29 juin 2006
La DST à l'heure du laitier...
Un billet daté du 26 mai dernier évoquait le blog animé par Richard Tomlinson, un ancien agent du MI6, les célèbres services de renseignement britanniques. En délicatesse avec son ancien employeur qui l'accuse d'avoir rendu publique une liste d'espions du MI 6 en poste à l'étranger, Richard Tomlinson vit sur la Côte d'Azur loin du smog londonien et des sbires anglais. C'était sans compter sur la collaboration étroite entre la DST (Direction de surveillance du territoire) et la police de sa Gracieuse Majesté...
A 6h27, mardi 27 juin 2006, dix agents en armes de la DST et deux policiers britanniques porteurs d'un mandat de perquisition international se sont présentés à son domicile, et ont passé la maison au peigne fin : confiscation de plusieurs ordinateurs, de divers appareils de communication, de CDRom, de photographies, de livres relatifs au contentieux entre le MI 6 et Richard Tomlinson. Celui-ci ne manque d'ailleurs pas de rendre hommage à la courtoisie de la DST : "Ils étaient bien plus polis et courtois que lorsqu'ils m'ont arrêté en 1998 (...) Ils ont laissé ma maison aussi bien rangée que lorsqu'ils sont arrivés. Rien à voir avec la police italienne..."
Placé en "garde à vue" (en français dans le texte), au commissariat de Cannes, l'ancien espion livre ses premiers sentiments : "J'ai connu bien des cellules de prison mais les françaises sont parmi les pires. Elles ne disposent même pas de toilettes..." Puis Tomlinson a été informé des charges retenues contre lui : la fameuse publication sur Internet d'une liste de membres du MI6 dont il affirme n'être responsable en rien.
Richard Tomlinson a été interrogé jusqu'à 21h30 puis remis en liberté vers 22h00.
28 juin 2006
Pour 100 roubles, t'as plus rien...
Selon une enquête réalisée par le cabinet de conseil Mercer Human Resources Consulting, Moscou est devenue la ville la plus chère du monde et ravit la première place à Tokyo. Ce nouveau classement serait dû à la hausse des prix entraînée par le boom immobilier et la présence de 60 000 millionnaires dans la capitale russe.
Asuncion, au Paraguay, demeure la ville la moins chère avec des prix trois fois moins élevés qu'à Moscou. Paris est passé de la 12ème à la 15ème place entre 2005 et 2006, loin derrière Londres dont les résidents connaissent le prix à payer pour vivre au bord de la Tamise.
Séoul pour l'Asie, New York pour l'Amérique du Nord et Sydney pour l'Océanie sont les villes les plus chères sur leur continent respectif.
L'enquête de Mercer porte sur 144 villes situées sur les six continents et repose sur une étude comparative du coût de 200 biens et services : logement, transport, nourriture, vêtements, loisirs...
26 juin 2006
Lobbying et réseaux d'influence
En écho au billet du 10 mai dernier consacré à l'inaptitude réelle ou supposée de la France à pratiquer le lobbying, l'Institut français d'intelligence économique (IFIE) organisait la semaine dernière une très prometteuse conférence portant sur le thème du lobbying et des réseaux d'influence. Deux lobbyistes - deux jeunes femmes...- ont apporté des témoignages concrets de cette activité qui peine encore à dire son nom dans notre pays : Emmanuelle Garault (coordinatrice aux affaires étrangères de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris) et Alexandra Laferrière (groupe France Télévisions).
Cette dernière a d'emblée affirmé que, contrairement à l'intelligence économique qui met en relation des entreprises entre elles, le lobbying porte son attention sur les hommes politiques et les institutions. Alexandra Laferrière s'est ensuite attardée sur la façon de travailler : il est important de bâtir une cartographie des personnes à cibler et déterminer si elles sont favorables ou non à la cause défendue par le lobbyiste. Il est ensuite essentiel de construire un solide argumentaire qu'il faut déployer tout en maîtrisant le calendrier des dossiers à traîter.
Regrettant de voir le lobbying associé à de coupables manoeuvres, elle s'est amusée à rappeler que la cellule de six personnes de France Télévisions qui remplit cette fonction est présentée comme le bureau des relations extérieures dans l'organigramme de l'entreprise...
Puis, évoquant les réseaux d'influence dans le milieu audiovisuel, Alexandra Laferrière a lâché quelques noms : le Club Averroès qui "fait la promotion des minorités visibles dans les médias français", le club parlementaire sur l'avenir de l'audiovisuel, d'autres clubs tels La Bulle ou le Club Média... sans oublier quelques incontournables rendez-vous mondains : Festival de Cannes, Roland Garros, le Tour de France... Puis, non sans hésiter, de citer des réseaux plus informels : homosexuels, franc-maçons...
22 juin 2006
Marcel Gauchet et les "anges célestes"
A l'occasion de l'exposition consacrée aux Lumières ! Un héritage pour demain qui s'est récemment tenue à la Bibliothèque Nationale de France, plusieurs conférences ont accompagné cet évènement. Le 24 mai dernier, les philosophes Marcel Gauchet et Luc Ferry étaient invités à plancher sur le thème : que sont les lumières devenues ?
Directeur d'études à l'EHESS et rédacteur en chef de la prestigieuse revue Le Débat, Marcel Gauchet a le bon goût de ne pas vouloir plaire... En 1980, tel un orage dans un ciel dégagé, il avait commis un article retentissant qui lui valut une réputation de fossoyeur du progrès : Les droits de l'homme ne sont pas une politique... Plus récemment, il eut l'honneur d'être fiché comme "nouveau réactionnaire" aux côtés de Régis Debray, Pierre Manent ou Pierre-André Taguieff dans un ouvrage de Daniel Lindenberg. "Une liste des suspects" selon Pierre Manent...
Lors du débat organisé à la BNF, Marcel Gauchet s'est interrogé sur un ton ironique : "Face à l'idéologie des droits de l'homme, que reste-t-il du passé ? Une barbarie... une vaste compilation d'horreurs... Comment cette barbarie a-t-elle pu engendrer les anges célestes que nous sommes...?"
Poursuivant son interrogation sur le discrédit des nations en Europe, il affirme : "Nous sommes actuellement dans un moment où s'affaisse le rapport d'obligation avec le passé, la nation. Ce discrédit est dû, entre autres, au fait que la nation est donnée à la naissance et n'est pas choisie ; en effet, on ne choisit pas de naître Français, Anglais ou Bulgare. Or, l'homme contemporain ne supporte que l'identité qu'il s'est choisie et veut se délivrer d'une identité donnée car celle-ci l'éloigne du sentiment de liberté."
16 juin 2006
Intelligence économique et opérations d'influence
L'intelligence économique n'en finit pas de susciter des vocations, aussi bien de la part des acteurs du secteur que des maisons d'édition. En quelques mois, de nombreux livres ont garni les tables des libraires. De qualité inégale, ils visent des objectifs différents : vulgarisation, théorie, vade-mecum... Les prestigieuses Presses Universitaires de France, que l'on attendait pas sur ce terrain, viennent de publier un ouvrage signé par Eric Delbecque, enseignant dans plusieurs universités et secrétaire général de l'IERSE (Institut d'études et de recherche pour la sécurité des entreprises) : L'intelligence économique, une nouvelle culture pour un nouveau monde.
L'auteur consacre de très intéressantes pages aux "opérations d'influence" qu'il envisage ainsi : " (...) il faut bien comprendre que dans le cadre de la compétition économique mondialisée, à l'ère de l'information et du multimédia, les vainqueurs seront ceux qui savent imposer en amont des marchés leurs idées et leur vision du monde via de puissants moyens médiatiques. Elles deviennent alors des normes socioculturelles qui vont favoriser tel ou tel producteur. En effet, ces normes conditionnent des comportements et façonnent des styles de vie : elles exercent donc une influence certaine sur les modèles de consommation et les types de produits consommés (films, disques, livres, vêtements...)."
Dans le même chapitre, Eric Delbecque revient sur "un cas de guerre de l'information" : l'affaire du saumon... Celle-ci commence très exactement le 9 janvier 2004 lorsque la revue Science publie une étude de quatre pages conacrées aux contaminants chimiques du saumon, dont il ressort que les saumons élevés en Europe sont dangereux pour la santé en raison de leur teneur en agents organochlorés... alors que ceux pêchés en Amérique du Nord seraient sains. Malgré de nombreuses inexactitudes et approximations, cette étude est reprise par le magazine Nature puis par la presse internationale. Elle provoque un mouvement de méfiance des consommateurs envers le poisson d'origine européenne.
L'auteur s'interroge : "S'agit-il de favoriser les intérêts de la pisciculture américaine et de la production de lin et de soja, tout en déstabilisant le milieu aquacole européen ?"
12 juin 2006
De la rumeur
L'association Vigilances, spécialisée en intelligence économique, consacre le dossier de sa lettre du mois de mai 2006 à la rumeur. Redoutable poison, la rumeur est "synonyme de dégradation de l'image de marque, de baisse des ventes et du chiffre d'affaires, elle se propage comme une traînée de poudre et s'immisce dans les esprits en les faisant douter".
L'article recense quelques uns des procédés utilisés par l'instigateur d'une rumeur : ragots, diversion, tromperie, calomnie... Il propose également un échantillon de critères permettant l'analyse de la rumeur et son traitement ainsi que des solutions à mettre en oeuvre pour asphyxier cette forme de destabilistion : le démenti, la reconnaissance d'une part de vérité, la création d'un écran de fumée, le silence... En la matière, la contre-offensive doit reposer sur une expertise très précise de l'origine de la rumeur, du bruit médiatique qui l'accompagne et l'analyse des intérêts en jeu.
En guise de conclusion, l'article souligne que "la prévention semble être le meilleur moyen de lutter contre une rumeur."
08 juin 2006
USA : plus nombreux, plus vieux, plurielle
Les Etats-Unis sont le troisième pays le plus peuplé du monde, après la Chine et l'Inde, avec une population de près de 299 millions d'habitants. Ils représentent 4,6 % de la population mondiale. A l'horizon 2050, le nombre de citoyens états-uniens devrait s'élever à 420 millions. Selon un rapport présenté par le Congrès, la situation démographique du pays est marquée par trois tendances :
- le nombre d'habitants continue de croître en raison d'une combinaison associant une plus longue espérance de vie, un remplacement des générations et une immigration supérieure à l'émigration.
- le vieillissement de la population (les plus de 65 ans sont de plus en plus nombreux);
- l'accroissement de la diversité ethnique (la part de la "race blanche" passant de 81 % en 2000 à 71 % en 2050, alors que les "asiatiques" représenteront 8 % de la population en 2050 contre 3,8 % en 2000. Quant à la composante "hispanique", elle passera de 12 % en 2000 à 24 % en 2050.
Le rapport du Congrès étudie l'impact que ces changements démographiques auront sur les questions économiques et sociales du pays : travail, retraites, pensions, santé, politiques d'immigration...
En 2004, le célèbre professeur Samuel P. Huntington avait évoqué le "défi hispanique" posé par l'accroissement de la population originaire d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud, incapable, selon lui, de s'intégrer au reste de la population.
Le rapport "The changing demographic profile of the United States" est disponible ici (PDF - 161 Ko).
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