Casus Belli

Géopolitique - Politique - Société

30 décembre 2005

La Voix de son Maître

kjiLes informations en provenance de Corée du Nord sont rares. Le gouvernement n'accorde des visas aux journalistes étrangers qu'au compte-gouttes, et encore le travail sur place est-il entravé par de nombreux tracas procéduriers et l'assurance d'être assisté par un guide officiel... Le Point a récemment publié un intéressant reportage à ce "Jurassic Marx"... (confiscation du téléphone portable, du passeport et du billet retour dès l'arrivée à l'aéroport de Pyongyang...)
Il existe un autre moyen de s'informer sur la République Populaire Démocratique de Corée : le journal télévisé de la Télévision Centrale de Corée... Un pur moment de bonheur (25'17'') : salut très révérencieux de la présentatrice, décor spartiate, reportages sur les maternités et les hôpitaux, images de cités radieuses où les voitures ne flambent pas, musées à la gloire des combattants de l'Armée populaire, files ininterrompues d'hommes et de femmes s'inclinant devant l'imposante statue du Grand Leader Kim Jong Il...
Le journal télévisé peut être visionné ici (ouverture automatique dans le lecteur Windows Media).
Billets consacrés à la Corée du Nord : Un anniversaire injustement passé sous silence, Les Japonais kidnappés par la Corée du Nord refont surface...

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25 décembre 2005

L'inévitable déclin démographique du Japon

2164636_gLe Japon est le pays du monde qui compte la plus forte proportion de personnes âgées (20 % de la population a plus de 65 ans) et la plus faible proportion de jeunes (14 % de la population a moins de 15 ans).  Son indice synthétique de fécondité (nombre d'enfants par femme) est l'un de plus bas du monde avec 1,3 enfant par femme. Sa population s'élèvait à 127,7 millions d'habitants à la mi 2005. Selon des projections effectuées par les démographes, elle ne sera plus que de 121,1 millions en 2025.
Pour la première fois de son histoire, 2005 marque un bouleversement démographique majeur : le Japon comptera donc moins d'habitants que par le passé. Il y a eu en effet plus de décès que de naissances en 2005 (+ 10 000). Selon une enquête du ministère japonais de la Santé, cette tendance doit être considérée comme un avertissement lancé à la société nippone. "La décroissance de la population est désormais en cours et le déclin continu des naissances provoqueront une inévitable dépopulation du Japon". Le rapport s'inquiète des conséquences économiques (croissance entravée par une moindre force de travail, fardeau pesant sur la population active dont les revenus baisseront en raison du financement des retraites...) et de l'impact sur la société (familles bouleversées par l'augmentation du nombre d'individus non mariés, baisse des projets d'avenir...).
Plusieurs causes peuvent expliquer cette dénatalité : les femmes se marient de plus en plus tard, elles refusent l'ancien modèle familial qui les cantonnait à la maison et privilégient leur carrière professionnelle, le coût d'une famille nombreuse est très élevé, les moyens de garde d'enfant sont insuffisants...
Ce papy boom a une conséquence inattendue : certaines entreprises recrutent prioritairement des personnes âgées. La Chambre de commerce et d'industrie de Paris rapporte le cas d'une société japonaise de maintenance (Mystar 60) qui n'embauche que des personnes de plus de soixante ans...


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23 décembre 2005

Retrait de Gaza : la gestion médiatique réussie de l'armée israélienne

mid_af_260905Le retrait israélien de la bande de Gaza au mois d'août 2005 a posé de nombreux problèmes au gouvernement d'Ariel Sharon : politiques, militaires mais aussi médiatiques. Comme le souligne une analyse du Jaffee Center for Strategic Studies de Tel Aviv, ce désengagement aurait pu être désastreux pour l'image d'Israël : scènes de batailles entre soldats et colons, bulldozers démolissant les maisons, images d'une société militariste, évacuation sous une pluie de mortiers palestiniens...
Aussi, afin déviter un fiasco médiatique, un plan média a-t-il été conduit sous l'autorité du général de brigade Eival Giladi et du porte-parole de l'armée israélienne Miri Regev. Leur choix, après approbation du cabinet du Premier ministre, s'est porté sur une politique d'ouverture en direction des médias. Il fut décidé de faciliter autant que possible la couverture médiatique grâce à un accord passé entre l'armée et les réprésentants de la presse. Plus de 2 000 journalistes, essentiellement étrangers, se trouvaient alors dans la bande de Gaza. Selon le correspondant de France 2 sur place, Charles Enderlin, "l'organisation a fonctionné comme jamais auparavant. Tout a été soigneusement préparé afin d'améliorer l'image d'Israël dans les médias internationaux, et ça a parfaitement marché".
L'on sait que l'armée israélienne aimé à évoquer les principes éthiques qui guident son action. D'autres armées font de même. En France, des journées sur l'éthique militaire ont récemment eu lieu à Saint-Cyr Coetquidan. Le grand public n'est pas oublié : le récent film de Gérard Pirès, Les chevaliers du ciel, illustre les avantages que l'institution militaire peut tirer d'une stratégie médiatique réussie.

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22 décembre 2005

"Quelque part entre le Liban et l'Argentine..."

france_drapeauLes émeutes du mois de novembre ont été très largement traitées par les médias internationaux, et provoqué une critique sans concession du modèle français d'intégration des populations d'origine immigrée. C'est désormais au tour des centres de réflexion, en particulier aux Etats-Unis, de s'emparer de la situation française avec un mordant tout aussi ravageur. A l'initiative du Hudson Institute, une rencontre intitulée "Emeutes françaises, Musulmans d'Europe" s'est déroulée le 19 décembre à Washington en présence d'un sociologue français, Xavier Guilhou, et de trois spécialistes états-uniens de l'Europe et de l'islam. Le Hudson Institute figure parmi les think tanks les plus en vue de la capitale fédérale et est très proche des milieux néoconservateurs, ce qui explique l'attention, disons... soutenue, qu'il accorde à la France. D'ailleurs, un spécialiste français des affaires militaires, Laurent Murawiek, est au nombre des analystes du Hudson Institute, après être passé par le ministère de la Défense.
Selon Xavier Guilhou, la France est aujourd'hui confrontée à une crise politique si grave qu'elle risque de se trouver bientôt "quelque part entre le Liban et l'Argentine..." Le marasme socio-économique et la crise d'identité sans précédent que traverse notre pays ne font qu'annoncer de terribles lendemains : "C'est la fin du système politique français qui a prévalu depuis l'arrivée de De Gaulle au pouvoir (...) Le système est en fin de course et je m'attends à une implosion générale qui mènerait à quelque chose entre la crise politique et l'effondrement économique qui ont frappé l'Argentine en 2001 avec le renversement du gouvernement, et la situation libanaise. L'on peut alors envisager l'émergence de réflexes populistes au sein des classes moyennes débouchant, comme d'habitude dans les cas de crise, sur l'arrivée d'un nouveau bonapartisme."
Devant ce sombre tableau, un diplomate de l'Ambassade de France qui assistait à ce débat a pris la parole pour évoquer les mesures prises par le gouvernement en faveur des banlieues défavorisées.

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19 décembre 2005

Manuel d'opérations psychologiques

armyseallowDans son magistral traité militaire écrit il y a plus de vingt-cinq siècles (L'art de la guerre), le général chinois Sun Tzu tenait la duperie pour un pilier essentiel de la bataille : "L'art de la guerre, c'est de soumettre l'ennemi sans combat". L'article 13 intitulé De la concorde et de la discorde préconise d'employer des artifices, les fausses démarches et les faux avis afin de démoraliser l'adversaire : "... bientôt vous verrez que chez les ennemis les soupçons ont pris la place de la confiance..."
La guerre psychologique serait donc née dans l'Empire du Milieu bien avant l'ère chrétienne mais elle fait encore aujourd'hui l'objet de nombreuses études et d'enseignements dans les académies militaires. Ainsi le Department of the Army nord-américain vient-il de publier un manuel d'opérations psychologiques (PSYOP) à l'usage des soldats : "Outil de référence indispensable [ce guide] contient des informations précieuses et détaillées (...) afin d'aider les officiers à élaborer et à mettre en oeuvre avec succès des opérations psychologiques".
Ce document de 80 pages présente les procédures susceptibles d'être conduites à l'étranger : choix des interprètes (doît être de langue maternelle), fiches d'évaluation de la zone à traîter (nombre d'habitants, hommes/femmes, favorables ou non aux Etats-Unis, composition ethnique et religieuse)...

Psychological Operations Leaders Planning Guide
: fichier PDF (295 Ko) à télécharger ici.
 

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16 décembre 2005

Le regard de Marjane Satrapi sur la France

0_1020_434883_00Marjane Satrapi est l'auteur iranien le plus lu au monde. Ses bandes dessinées sont une invitation à découvrir l'Iran à travers les yeux d'une jeune fille -elle-même...- noyée dans la ferveur de la révolution islamique de 1979 (Persepolis) ou d'une jeune femme disons... plus mûre... dont les conversations avec ses amies autour du samovar surprendraient plus d'un Occidental... (Broderies).
Dans le cadre des rencontres intitulées Le regard des autres organisées par la Bibliothèque Nationale de France et dont le principe consiste à inviter une personnalité étrangère à parler de la France, Marjane Satrapi a d'abord dit l'affection qu'elle avait pour notre pays. Elevée dans une famille bourgeoise et intellectuelle de Téhéran, elle eut la chance de fréquenter le lycée français de Téhéran ("le comble du chic...") puis le lycée de français de Vienne lorsque ses parents quittèrent l'Iran. Cet attachement à la France n'est cependant pas sans reproches : la lourdeur de l'administration, le vote négatif au référendum sur le traité constitutionnel européen ("J'étais en colère !!!"), la loi interdisant le port de signes religieux à l'école "alors que je suis contre l'obligation de porter le voile...".
Iranienne, polyglotte, mariée à un Suédois, vivant en France, Marjane Satrapi témoigne d'une identité plurielle qui lui valent quelques inimitiés. Invitée par des des "généraux américains opposés à la guerre en Irak" à prononcer une conférence devant l'Académie militaire de West Point, elle fut accusée (par qui ?) de livrer des renseignements aux Etats-Unis...
Les livres de Marjane Satrapi se sont déjà vendus à plus d'un million d'exemplaires dans le monde et ont été traduits en vingt langues.

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14 décembre 2005

L'armée bolivienne restera-t-elle dans ses casernes ?

escudo_ejercito1Longtemps connue pour son instabilité politique (160 coups d'Etat depuis son indépendance en 1825...), la Bolivie élira dimanche prochain son prochain président. Le candidat indigéniste Evo Morales semble en mesure d'accéder au pouvoir. Les sondages le donnent en effet favori, au grand dam des entrepreneurs boliviens et de l'ambassade des Etats-Unis à La Paz qui n'a jamais caché son aversion pour celui qui défend les cultivateurs de coca et affiche de solides convictions socialistes. En 2002, l'ambassadeur nord-américain avait provoqué un tollé en déclarant que les Etats-Unis ne pourraient tolérer l'arrivée d'Evo Morales au pouvoir...
L'armée bolivienne tolèrera-t-elle ce que les Etats-Unis ne pourraient accepter ? C'est sans doute pour envisager ce scénario qu'Evo Morales a récemment rencontré des officiers supérieurs du ministère de la Défense qui se sont engagés à le servir loyalement s'il était élu président de la République. Evo Morales s'est, quant à lui, prononcé pour le maintien du service militaire et a juré de défendre le drapeau bolivien, s'attirant ainsi de chaleureux applaudissements de la part des militaires qui assistaient à cette rencontre.
Il serait cependant imprudent de parler de lune de miel entre le bouillant candidat et la haute hiérarchie militaire. Il y a trois semaines, la presse se faisait en effet l'écho de la disparition de vingt-huit missiles anti-aériens HN-5 de fabrication chinoise en dotation dans l'armée bolivienne. Le Président de la République et le Commandant de l'armée affirmèrent que ces missiles avaient été détruits en raison de leur "obsolescence" et de leur "dangerosité". Evo Morales, ainsi que certains analystes militaires, estimaient que cette disparition était l'oeuvre des Etats-Unis qui, convaincus de son élection à la présidence, ne voulaient pas voir de telles armes tomber entre les mains d'un ami de Hugo Chavez et de Fidel Castro... Selon certaines sources, ces missiles auraient été démontés entre le 2 et le 4 octobre 2005 puis embarqués à bord d'un avion C-130 de l'armée nord-américaine pour une destination inconnue.
Il est à noter des que des diplomates français ont reçu au Quai d'Orsay, à la fin de mois de septembre dernier ,Evo Morales "dans le cadre des relations habituelles [que la France entretient] avec les forces politiques boliviennes."

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09 décembre 2005

Raymond Aron, 1905-1983

aron2005 marque le centième anniversaire de la naissance du philosophe et sociologue Raymond Aron. Plusieurs colloques ont évoqué la figure et l'oeuvre de Raymond Aron : Genèse et actualité d'une pensée organisée par l'Ecole Normale Supérieure avec une intervention de Pierre Hassner (philosophie des relations internationales) ; Raymond Aron et l'Histoire organisée par le Centre de recherches politiques Raymond Aron (EHESS) dont la conférence d'introduction, prononcée par Pierre Manent, portait sur la "grande cohérence" de l'oeuvre du philosophe. Ce colloque devrait faire d'une prochaine publication mais n'a malheureusement pas été enregistré. Il est, en revanche, possible d'écouter ou de visionner l'intégralité des conférences prononcées à l'Ecole Normale Supérieure.
Une bibliographie de Raymond Aron est disponible ici.
Les Editions Montparnasse commercialisent un double DVD des entretiens réalisés en 1981 par Dominique Wolton et Jean-Louis Missika et qui avaient donné lieu à un livre d'entretiens (Le spectateur engagé) dans lequel la pensée aronienne était probablement la plus abordable.
L'un des héritiers de cette pensée est sans conteste Jean-Claude Casanova, professeur à Sciences-Po et directeur de la revue Commentaire (fondée par Aron en 1978) : à la question de savoir si Raymond Aron n'était pas, en dépit de sa défense du libéralisme, un intellectuel de gauche, Casanova répond : "Aron etait trop intelligent pour être un intellectuel... et trop intelligent pour être de gauche..." Trop à droite pour la gauche et trop à gauche pour la droite... Libération avait bien résumé la situation en titrant, au lendemain de la mort du philosophe, "La France perd son prof"...


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07 décembre 2005

"La vie politique est très violente..."

mitterrandA l'initiative de l'Institut François Mitterrand, la Sorbonne accueillait mardi soir Jean-Pierre Chevènement pour une conférence consacrée aux relations qu'il entretint avec l'ancien président de la République. Plusieurs fois ministre, Jean-Pierre Chevènement fut également un compagnon d'armes de François Mitterrand, à partir de 1965, et lui permit lors du célèbre congrès d'Epinay en 1971 de s'emparer de la direction du parti socialiste.
Cependant l'exercice du pouvoir n'alla pas sans tensions : de désaccords en démissions, les relations entre les deux hommes furent assombries par le rythme de la politique, mais jamais leur affection réciproque ne fut mise à mal.
Evoquant le suicide de Pierre Bérégovoy en 1993, M. Chevènement déclara à deux reprises : "La vie politique est très violente...". Préoccupé par les "lynchages médiatiques", il s'interrogea sur la capacité des hommes politiques à répliquer aux campagnes de presse.
Puis, au bord des larmes, lorsqu'il évoqua sa dernière rencontre en novembre 1995 avec l'ancien président qui, épuisé, voulut tout de même le raccompagner. Pris d'un malaise, il s'effondra puis reprit ses esprits et serra la main... d'un garde du corps, confondant celui-ci avec Jean-Pierre Chevènement... "Ce fut bouleversant..."

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06 décembre 2005

Un président sous influence

bolivieL'élection présidentielle bolivienne qui se tiendra le 18 décembre prochain pourrait bien provoquer l'un de ces séismes auxquels l'Amérique latine est habituée : selon les derniers sondages, Evo Morales le candidat indigéniste soutenu par le président vénézuélien Hugo Chavez, possède un avantage de cinq points sur son adversaire le plus sérieux Jorge Quiroga.
Retour sur l'élection de 2002 : Arte a diffusé lundi soir un remarquable reportage consacré à Gonzalo Sanchez de Lozada, ancien président bolivien parvenu au pouvoir en juin 2002 grâce à un efficace plan de communication mis en oeuvre par un cabinet nord-américain : GCS (Greenberg, Carville, Shrum). M. Sanchez de Lozada souffrait d'une image passablement dégradée : arrogance, projets de privatisation du gaz, rapprochement avec le Chili (alors qu'un contentieux territorial envenime les relations entre les deux pays)... GCS, déjà à l'oeuvre dans l'entourage de Bill Clinton, eut donc la charge de restaurer cette image et imposa au candidat un programme qui ne laissait rien au hasard : couleur de la cravate, choix du vocabulaire, positionnement devant la caméra, lancement de rumeurs contre les adversaires, discours mensongers... Le reportage propose une plongée au sein du QG de Sanchez de Lozada où les ordres sont donnés en anglais et où les spin doctors imposent leur volonté au futur président...

Gonzalo Sanchez de Lozada sera élu président de la République bolivienne le 30 juin 2002.
Il démissionnera le 17 octobre 2003 à la suite de manifestations violemment réprimées.
Il vit désormais près de Washington...

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