablement s'affaiblit (...) La presse internationale parle peu et souvent mal de la France (...) Mes contacts suivis avec les dirigeants des puissances majeures occidentales ou non (Chine, Russie, Iran, Arabie Saoudite...) m'ont appris que ce sont tous des réalistes qui pèsent les rapports de force au gramme près. Nous, Français, sommes des idéologues et des idéalistes."
Sur le même thème :
- Quelle place pour la France dans le monde ?
- L'expatriation française comme relais d'influence
- Le regard de Marajane Satrapi sur la France
- Quand le Herald Tribune fait l'éloge du modèle français...