Casus Belli

Géopolitique - Politique - Société

27 mars 2006

Telos-eu, une agence intellectuelle

logo_top3L'influence se mesure à sa capacité à se faire entendre au milieu d'une profusion de messages concurrents. Elle vise des publics différents et repose sur des outils adaptés à l'objectif recherché : centres d'études, cercles de réflexion, think tanks, revues, colloques, sites internet, blogs... L'Europe constitue un intéressant laboratoire d'observation de cette lutte d'influence. Le référendum du 29 mai 2005 sur le Traité établissant une constitution pour l'Europe a donné lieu à une abondante bataille d'idées aussi bien dans les sphères dirigeantes que dans le "grand public". Ainsi le site d'un professeur provençal opposé à ce traité, Etienne Chouard, a-t-il connu un engouement considérable : des dizaines de milliers de connexions en quelques semaines... La circulation de l'information via Internet a probablement contribué à la victoire du "NON". En tous les cas, la leçon a été retenue par les partisans -déçus- de ce Traité.
A l'initiative de l'ancien commissaire européen et actuel Directeur général de l'Organisation mondiale du commerce Pascal Lamy, Telos-eu, une agence intellectuelle pro-européenne a été fondée au mois de décembre 2005 afin de "répercuter sans esprit partisan les grands débats mondiaux dans un espace français livré aux passions hexagonales." Présidé par l'universitaire Zaki Laïdi, Telos-eu regroupe des universitaires et des praticiens de la politique européenne et s'affiche comme "une agence d'inspiration réformiste". Elle propose des contributions consacrées à l'économie européenne, au commerce mondial, à la propriété intellectuelle ou à la culture...
Telos-eu devra trouver sa place dans un environnement déjà occupé par d'autres projets d'influence : Friends of Europe (Europe's World), la néo-conservatrice Henry Jackson Society...

A propos de Zaki Laïdi :



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22 mars 2006

L'expatriation française comme relais d'influence (suite)

t_fran_ais_de_l__trangerEn écho au billet du 6 mars dernier consacré à l'expatriation française comme relais d'influence, le site du Sénat des Français de l'Etranger vient de mettre en ligne les vidéos des différentes tables rondes qui se sont déroulé lors de la 1ère Journée des Français de l'Etranger.

L'émission Les Français dans le monde diffusée sur RFI a par ailleurs consacré deux émissions à cette journée
qui a reçu plusieurs milliers de spectateurs.

Ces deux émissions peuvent être écoutées et podcastées.

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20 mars 2006

Le facteur culturel et la guerre

irakAu troisième anniversaire de l'attaque états-unienne contre l'Irak, les critiques et le doute ont remplacé les slogans optimistes des premiers jours. De nombreux sondages réalisés aux Etats-Unis soulignent que l'opinion publique est favorable à un retrait des troupes d'Irak, et le prestigieux professeur Zbigniew Brzezinski dénonce "cette guerre qui a un coût prohibitif [dans laquelle] la moralité de l'Amérique a été salie (...) la légitilité de l'Amérique a été sapée par des décisions unilatérales. La crédibilité de l'Amérique a été réduite en miettes."
D'autres témoignages, bien moins médiatisés, méritent cependant d'être relevés. Un officier supérieur britannique chargé de la formation de la nouvelle armée irakienne, le Général de Brigade Nigel Alwyn-Foster, se livre ainsi à une sévère critique de l'armée nord-américaine et lui reproche son ignorance culturelle, sa prétendue droiture morale, son administration improductive et son optimisme injustifié. Provenant d'un très fidèle allié des Etats-Unis et publiée dans une revue militaire nord-américaine, cette charge présente un grand intérêt : elle jette la lumière, selon le général britannique, sur "l'insensibilité culturelle" qui a "sans doute contribué à institutionnaliser le racisme" et à nourrir l'insurrection.
Dans une contribution récemment publiée par The New York Times, l'ancien général Paul D. Eaton appuie la critique de son homologue britannique et n'hésite pas à déclarer que "le secrétaire d'Etat à la Défense Donald Rumsfeld n'est pas compétent pour diriger l'armée" en raison de son incapacité à construire une coalition avec ses alliés de la "vieille Europe" . Il lui reproche également d'avoir "ignoré les avertissements des officiers".
Lors d'un colloque organisé la semaine dernière par la FRS (Fondation pour la Recherche Stratégique), le colonel nord-américain Chris Gayard s'est interrogé à haute voix sur la difficulté de l'armée à saisir le facteur culturel de l'Irak en particulier, et du monde arabe en général. Il a avancé l'idée que les Etats-Unis devraient peut-être s'inspirer de l'armée française qui organise, à destination des soldats servant à l'étranger, une formation de sensibilisation culturelle. L'EMSOME (Ecole Militaire de Spécialisation de l'Outre-Mer et de l'Etranger) est chargée de délivrer "au personnel appelé à servir hors d'Europe une formation, une information et de la documentation nécessaire à la bonne exécution de leur mission." Cette formation repose sur "l'adaptation au milieu physique et humain local" et propose un enseignement portant sur le contexte historique, culturel et religieux.
Depuis le mois de janvier 2006, l'armée états-unienne distribue à ses soldats un manuel de sensibilisation à la culture arabe... (PDF - 890 Ko)

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12 mars 2006

L'annuaire de la CIA en accès libre...

ciaseal1Est-il encore possible qu'un agent secret reste secret ? Internet et ses puissants moteurs de recherche fragilisent progressivement le caractère confidentiel des informations sensibles, y compris celles qui relèvent des services de renseignement.
Le vénérable
quotidien Chicago Tribune révèle dans son édition dominicale qu'il a pu se procurer l'identité de plus de 2 600 employés de la CIA, la liste d'une cinquantaine de numéros de téléphone internes de l'agence ainsi que l'emplacement d'une vingtaine d'installations secrètes situées hors des Etats-Unis.
Les journalistes sont parvenus à ce résultat en utilisant les services d'une base de données commerciales en ligne. Cette base est consultable sur inscription qui, selon le journal, est accessible à presque tous les internautes.
Ainsi, le Chicago Tribune évoque-t-il les renseignements obtenus par ce biais sur le cas d'une femme âgée de 52 ans, mariée, née dans la banlieue de Kansas City et vivant actuellement dans l'Etat de Virginie dans une maison équipée de trois chambres... Jusque-là, rien de bien croustillant. Mais le plus intéressant suit : cette femme est actuellement agent clandestin opérationnel et a été affectée, lors des dix dernières années, dans différentes ambassades états-uniennes sises en Europe. A la demande de la CIA, le Chicago Tribune a accepté de ne pas révéler l'identité de cet agent.
L'identité et la couverture de centaines d'agents sont des informations secrètes normalement connues d'une infime poignée de personnes, et répondent à des procédures très précises de cloisonnement de l'information.  L'agence reconnaît qu'à l'âge d'Internet, fournir une couverture à un agent en poste à l'étranger présente de multiples dangers.
Selon des sources proches de l'agence, a publication de ces informations a "horrifié" Porter J. Goss, le directeur de la CIA, qui s'est engagé à moderniser le processus d'attribution de couvertures.
Cette mésaventure rappelle celle arrivée aux services de renseignement britanniques (MI 6) dont une liste d'agents avait été publiée sur Internet...

A propos de couverture, l'on pourra se reporter au livre de Pierre Martinet (Un agent sort de l'ombre) dans lequel l'ancien agent du Service Action de la DGSE explique, en termes généraux, la nécessité de recourir aux couvertures pour les agents clandestins agissant à l'étranger, ainsi que l'élaboration de légendes qui permettent à ces agents de s'inventer un passé afin de mieux se fondre dans leur nouvelle identité.

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10 mars 2006

L'exportation de la démocratie et ses limites

vote1L'une des raisons invoquées par les Etats-Unis pour justifier leur campagne militaire en Irak résidait dans la notion d'exportation de la démocratie. Argument imparable pour tout défenseur des libertés publiques, cette notion n'en pose pas moins de sérieux problèmes tant du point de vue théorique que du résultat in situ. A l'initiative du Centre d'Etudes et des Recherches Internationales, plusieurs gros calibres de la pensée géopolitique ont planché jeudi et vendredi à Paris sur le thème de l'éthique et des relations internationales (PDF - 48 Ko).
Fancis Fukuyama, auteur du retentissant essai La fin de l'histoire paru en 1992, fut l'un des plus ardents partisans du renversement de Saddam Hussein et de l'instauration d'un régime démocratique à Bagdad. Aussi son avis était-il attendu alors que la situation en Irak se dégrade dangereusement. Le professeur de l'université Johns Hopkins semble désormais beaucoup plus attentif aux conditions qui rendent possible, ou impossible, la transition vers un régime démocratique. Au nombre de ces conditions, il estime que le niveau de développement économique d'un pays doit être pris en considération avant tout projet visant à y instaurer la démocratie.
Pierre Rosanvallon, professeur de philosophie politique au Collège de France, a jugé cette vision insuffisante car, si elle s'interrogeait sur les conditions de réception d'un projet démocratique de tel ou tel pays, elle faisait l'impasse sur une définition rigoureuse de la notion de démocratie. Or, celle-ci a largement fluctué au cours de l'histoire : suffrage censitaire, suffrage universel accordé dans un premier temps aux seuls hommes, représentation parlementaire, niveau variable des libertés publiques et privées... Au vu de ces variables, quelle démocratie est-il possible d'instaurer en Irak ?
Le professeur de sciences politiques Ghassan Salame, qui manie avec bonheur humour et compétence, a fait part de sa propre expérience. Membre de la mission de l'ONU en Irak, il avait failli périr dans l'attentat du 19 août 2003 qui a détruit le siège des Nations Unies à Bagdad, et tué son représentant Sergio Vieira de Mello. En 1994, il avait publié un essai intitulé Démocraties sans démocrates dans lequel, avec une remarquable prescience, il s'interrogeait sur les différents préalables nécessaires aux transitions démocratique dans le monde arabe : économie, démographie... Douze ans plus tard, il déclare : "J'ai appris que le Département d'Etat vient d'acheter trente exemplaires de ce livre..." Ghassan Salame a également dit sa stupéfaction lorsqu'à l'occasion d'un entretien avec l'administrateur civil de  l'Irak Paul Bremmer, il évoqua la figure incontournable du très influent ayatollah chiite Ali Sistani...  Paul Bremer lui répondit : "Who's this man...?"

Le quotidien londonien The Independent revient, dans son édition de jeudi, sur le rôle joué par les partisans néoconservateurs de la guerre en Irak et leur prise de conscience tardive de l'échec irakien.

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08 mars 2006

Le déclin démographique de l'Europe

drapeau_europeenEurostat, l'office statistique de l'Union européenne, vient de publier une étude consacrée aux projections de population à long terme au niveau national à l'horizon 2051 (PDF - 562 Ko). Cette projection s'inscrit "dans une série de scénarios de mutations démographiques basées  sur des hypothèses de fécondité, de mortalité et de migration" et doit être pondérée à la lumière de variantes relatives à l'incertitude démographique.
Un constat : la population de l'Union européenne (456 815 000 habitants au 1er janvier 2004) devrait diminuer. Selon les hypothèses retenues, cette baisse pourrait intervenir en 2008 (variante migration zéro), en 2009 (variante basse), en 2011 (variante profil d'âge plus élevé), en 2025 (variante de base), ou en 2043 (variante à forte fécondité)...
Le vieux continent portera assez bien son nom : la part de personne âgées de plus 64 ans qui était de 25 % en 2004 devrait doubler d'ici 2051. La population "très âgée" (80 ans et plus) devrait presque tripler et passer de 18 millions en 2004 à 50 millions en 2051.
L'économie devrait être affectée par cette évolution : "la persistance d'un faible taux de fécondité est également à l'origine de la diminution attendue de la population en âge de travailler, ce qui n'est compensé que partiellement par les flux migratoires."
Le nombre croissant de décès (dû à une importante population âgée) devrait dépasser celui des naissances "de sorte qu'il n'y aura plus d'accroissement naturel de la population." Eurostat estime que "les migrations n'assureront pas à elles-seules la croissance de la population de l'UE."
Ces processus démographiques affecteront les 25 Etats membres dans des proportions et des délais variables : la France, l'Irlande, Chypre, le Luxembourg et la Suède auront un accroissement naturel bien plus élevé que les pays d'Europe de l'Est. Ainsi, selon la variante de base, la France devrait passer de 59 901 000 habitants au 1er janvier 2004 à 65 642 000 au 1er janvier 2051. Mais l'Italie devrait voir sa population décroître de 57 888 000 à 52 387 000, et l'Allemagne de 82 532 000 à 74 201 000 soit une diminution de plus de plus de huit millions d'habitants... Dans son ensemble, la population de l'UE devrait également diminuer en passant de 456 815 000 en 2004 à 448 174 000 en 2051.

L'Assemblée Nationale publie pour sa part un rapport d'information intitulé Les perspectives démographiques de la France et de l'Europe à l'horizon 2030 : analyse économique.

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06 mars 2006

L'expatriation française comme relais d'influence

fran_ais_de_l__trangerLa France compte 2 100 000 expatriés. Cette présence française qui se décline à l'échelle mondiale est peu médiatisée alors qu'elle s'inscrit naturellement dans une stratégie d'influence qu'il convient de connaître. Aussi, le Sénat a-t-il organisé le samedi 4 mars la 1ère Journée des Français de l'étranger afin de mettre en valeur cet inestimable relais d'influence.
Une première table ronde consacrée à la guerre des normes a permis au ministre de la justice, Pascal Clément, d'affirmer sa "profonde conviction que le droit est un des facteurs d l'influence de la France". Cette déclaration intervient après le lancement de la Fondation pour le droit continental dont l'un des objectifs sera "d'exercer une stratégie d’influence puissante et concertée envers les bailleurs de fonds internationaux." Le Garde des Sceaux a par ailleurs rappelé que la France avait créé plusieurs institutions visant à accroître la présence des normes juridiques françaises dans le monde (droit écrit de tradition germano-romanique) face à la common law anglo-saxonne : maison du droit franco-vietnamienne, maison du droit franco-chinoise, maison du droit franco-andine...
Florence Nicolas, directrice générale du groupe AFNOR, a souligné l'importance des normes industrielles (NF, ISO...)  dans le commerce international. La France détient 11 % des secrétariats de l'Organisation Internationale de Normalisation, et contribue largement aux procédures de certification normative.
Certains orateurs ont cependant averti que les positions françaises devaient être constamment défendues face à un environnement d'intense concurrence internationale. Quant aux normes comptables, c'est une action offensive qu'il faudrait mettre en oeuvre tant l'influence anglo-saxonne est hégémonique.
Une table ronde consacrée à l'offre éducative française à l'étranger, a fait le point sur notre réseau d'enseignement dans le monde : 429 établissements réputés pour leur excellence mais dont le coût  est particulièrement élevé. L'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) et la Mission laïque française, principaux acteurs de ce "produit haut de gamme, mais menacé" devront parvenir à un équilibre pour poursuivre leur mission.
De même, avec 1 081 alliances françaises, 197 centres et instituts culturels, 400 médiathèques, 322 films français exportés en 2005 et 7 000 livres traduits à l'étranger par an, l'offre culturelle française est particulièrement étoffée. De l'avis d'Olivier Poivre d'Arvor, directeur de l'Association française d'action artistique (AFAA), cette offre ne saurait faire oublier que la francophonie ne se porte pas si bien que cela...
Le débat de clôture a rendu hommage à "ces Français qui réussissent à l'étranger". Il devrait bientôt être disponible sur le site de la chaîne Public-Sénat.

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Le rôle des drones dans les armées

z_08_neuron_006h_002_6001Le drone est un véhicule aérien sans équipage embarqué, télécommandé ou autonome, et récupérable en fin de vol. Utilisé principalement à des fins de renseignement, il permet d'observer pendant des dizaines d'heures un théâtre d'opérations ou une zone sensible depuis une altitude pouvant atteindre 20 000 mètres. Il peut également jouer un rôle de relais de communication, remplir une mission de brouillage, illuminer une cible et, dans certains cas, délivrer une frappe sur cible.
Très utilisés par les armées israélienne et états-unienne, les drones font l'objet de constantes recherches et gagnent en miniaturisation, en portée et en endurance. Ils présentent une grande diversité et peuvent être classés en plusieurs catégories selon leur envergure, leur poids et le type de mission auxquelles ils répondent.

  • En phase de recherche, le micro-drone mesure moins de quinze centimètres, pèse moins de quinze grammes et pourrait être utilisé dans une situation de combat urbain.
  • Beaucoup plus répandu, le drone tactique présente une envergure de quelques mètres pour un poids supérieur au quintal. C'est un outil de reconnaissance d'un champs de bataille, de ciblage d'objectifs et de guerre électronique.
  • Le drone de longue endurance vise à remplir des missions de surveillance de longue portée. Son poids dépasse la tonne et son envergure dépasse les dix mètres.
  • Le drone armé, dérivé du précédent, a été utilisé par les Etats-Unis en Afghanistan (2002) et au Yémen (2003).
  • Le drone de combat est actuellement au stade de recherche.

La commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat vient de rendre public un rapport d'information intitulé Le rôle des drones dans les armées après avoir procédé à des auditions de responsables civils et militaires. Les membres de cette commission sont partis d'un constat : "On estime que, de 1991, lors de l'opération « Tempête du Désert » en Irak, à 2003, avec l'intervention anglo-américaine dans ce pays, la « boucle » de décision séparant l'observation des forces en présence sur le terrain de la riposte définie par l'autorité militaire s'est réduite de 48 heures à quelques minutes." La réduction de cette boucle OODA (Observation/Orientation/Décision/Action) doit beaucoup à l'apport des drones.
Ce rapport définit les besoins actuels : "Le renseignement d'intérêt militaire exige de pouvoir disposer rapidement, en continu, et souvent sous faible préavis, de renseignements sur l'ensemble d'une zone déterminée, besoin qui peut aussi s'exprimer en temps de paix." Il présente également la panoplie des drones en dotation dans l'armée française qui en utilise depuis les années 1990.
Par ailleurs, la France développe un drone de moyenne altitude et de longue endurance (MALE), et Dassault a présenté son projet NEURON lors du salon aéronautique du Bourget 2005.


Le rapport d'information du Sénat est disponible en format PDF (737 Ko)


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03 mars 2006

Géopolitique de la frustration sexuelle

expo0011Il manque 100 millions de femmes en Asie... L'Asie a trop de garçons ou, plus exactement, l'Asie souffre d'un déficit de filles. Depuis l'arrivée de l'échographie qui permet de connaître le sexe de l'enfant alors qu'il n'est encore qu'à l'état d'embryon, de nombreux parents ont décidé de pratiquer un avortement sélectif visant les foetus féminins. Les effets de cette pratique très répandue comment à se faire ressentir : la Chine (120 garçons pour 100 filles), Taiwan (119 garçons pour 100 filles), Singapour (118 garçons pour 100 filles), la Corée du Sud (112 garçons pour 100 filles) et l'Inde (120 garçons pour 100 filles) vont devoir très prochainement gérer les effets inédits et peu prévisibles d'un tel déséquilibre démographique qui risque de faire vaciller les fondements des sociétés humaines.
Jusqu'alors, une loi universelle régissait la répartition des naissances entre filles et garçons : 100 filles naissent pour 105 garçons. Cet écart prévalait il y a encore vingt ans avant que l'échographie ne se développe en Asie. Il y a une quinzaine d'années, le Prix Nobel d'économie indien Amartya Sen avait tiré la sonnette d'alarme et souligné les dangers que l'avortement sélectif faisait courir aux pays qui le pratiquent.
La première génération sélectionnée arrive aujourd'hui à maturité avec tous les défis liés à ce qu'un chercheur de la New School University in New York qualifie de géopolitique de la frustration sexuelle dans un article publié dans la revue Foreign Policy. "Nombre de ce trop plein de garçons restera pauvre et sans racines, un lumpenprolétariat qui n'aura même pas le réconfort de partenaires sexuels et la consolation d'une famille. La prostitution, le tourisme sexuel et l'homosexualité pourront soulager leurs besoins immédiats, mais les sociétés asiatiques peuvent déboucher sur des situations plus dramatiques. Les femmes courent désormais le risque de se faire enlever et d'être forcées non seulement à la prostitution mais également au mariage. En 1900-1991, la police chinoise a procédé à 65 236 arrestations liées à des enlèvements de femmes (...) En septembre 2002, un agriculteur de la région du Guangxi a été exécuté pour avoir enlevé et vendu plus de cent femmes pour un prix compris entre 120 et 360 $ par femme. La frustration sexuelle de masse s'ajoute à un ensemble de problèmes dans une région déjà destabilisée par une croissance économique démesurée, l'urbanisation, la drogue et la dégradation de l'environnement."
En Inde, de nombreuses familles privilégient les garçons (ils hériteront du patronyme et des biens) au détriment des filles qui ont un coût : éducation, constitution d'une dot qui profitera à la famille du futur mari... Un dicton, charmant et terrible à la fois, prétend que "élever une fille, c'est comme arroser le jardin du voisin..."

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01 mars 2006

Le pouvoir en voie de féminisation

modigliani_nu_assisL'année 2005 a-t-elle été l'année de la femme ? La réponse est positive si l'on en croit une étude réalisée par l'Union Interparlementaire, l'organisation internationale des Parlements dont l'objectif est d'oeuvrer à "la paix et la coopération entre les peuples et à l'affermissement de la démocratie représentative".
En 2005, un parlementaire élu sur cinq était une femme. Ce chiffre porte sur l'analyse de résultats provenant de 39 élections parlementaires s'étant déroulé dans le monde. Depuis dix ans, cette féminisation du pouvoir se confirme même s'il convient de la relativiser : en 1995, la proportion de femmes élues dans un parlement s'élevait à 11,3 %. Elle est passée à 15,7 % à la fin de l'année 2004, puis à 16,3 % à la fin 2005.
Dans neuf pays, plus de 30 % des candidats élus ou réélus à un mandat parlementaire sont des femmes. Les pays scandinaves, sans surprise, se hissent aux deuxième et troisième places : Suède (45,3 %) et Norvège (37,9 %). La première place revient... au Rwanda où 48,8 % des membres (sic) de la Chambre basse sont des femmes et 34,6 % au Sénat.
Andorre, le Burundi, la Nouvelle-Zélande et la Tanzanie ont également envoyé au moins 30 % de femmes dans leurs parlements respectifs.
La France se classe au 85ème rang avec 70 femmes élues à l'Assemblée Nationale, soit 12,2 % des 577 députés (élections de 2002), et 56 femmes élues au Sénat sur 331 sièges, soit 16,9 %. Comme le font remarquer nombre de politologues et de femmes, ce classement n'est guère flatteur pour notre pays qui s'emballe par ailleurs pour les embardées médiatiques de Ségolène Royal et bientôt de Françoise de Panafieu...
Le rapport souligne que certains pays qui élisent des femmes en nombre important depuis les années 1980 semblent avoir atteint un "plafond" en matière de représentation féminine. C'est le cas de Danemark et de la Norvège "où se pose maintenant la question de savoir comment dépasser ce cap."
De tels résultats posent la question des quotas : "Sur les 39 pays ayant tenu des élections en 2005 à une chambre basse ou unique du Parlement, 15 ont mis en place des mesures spéciales comme l'application volontaire de quotas". Ces quotas ont été imposés soit aux partis politiques (Argentine, Bolivie, Honduras, Burundi, Libéria...) soit en réservant des sièges aux femmes (Afghanistan, Tanzanie).
Les défenseurs de la parité y trouveront leur compte : "Dans les pays ayant introduit des quotas pour les élections de 2005, la moyenne de la représentation des femmes est proche du double de celle des pays qui n'ont pas recouru à ces mesures : 26,9 % contre 13,6 %."



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