30 mai 2006
Think tanks : la guerre des idées
Les éditions Le Félin viennent de publier un très intéressant petit ouvrage consacré aux think tanks : Les think tanks, cerveaux de la guerre des idées de Stephen Boucher et Martine Royo. Le sujet est peu abordé en France alors que ces centres de réflexion jouent depuis plusieurs décennies dans le monde anglo-saxon, et depuis quelques années en France un rôle non négligeable dans l'élaboration des projets politiques.
Les deux auteurs rappellent qu'en 1997 le Project for the New American Century (PNAC) un institut néo-conservateur, soumettait au président Clinton un projet d'attaque contre Saddam Hussein. Projet refusé par le président démocrate mais retenu et appliqué par son successeur républicain. Dès 1992, le PNAC avait fait circuler au sein du Département d'Etat un rapport de 46 pages dans lequel émergeait un point essentiel de la diplomatie états-unienne : "Notre objectif numéro un est d'éviter l'émergence d'un nouveau rival."
L'ouvrage évoque quelques unes des réalisations de l'un des think tanks les plus richement dotés : la Rand Corporation (où Jean-Louis Gergorin a enrichi son carnet d'adresses dans les années 1970... et qui a vu passer d'autres têtes françaises bien faites comme celle de Bruno Tertrais) : large contribution au développement de l'ordinateur, théorie des jeux appliquée aux sciences sociales, analyse systémique du champ militaire mais aussi des politiques d'éducation et de santé...
Stephen Boucher et Martine Royo soulèvent un problème de plus en plus aigü dans le monde des think tanks : demeurent-ils des centres de rélexion apolitiques proposant une expertise non-partisane ou deviennent-ils des vecteurs d'influence au service d'un parti politique ?
Un chapitre est consacré aux centres de réflexion français : "Des idées mais peu d'influence..." surtout à Bruxelles "où la plupart des think tanks qui comptent sont anglo-saxons"... Il suffit pourtant de fréquenter les journées d'étude proposées, par exemple, par la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) ou le Centre d'études et de recherches internationales (CERI) pour se faire une idée de la qualité des intervenants et de la pertinence des analyses qui y sont distillées. En cause, un financement modeste et le peu d'intérêt manifesté par le personnel politique pour la réflexion à l'exception de Michel Rocard, Pascal Lamy (qui signe la préface de ce livre) et de francs-tireurs comme Christian Blanc, Claude Bébéar ou Michel Pébereau.
- Les think tanks, cerveaux de la guerre des idées - Stephen Boucher, Martine Royo - Editions Le Félin - 9,90 €
29 mai 2006
L'expatriation française comme relais d'influence (3)
Le Sénat accueillait le 4 mars dernier la première journée des Français de l'étranger. Cette très intéressante initiative a donné lieu à de nombreux débats consacrés aux multiples dimensions de la présence française dans le monde et aux stratégies d'influence qui en constituent l'objectif principal : bataille autour des standards internationaux (normes ISO...), présence dans les institutions internationales, offre culturelle et éducative, expatriation économique...
Les actes de ces débats sont désormais disponibles en format HTML ou en format PDF (2,53 Mo).
Sur le même thème :
- L'expatriation française comme relais d'influence
- L'expatriation française comme relais d'influence (suite)
26 mai 2006
Les photos d'un agent du MI 6
Richard Tomlinson fut un agent de renseignement au service de Sa Gracieuse Majesté. Il passa quatre années au sein des services de renseignement britanniques, le fameux MI 6, dont il fut licencié en 1995 pour avoir dévoilé quelques secrets de cuisine : publication d'une liste d'agents, techniques utilisées par le MI 6, révélation d'une tentative d'assassinat contre le président yougoslave Slobodan Milosevic...
Depuis le mois d'avril dernier, Richard Tomlinson alimente régulièrement un blog. Son dernier billet évoque une mission qu'il mena clandestinement à Moscou en 1992. Agissant sous la fausse identité de Alexander Charles Huntley, il ne révèle ni l'objectif de cette opération en Russie, ni les moyens humains et techniques engagés. Tout juste donne-t-il le nom de code de cette mission : "The big breach"... et quelques photographies réalisées à l'occasion, dont celle du KGB (photographie). "Je n'ai pas pu résister à l'envie de photographier le quartier général du KGB !"
Sur le même thème :
25 mai 2006
Toponymie
Quelle est la capitale de la Bolivie... La Paz ou Sucre ? (1)
Doit-on dire la Biélorussie ou le Bélarus ? (2)
Si la norme ISO 3166 désigne la France par le code FR, quel est le pays désigné par le le code KP ? (3)
Quelle est la langue officielle du Pérou ? (4)
Voici les réponses :
(1) La Paz est le siège du gouvernement et des ambassades. Sucre est la capitale constitutionnelle de la Bolivie.
(2) La Biélorussie. Le Bélarus est une forme non recommandée pour l'usage français.
(3) Le code ISO "KP" désigne la Corée du Nord.
(4) Il existe trois langues officielles au Pérou : aymara, espagnol, quechua.
La Commission de toponymie de l'Institut Géographique National (IGN) publie la seconde édition révisée de la liste des pays et capitales du monde comprenant les dénominations des pays ou Etats indépendants reconnus par la communauté internationale au 1er janvier 2004. C'est ainsi que n'y apparaissent ni la Palestine ni la République turque de Chypre Nord...
Ce très intéressant document présente deux listes :
- "Nom français" avec le code ISO, les formes courtes et longues ainsi que la capitale de chaque pays.
- "Nom local" avec les langues officielles, les formes courtes et longues dans sa ou ses langues officielles, la capitale.
24 mai 2006
Diplomatie culturelle française
La France a décidé de renforcer son influence dans le monde avec la création d'un nouveau dispositif destiné à "promouvoir avec plus d'efficacité et de lisibilité" sa diplomatie culturelle. Plusieurs initiatives ont été récemment annoncées par le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, afin de mettre en oeuvre ce vaste chantier : création d'une agence culturelle baptisée CulturesFrance, lancement du plan CampusFrance visant à accroître l'attractivité des établissements d'enseignement supérieur français, mise en place d'une Alliance pour le développement...
Ces propositions entendent répondre à la dégradation de l'image de la France à l'étranger que de nombreux voyageurs ou expatriés soulignent à l'envi. Ainsi, l'Ambassade de France en Israël déploie-t-elle beaucoup d'énergie pour changer l'image de notre pays dans l'Etat hébreu : création d'une Fondation France-Israël, expositions, organisation de colloques, flamboyant feu d'artifice tiré à Tel Aviv et financé par la France...
Après avoir habilement exporté dans le monde entier les notions de Pays des droits de l'Homme, de l'art de vivre et de l'exception culturelle, la France doit repenser le déploiement de son soft power. Elle doit également investir la sphère numérique et proposer des sites attractifs pour toucher un très large public. Au contraire de la décision récente de mettre fin au remarquable site Idées de France qui n'aura vécu que quelques mois...
Sur le même thème :
18 mai 2006
Sexe et pouvoir
Le sujet fait les délices des salles de rédaction et des dîners en ville mais n'est jamais évoqué en public... La vie sexuelle des hommes de pouvoir ne manque pourtant jamais d'intéresser le public. De Mao Zedong dont des livres récents ont raconté par le détail la sexualité hyperactive aux frasques de John Fitzgerald Kennedy qui lui valurent de nombreuses maladies vénériennes, le pouvoir serait un puissant aphrodisiaque... Sans oublier Catherine II de Russie souvent présentée comme une redoutable mangeuse d'hommes. Quant aux Présidents de la République français, le bon peuple est plutôt bienveillant à l'égard de leur double vie et de leur progéniture clandestine...
A l'occasion du procès pour viol de l'ancien vice-président d'Afrique du Sud, Jacob Zuma, l'hebdomadaire Jeune Afrique consacre un intéressant et sympathique article au solide appétit sexuel des hommes politiques : "Très souvent, l’accession au pouvoir est synonyme d’une véritable explosion des relations sexuelles chez le nouveau chef. Un vertige quotidien qui voit des dizaines de jeunes femmes soucieuses d’enclencher le processus d’accumulation financière, ou tout simplement ambitieuses, défiler dans l’alcôve qui jouxte le bureau présidentiel, en général en fin d’après-midi. (...) À Paris, les suites du Crillon, du Bristol ou du Plazza-Athénée sont familières de ces superbes Russes venues distraire les soirées des chefs d’État en visite. Puis, avec l’expérience et l’habitude du pouvoir, vient le temps de la régulation. La politique est affaire de passions et de pulsions, soit, mais contrôlées - et surtout utiles. Fini le désordre, de la méthode. De son regard de lynx, le chef repère, lors des meetings ou des cérémonies, les proies putatives. Il glisse un mot à l’oreille de l’un de ses « porte-sacs », officier d’ordonnance ou chef du protocole, lequel, à son tour, murmure à celle de l’élue : « Le président t’attend. »
10 mai 2006
Les Français et le lobbying
La France est-elle inapte à pratiquer le lobbying...? Florence Autret, journaliste économique et enseignante à Sciences Po Paris, prétend que, contrairement à Bruxelles où 15 000 lobbyistes défendent ouvertement les intérêts de groupes financiers, économiques ou sociaux devant les représentants européens, les Français préfèrent jouer du carnet d'adresse "dans le secret des cabinets ministériels."
Dans une note publiée par "l'agence intellectuelle" Telos, elle affirme que la culture politique française est incompatible avec la notion de lobbying : "Pourquoi donc la France peine-t-elle à intégrer le lobbying dans son schéma institutionnel comme l’a fait l’Union européenne ? (...) Parce qu’une vision pyramidale de la société politique continue de dominer notre imaginaire politique. Au sommet, les plus hautes autorités de l’Etat tirent leur légitimité du Peuple, par le truchement de l’élection. Le suffrage résout comme par magie la question de la représentation et investit les représentants du peuple de la défense de l’intérêt général. Cette religion du suffrage alliée au mythe de l’intérêt général discrédite les autres formes de représentation. On comprend donc que la République s’accommode fort mal de l’activisme de groupes d’intérêts."
Cours IE, le portail de cours de veille et d'intelligence économique, propose plusieurs documents (PDF, Power Point...) consacrés au lobbying : groupes d'intérêt et réseaux de politiques publiques, groupes de pression et coûts à l'entrée, influencer la démocratie et démocratiser l'influence...
08 mai 2006
Hérodote a 30 ans
Hérodote a 30 ans... Cette austère et passionnante revue de géographie et de géopolitique célèbre plutôt discrètement le trentième anniversaire de sa création. Fondée et dirigée par le géographe Yves Lacoste, Hérodote a publié 120 numéros et fait appel à plus de 500 contributeurs pour analyser et mettre en perspective quelques problèmes géopolitiques essentiels : la question post-coloniale, les évangéliques à l'assaut du monde, géopolitique de l'aviation, langues et territoires, villes éclatées...
Radio France International consacre l'émission Géopolitique à ce trentième anniversaire, et revient sur la genèse et les objectifs d'Hérodote en compagnie de Béatrice Giblin, géographe et co-responsable de la revue.
A écouter ici.
Hérodote est publiée par les éditions La découverte.
Sur le même thème :
07 mai 2006
Diplomatie publique "made in USA"
En écho au billet du 23 avril 2006 consacré à la sous-secrétaire d'Etat états-unienne chargée de la diplomatie publique Karen Hugues, et au programme visant à améliorer l'image des Etats-Unis dans le monde, le Département d'Etat propose un résumé de la déposition de Mme Hughes devant une sous-commission de la Chambre des Représentants.
Intitulé La diplomatie publique est la clé de la lutte contre le terrorisme, ce document précise les trois objectifs fixés par Karen Hughes :
- Offrir aux peuples du monde une image positive des Etats-Unis (liberté, justice, respect...)
- Isoler et marginaliser les extrémistes violents, et contrecarrer leur idéologie de tyrannie et de haine
- Stimuler, dans le monde entier, un sentiment de communauté de valeurs et d'intérêts entre les Américains et les peuples de différentes cultures et de différentes religions.
La mise en oeuvre de cette "diplomatie transformatrice" s'appuiera sur un ensemble d'initiatives liées aux à la communication et à Internet : " (...) Tous les membres du cabinet, les ambassadeurs, les chefs militaires et les responsables de la diplomatie publique reçoivent désormais un résumé quotidien des nouvelles internationales les plus importantes, ainsi que la réaction officielle des États-Unis à ces événements. Les porte-parole du département d'État sont également déployés dans des endroits choisis en fonction des médias régionaux afin de transmettre le message des États-Unis lors de la diffusion des nouvelles locales (...)
Le département d'État est en train d'améliorer son utilisation des techniques de communication par le biais de l'Internet. « Democracy Dialogues » est une page Web interactive (en anglais) qui vise à stimuler la discussion sur divers aspects de la démocratie. « Partnership for a Better Life », un autre site Web (en anglais) relate l'histoire de personnes qui ont fait l'expérience de la façon dont les États-Unis aident des peuples du monde entier à améliorer leur vie par le truchement de l'aide au développement."
Les Etats-Unis montrent ainsi toute l'importance qu'ils attachent à la notion de soft power... Comme le souligne Karen Hughes, « Les gens qui visitent l'Amérique se font leur propre opinion de nous et rentrent presque toujours chez eux avec une conception beaucoup plus positive de notre pays. »
01 mai 2006
Mort d'un agent d'influence
George C. Minden était peu connu. Mort le 9 avril dernier à l'âge de 85 ans à New York, il était président de l'International Literacy Center, une organisation financée par la CIA, qui a distribué plus de 10 millions d'ouvrages vantant les bienfaits des sociétés capitalistes dans les pays communistes. Pendant 35 ans, il a dirigé un programme secret destiné à diffuser derrière le rideau de fer des essais, des romans, des dictionnaires, des manuels de médecine et même des revues sur la mode parisienne auprès d'intellectuels qui ne pouvaient s'en procurer dans leur pays.
De son vrai nom George Caputineanu Minden, ce discret agent d'influence était né le 19 février 1921 à Bucarest, en Roumanie, dans une famille fortunée où il apprit à parler six langues dont le latin. Lors de l'arrivée au pouvoir du parti communiste en 1946, il s'envola pour la France puis le Royaume Uni. Installé aux Etats-Unis dans les années 50, il prit en charge à partir du mois de juillet 1956 ce "Plan Marshall pour les esprits" qui dura jusqu'en 1991.
George C. Minden déclara que le nombre d'instituts, de publications et de personnalités qui se joignirent à l'opération ne cessa de croître : plus de 300 en Europe dont, pour la France, Le Figaro, Hachette, le Centre de documentation universitaire, Architecture française, le Mercure de France...
Ludmilla Thorne, une ancienne employée de ce programme secret a raconté en 2005 comment une jeune femme qui avait effectué un vol entre Londres et Moscou avait glissé un exemplaire de l'Archipel du Goulag d'Alexandre Soljenitsyne dans les couches de son enfant...