25 juillet 2006
De l'inconvénient de vivre dans une mégacitée
La revue états-unienne Foreign Policy propose un article consacré aux menaces engendrées par le développement des méga-citées, ces villes dont la population dépasse les 10 millions d'habitants. En 1995, le monde en comptait 14. Elles seront 21 en 2015...
Les méga-citées sont majoritairement situées dans les pays en développement (Lagos au Nigéria, Bombay en Inde, Sao Paulo au Brésil...), mais quelques unes appartiennent au cercle des pays les plus propères (Séoul en Corée du Sud, Tokyo au Japon...)
Cette hétérogénéïté dans la démesure révèle des dangers de nature variée et requiert des politiques adaptées.
Tokyo (plus de 35 millions d'habitants) doit faire face à un risque qui ne doit rien aux hommes : les séismes. Les autorités japonaises ont donc mis en place un dispositif de gestion de crise unique au monde : réseau de communication, mesure sismographique, unités de secours spécialement entraînées aux désastres provoqués par les tremblements de terre...
Bombay (près de 19 millions d'habitants) est également exposée aux risques naturels : moussons, crues, inondations... Avec des moyens dérisoires, les Indiens n'ont pu acquérir que quelques bateaux et kayaks...
Sao Paulo (près de 19 millions d'habitants) doit gérer des menaces d'un autre ordre : la criminalité. Présentée comme l'une des villes les plus dangereuse du monde, la capitale économique du Brésil est également la capitale de la détention d'armes par habitants. En 2004, lors d'un programme d'amnisitie destiné à récupérer pistolets et autres fusils, une femme se trouvait en possession de 1 300 armes !
Séoul quant à elle (près de 14 millions d'habitants) est confrontée à une sérieuse perspective de surpopulation. La Corée du Sud possède déjà le quatrième taux de population au kilomètre carré. Le gouvernement a décidé la création d'une nouvelle capitale située à environ 170 kilomètres au Sud-Est de Séoul afin de désengorger cette dernière. Les premiers coups de pioche devraient être donnés l'an prochain.
23 juillet 2006
Des cellules islamistes en Amérique latine ?
Le 28 octobre 2005, un billet évoquait une triple frontière sous surveillance à savoir celle qui sépare le Brésil, le Paraguay et l'Argentine. Depuis plusieurs années, les Etats-Unis dénoncent les activités commerciales illégales qui s'y développent (blanchiment d'argent, fraude aux documents, contrefaçon, trafic de drogue), et affirment que les revenus engendrés contribuent au financement des réseaux islamistes radicaux. Une importante communauté syro-libanaise d'environ 25 000 personnes y est installée depuis une quarantaine d'années.
Le Sénat des Etats-Unis étudie actuellement une résolution présentée par le Parti républicain demandant à l'Organisation des Etats Américains (OEA) la création d'une "force de travail antiterroriste" dans la région. Selon les promoteurs de cette résolution, la force antiterroriste devrait être associée au Comité contre le terrorisme inetraméricain (CICTE), lui-même émanant de l'OEA dont les liens avec Washington sont anciens et quasiment structurels.
Cette résolution a provoqué un certain agacement du côté du gouvernement brésilien traditionnellement sourcilleux quant à sa souveraineté. Elle n'en est pas moins un indice supplémentaire - un "signal fort" - du regain d'intérêt des Etats-Unis pour l'Amérique latine. En 2007, un bureau du FBI devrait être ouvert dans la capitale paraguayenne, Ascuncion, afin d'y traquer les "cellules dormantes" liées à la mouvance islamiste...
Sur le même thème :
- Washington renoue avec le renseignement humain en Amérique latine
- Un ambassadeur copieusement canardé
- Quand l'Amérique latine entre en dissidence...
- Hugo Chavez dans la ligne de visée de Washington
- Bruits de bottes au Paraguay
20 juillet 2006
Le bel avenir des sociétés militaires privées
Le site Infoguerre propose en téléchargement gratuit un mémoire de 4ème année consacré aux sociétés militaires privées (SMP) et aux défis juridiques et implications politiques qu'elles entraînent. Soutenu par Stéphanie Jung à l'Université Robert Schuman - Institut d'études politiques au mois de juin 2006, ce travail universitaire rappelle que les SMP constituent une rupture avec le célèbre constat de Max Weber qui affirmait que "le monopole de la violence physique" relève de l'Etat. La privatisation de la guerre et l'externalisation de certaines tâches militaires représentent une tendance lourde qui sera appelée à se développer dans un futur proche.
La prolifération des SMP ne doit rien au hasard : "Elles sont une composante peu connue mais de plus en plus déterminante des conflits d'aujourd'hui (...) Cette nouvelle industrie se compte en centaines d'entreprises, en milliers d'employés, et en milliards de dollars de revenus."
Stéphanie Jung souligne que l'activité des SMP s'éloigne des "barbouzes" d'autrefois et du "mercenariat traditionnel encore actif sur le continent africain", et se rapproche de "sociétés dûment enregistrées qui fonctionnent en étroite liaison avec leur gouvernement d'origine. Elles travaillent pour des Etats, des organisations internationales, des ONG ou des entreprises."
En Irak, environ 30 000 membres de sociétés militaires privées seraient présents, soit le "deuxième contingent de la Coalition après les troupes américaines."
En annexes de ce mémoire, un très intéressant document permet de saisir les liens qui unissent un Etat et une SMP : il s'agit du contrat passé entre la Papouasie-Nouvelle Guinée et la société Sandline signé le 31 janvier 1997 portant sur la fourniture d'une "assistance militaire" afin de mater les troupes de la Bougainville Revolutionary Army.
Les nouveaux entrepreneurs de guerre. Défis juridiques et implications politiques du recours aux sociétés militaires privées (PDF - 858 Ko)
Sur le même thème :
17 juillet 2006
Otages clandestins à Téhéran
Le 4 octobre 1979, 400 "étudiants islamistes" prirent d'assaut l'ambassade des Etats-Unis à Téhéran et retinrent une cinquantaine de diplomates en otages pendant 444 jours. Radio Canada revient sur un évènement peu connu de cette crise où l'espionnage et les procédures d'exfiltration en environnement hostile ont été abondamment utilisés.
L'ambassade du Canada à Téhéran avait en effet secrètement abrité six diplomates états-uniens qui se trouvaient hors de l'ambassade des Etats-Unis au moment de la prise d'otages. Munis de faux passeports canadiens émis par Ottawa, ils purent quitter clandestinement l'Iran le 28 janvier 1980.
L'ambassadeur canadien, Kenneth Taylor, refusa de révéler comment la fuite des otages a été organisée. Rentré au Canada, il racontera avoir hébergé ces six diplomates sans même avertir Washington... Il avait décidé d'accélérer leur exfiltration lorsque des rumeurs commencèrent à circuler parmi les journalistes. Ceux-ci gardèrent le silence jusqu'à l'exécution du plan d'évacuation. L'on apprit également par la suite que des "positions de repli" avaient été prévues dans d'autres ambassades "amies"...
Le journal de Radio Canada du 30 janvier 1980 est consultable ici (4'56'').
16 juillet 2006
Révolutions, mode d'emploi
Révolution en Serbie (2000), révolution des roses en Georgie (2003), révolution orange en Ukraine (2004), révolution des tulipes au Kirghiztan (2005)... La ceinture qui borde la Russie n'en finit pas de se désagréger au grand dam de Moscou qui voit son "étranger proche" lui échapper et se rapprocher de l'Union européenne et surtout des Etats-Unis. Ces révolutions, si elles reposent sur une réelle exaspération des populations locales face aux potentats post-soviétiques, ne doivent rien au hasard...
Arte a consacré un intéressant reportage aux "faiseurs de révolutions" qui partent à la conquête du Caucase et de l'Asie centrale, avec l'assentiment du Département d'Etat états-unien. A l'oeuvre, des professionnels du marketing politique et de l'agit-prop qui s'appuient sur des recettes éprouvées : non violence, mobilisation de la jeunesse, logos et noms de mouvements d'opposition faciles à mémoriser y compris par le public occidental, jeux vidéo, distribution de fleurs aux forces de l'ordre... une rose délicatement glissée dans un canon de fusil par une gracieuse main féminine fait toujours une belle photo...
De nombreuses fondations nord-américaines, et européennes dans une bien moindre mesure, forment et conseillent ces mouvements contestataires. Une visite sur le site du Project on transitional démocracy permet d'avoir un point de vue sur le travail de préparation qui précède les entreprises de destabilisation. Les Etats-Unis excellent dans cette diplomatie qui mèle soft-power et agitation populaire. Reste qu'il existe des ratés : Azerbaïdjan, Biélorussie, Kazakhstan...
15 juillet 2006
Du football contemporain...
Il faut souhaiter que le talent de Zinedine Zidane passe à la postérité plutôt que son "coup de boule" diffusé en mondovision. Trois milliards de téléspectateurs auraient assisté en direct à l'agression du milieu de terrain français contre Marco Materazzi...
Qu'elles soient physiques ou verbales, les violences entre joueurs prennent des formes insidieuses et s'ajoutent à la montée en puissance d'autres fléaux propres au football contemporain : simulation, triche, mensonge, fourberie...
La comparaison avec la mythique demi-finale entre la France et l'Allemagne lors de la Coupe de Monde de 1982 en Espagne est très révélatrice des bouleversements individuels et collectifs qui ont affecté le football en l'espace de vingt-cinq ans. Quelques exemples puisés dans le match de 1982 :
- La rareté des scènes de simulation. Les joueurs se relevaient assez vite après des chocs parfois violents. La posture victimaire ne s'était pas encore imposée comme assurance d'obtenir une réparation (coup-franc, pénalty, expulsion de l'adversaire...). A l'image de la société moderne qui protège les victimes réelles ou prétendues, et leur accorde un statut bienveillant en forme de rente, les footballeurs contemporains ont vite compris l'intérêt de se faire passer pour des ayant-droits.
- Les décisions de l'arbitre étaient peu contestées.
- Les manifestations de joie du buteur étaient plus spontanées et moins cinématographiques. La société du spectacle n'avait pas cannibalisé des sportifs qui n'étaient pas encore mannequins.
- Le comportement des joueurs était beaucoup plus simple, loin de l'arrogance des rois du stade actuels. L'explosion des salaires et la complaisance médiatique sont passées par là...
- Liberté de ton du commentateur. A propos du joueur Horst Hrubesch que les Allemands avaient gentiment qualifié de "monstre" en raison de sa corpulence et de son visage ingrat, Thierry Roland qui n'est certes pas un poète n'hésitait pas à déclarer "Il est certain que Hrubesch, ça n'est pas Alain Delon...!"
Le DVD du match France/Allemagne est distribué avec le livre de Pierre-Louis Basse : Séville 82 : France- Allemagne, le match du siècle.
12 juillet 2006
Un ambassadeur trop bavard
Craig Murray, ancien ambassadeur du Royaume-Uni en Ouzbekistan, a longtemps défendu les intérêts de son pays en Asie centrale. Jusqu'au 14 octobre 2004 précisément où le Foreign Office l'a déchargé de ses fonctions en raison de sa dénonciation publique de l'usage généralisé de la torture par le régime du président Islom Karimov. Il affirme avoir découvert que les services de renseignement britanniques (MI 6) recourraient aux tortionnaires ouzbeks pour interroger les prisonniers.
Depuis, Craig Murray a livré de nombreuses informations dans un livre intitulé "Murder in Samarkand". Puis il a poursuivi son propos sur un blog dans lequel il critique sévèrement la politique menée par Occidentaux en Asie centrale. Les informations mises en ligne sur ce blog, et qui avaient été censurées dans le livre, lui valent d'être menacé de poursuites judiciaires pour violation du droit d'auteur. Les autorités britanniques ont demandé à l'ancien ambassadeur de retirer les passages consacrés aux installations du MI 6 en Asie centrale car elles pourraient être "préjudiciables aux intérêts nationaux" du Royaume-Uni.
10 juillet 2006
100 000 flics pour un clic
100 000 policiers chinois pour surveiller les internautes ! Dans l'Empire du Milieu, où l'on ne fait pas les choses à moitié, le képi et la matraque tiennent lieu d'outil de régulation de l'information en ligne. "L'Etat chinois engloutit, probablement en pure perte, des sommes colossales pour contrôler l'usage d'Internet par ses citoyens" estime le Centre d'Etudes et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CERIUM) au Canada.
Dans le cadre de conférences consacrées à la Chine, le CERIUM a récemment organisé une journée d'études portant sur le contrôle de l'information, et invité le journaliste français Eric Meyer à plancher sur le thème de la liberté de la presse à l'heure d'Internet. Son intervention (disponible en vidéo) évoque le sort des cyber-dissidents et fait le point sur les mesures répressives prises par le gouvernement pour réprimer les mouvements d'opposition.
Reporters sans frontières évoque le cas de trois cyber-dissidents inculpés et emprisonnés pour avoir publié sur Internet des informations "illégales".
06 juillet 2006
Les défis de la guerre insurrectionnelle
Le U.S. Army War College forme de nombreux militaires nord-américains à l'art de la guerre dans ses multiples dimensions : tactique, stratégique, psychologique, diplomatique... Dans une étude consacrée aux mouvements insurrectionnels, le Lieutenant-Général David W. Barno analyse les défis que l'armée états-unienne devra relever face à des "ennemis qui ont parfaitement compris l'intérêt de la guerre asymétrique lorsqu'ils sont confrontés à une écrasante supériorité militaire conventionnelle comme celle des Etats-Unis." Il souligne que "la nature stratégique de la guerre a changé" et que "le gouvernement et les autorités militaires doivent s'adapter à ce nouvel environnement pour espérer l'emporter."
David W. Barno remarque que les "incomparables capacités militaires [des Etats-Unis] ont malheureusement ralenti la réaction états-unienne à la nature changeante et asymétrique de la guerre moderne." Cette dernière étant définie, selon lui, comme une "guerre du renseignement et de la perception".
L'article du Lieutenant-Général David W. Barno peut être consulté ici : Challenges in fighting a global insurgency
05 juillet 2006
Japon, laboratoire mondial du vieillissement
L'inévitable déclin démographique du Japon et les déséquilibres liés à la population en Asie font l'objet de multiples analyses plus ou moins alarmistes. Le Monde diplomatique du mois de juillet 2006 propose un article d'Isabelle Attané, démographe et sinologue, consacré au manque de femmes en Asie. La revue Futuribles donne la parole à Evelyne Dourille-Feer, chargée de mission au CEPII (Centre d'études prospectives et d'informations internationales), qui constate que le Japon est devenu le "laboratoire mondial du vieillissement".
Un rappel d'abord. En 2003, le nombre d'enfants par femme n'était plus que de 1,23 soit l'un des plus bas du monde. Simultanément, la longévité de la population japonaise, la plus élevée à l'échelle de la planète, a généré un "club des centenaires" estimé à 23 000 personnes ! Les centenaires pourraient atteindre 148 000 personnes en 2020... Conséquence de cette faible natalité, la population de l'Empire du Soleil Levant qui était de 127,5 millions d'habitants en 2005 devrait se réduire à 100 millions en 2050, puis 64 millions en 2100 selon un scénario d'hypothèse moyenne d'indice de fécondité.
Les conséquences socio-économiques de ce bouleversement démographique sont nombreuses : allongement de la vie active, aménagement de postes de travail compatibles avec une main-d'oeuvre âgée, contraction de la demande de logements qui "pourrait être à l'origine de faillites en cascade, génératrices de chômage si des emplois ne sont pas créés dans d'autres secteurs, car le secteur du bâtiment occupe une part très élevée dans l'emploi", diminution du niveau de vie des retraités, possible repli des ménages vers l'épargne plutôt que la consommation, quasi épuisement des caisses de retraites à l'horizon 2020...
Depuis les années 1980, les autorités japonaises ont pris des mesures d'accompagnement du vieillissement de la population : réformes graduelles portant sur la protection sociale et le marché du travail, sensibilisation de la population et des entreprises à cet enjeu majeur, complémentarité entre le rôle de l'Etat et les initiatives liées au bénévolat...
En guise de conclusion, Evelyne Dourille-Feer souligne que "l'originalité du Japon semble résider dans le fait que le fardeau du vieillissement est en passe de se transformer en dynamique d'innovation et de consommation."