31 octobre 2005
Les bonus d'Arrêt sur Images...
L'on ne saurait trop conseiller le visionnage intégral de l'émission "Arrêt sur Images" disponible pendant une semaine sur le site de l'émission. D'abord parce qu'elle est diffusée sans montage, soit une durée de près d'une heure et quinze minutes contre cinquante deux minutes lors de la diffusion hertzienne dominicale. Ensuite, et surtout, parce qu'une caméra continue à tourner après le générique de fin pendant deux à trois minutes. Ce bonus, par le ton moins convenu des animateurs et des invités (tutoiement, confessions, prises de bec...), résonne comme une catharsis : après la discipline de l'enregistrement, la parole se fait moins policée... Lors de l'émission consacrée à "De Gaulle, Mitterrand : grandeur et intimité", Daniel Schneidermann devise -hors diffusion- avec l'une de ses invités, Ariane Chemin (co-auteur d'Une famille au secret) lorsque cette dernière rapporte que l'une des filles du Président Jacques Chirac, Laurence, se rend régulièrement dans la résidence présidentielle de Souzy-la-Briche pour y pratiquer l'équitation grâce au savoir-faire de l'écuyer qui accompagnait déjà Mazarine Pingeot, la fille cachée du Président François Mitterrand... "Chirac reproduit le même système..." ajoute Ariane Chemin. "Pas tout à fait..." objecte Daniel Schneidermann.
Rappelons que le livre d'Ariane Chemin et de Géraldine Catalano relate le secret qui entourait la seconde famille longtemps secrète de François Mitterrand, "l'un des aspects les plus méconnus de l'ère Mitterrand"...
28 octobre 2005
Une triple frontière sous surveillance
La triple frontière qui sépare le Paraguay, l'Argentine et le Brésil fait l'objet depuis plusieurs années d'informations contrastées : elle serait un sanctuaire d'activités commerciales douteuses en relation avec des entreprises terroristes... Il est vrai qu'une importante communauté syro-libanaise s'y est établie depuis une quarantaine d'années (des chrétiens et des musulmans...) et que son sens des affaires en a fait une très dynamique plateforme de négoces en tous genres. Cette présence arabe comprend près 25 000 personnes (soit 5 % des 470 000 habitants de la zone) et contribue à l'émergence d'une économie-monde depuis que des Chinois (5 000 personnes) et des Indiens s'y sont également installés. Il est de notoriété publique que le sens des affaires et le respect de la loi n'y font toujours bon ménage... blanchiment d'argent, trafic de drogue, contrebande, fraude aux documents...
La BBC (version espagnole) consacre un très intéressant dossier à ce coin arabe en Amérique latine. Selon le témoignage d'un procureur paraguayen, aucune preuve de financement de mouvements intégristes ou terroristes n'a pu être apportée. Cette déclaration contredit les affirmations du Département d'Etat nord américain et celles de la CIA. A l'occasion d'un voyage qu'il vient d'effectuer au Paraguay, Robert Mueller, le directeur du FBI, a réitéré ses inquiétudes à propos de réseaux qui "financent des activités terroristes en plusieurs endroits du monde". Ce voyage a été l'occasion pour le FBI d'annoncer l'ouverture d'un bureau à Asuncion en 2007 afin d'y surveiller les "cellules dormantes" liées aux groupes islamistes radicaux...
27 octobre 2005
Migrations et fuite des cerveaux
La Banque mondiale
vient de publier un rapport consacré à la fuite des cerveaux provoquée
par les flux migratoires. 80 % des Jamaïcains et Haïtiens qui
détiennent un diplôme universitaire vivent hors de leur pays. Ce taux
s'élève à 50 % dans certains pays d'Amérique centrale. Ce sont les pays
en voie de développement, en particulier ceux de taille modeste, qui
sont le plus touchés par cette fuite massive de cerveaux.
L'émigration est en effet souvent perçue par les populations pauvres
comme le seul moyen d'échapper à la misère. Elle contribue, par les
envois de fonds dans les pays d'origine, à améliorer le sort de
nombreuses familles qui reçoivent cet argent. Mais elle provoque
également une saignée du seul capital dont disposent ces pays.
Cette émigration de matière grise choisit de s'installer aux Etats-Unis, dans l'Union européenne, en Australie et au Canada.
Une présentation en français de ce rapport est disponible ici, ainsi que le rapport en anglais en format PDF (2,42 Mo).
Le Département de l'information des Nations-Unies avait également consacré en juillet 2003 un dossier à cette question.
26 octobre 2005
Seulement (!) 2 000 morts ?
La presse française (L'Express...) et étrangère (The New York Times, Agence Xinhua,
...) consacre de nombreux d'articles au franchissement du seuil des 2
000 morts parmi les soldats nord-américains engagés dans la guerre en
Irak. D'aucuns estiment que ce seuil psychologique conjugué à
l'impopularité du président George W. Bush pourrait entraîner un
infléchissement de la présence des troupes états-uniennes face à une
opinion publique sceptique quant à l'avenir de l'Irak.
En réalité, ce chiffre de 2 000 morts est sous-estimé. Peut-être même l'est-il doublement...
A l'occasion de la présentation de son dernier ouvrage Quand l'Amérique refait le monde, le professeur Ghassan Salamé
affirmait que ces statistiques ne prenaient en considération que les
membres officiels de l'armée et passaient sous silence les nombreux
mercenaires qui occupent de nombreuses fonctions de protection de sites
ou de personnalités. La mort des membres de sociétés militaires privées n'est
pas recensée. Selon certaines sources, des milliers de mercenaires
seraient présents en Irak. De nationalités diverses, ils percevraient
des salaires allant de de 7 000 à 15 000 euros. Nous avions évoqué, au
mois d'août 2005, le cas de soldats colombiens recrutés par la société Iraqi Job Center.
Par
ailleurs, Ghassan Salamé décrivait également la situation de soldats
étrangers servant dans les rangs de l'armée états-unienne. Il s'agit
souvent d'immigrés latino-américains qui, dans l'espoir de devenir
citoyens des Etats-Unis, acceptent de s'engager dans l'US Army
et de partir en Irak, car les volontaires nationaux se font de plus en
plus rares. Lorsque ces soldats étrangers sont tués, leur disparition
n'apparaît pas dans les statistiques.
Un site recense le nombre et l'identité des soldats morts en Irak et parvient au nombre de 2 119 au 22 octobre 2005.
Par ailleurs, une autre site
estime que près de 30 000 civils (estimation haute) ont été tués par la
coalition menée par les Etats-Unis depuis le 23 mars 2003. Une présentation en français est disponible.
Enfin,
quelques 5 000 membres de l'armée américaine sont actuellement
considérés comme déserteurs. Amnesty International relate le cas du sergent Camilo Mejia Castillo, condamné à un an de prison pour désertion.
25 octobre 2005
L'image dégradée des Etats-Unis
Alors que les sondages de popularité du président George W. Bush sont au plus bas, la diplomatie nord-américaine s'inquiète de la dégradation de l'image des Etats-Unis dans le monde. Selon un rapport diffusé par le Comité consultatif de la diplomatie culturelle du Département d'Etat, la guerre en Irak et les mauvais traitements infligés aux prisonniers irakiens par les soldats états-uniens ont sérieusement altéré leur image : "L'érosion de notre crédibilité au sein de la communauté internationale doit être inversée si nous voulons utiliser autre chose que notre puissance militaire et économique pour modeler l'opinion mondiale".
Ce rapport s'inscrit dans une logique majeure des Etats-Unis : gagner les coeurs et les esprits... Lors d'un colloque organisé par le CERI le 3 juin 2004 (Conquérir les esprits et les coeurs : la diplomatie culturelle américaine de la Première guerre mondiale à la guerre contre le terrorisme) des universitaires et des diplomates rappelaient que dès 1953, une stratégie d'influence était menée par la United States Information Agency grâce à quatre canaux : éducation, information, analyses, arts. Il s'agissait alors de combattre idéologiquement l'ennemi communiste qui jouissait en Europe d'une aura particulièrement vive dans ces milieux. Le professeur de relations internationales Pierre Hassner précisa lors de ce colloque qu'il avait bénéficié d'une bourse octroyée par une fondation nord-américaine qui lui permit de poursuivre ses études aux Etats-Unis. Selon certains intervenants, d'autres jeunes et prometteurs étudiants avaient eu droit aux mêmes égards : Raymond Aron, Alain Touraine...
Jusqu'en 1991, cette stratégie se déployait dans le climat de guerre froide qui opposait deux Etats (Union soviétique et Etats-Unis) mais aussi deux idéologies. Aujourd'hui, cette stratégie prend place dans une configuration inédite : la guerre contre le terrorisme. L'on y retrouve cependant les mêmes acteurs : la radio Voice of America, le German Marshall Fund qui co-organise de nombreuses conférences au CERI et à la Fondation pour l'innovation politique... Désormais des sites internet à destination des pays arabes concourent au renouvellement de cette diplomatie publique.
Le rapport "La diplomatie culturelle : le pilier de la diplomatie publique", peut être consulté en version HTML (ici) ou PDF (ici) (594 Ko).
L'on pourra également consulter les livres que le professeur de relations internationales Joseph Nye a consacrés aux stratégies d'influence qu'il nomme soft power :
- Soft power, the means to success in world politics
- Bound to lead, the changing nature of american power
19 octobre 2005
Attraction faciale

Nos attitudes d'attraction ou de répulsion envers les personnes que nous rencontrons sont largement influencées par leurs caractéristiques faciales. La symétrie du visage, l'écart entre les yeux, la prévalence masculine ou féminine sont autant d'éléments susceptibles de provoquer, ou non, de la sympathie.
Deux psychologues écossais, Ben Jones et Lisa DeBruine, ont rassemblé les résultats de leurs expériences sur le site Face Research et proposent une multitude de tests d'attraction faciale : préférence pour certains visages, similitudes de visages, attirance à des âges différents, visages symathiques... Ces expériences sont faciles à réaliser et permettent de situer ses propres réponses par rapport à l'ensemble des personnes y ayant participé.
Ce site est décliné en anglais, français, allemand, bulgare et roumain.
18 octobre 2005
Les ambitions nucléaires du Vénézuela
Alors que le président vénézuélien Hugo Chavez s'apprête à effectuer une visite officielle à Paris (la deuxième de l'année, après celle du mois de mars), un fonctionnaire de l'administration Bush en charge des affaires latino-américaines a fait part de l'inquiétude des Etats-Unis de voir le Vénézuela se procurer de la technologie nucléaire. Selon ce témoignage publié par le Washington Times, quotidien proche des milieux républicains, cette acquisition ne serait que le premier pas vers la constitution d'un arsenal nucléaire vénézuelien. Une première en Amérique latine...
Selon des sources diplomatiques argentines, le Vénézuela aurait cherché à se procurer un réacteur nucléaire à des fins pacifiques auprès de deux pays d'Amérique du Sud : l'Argentine et le Brésil. Ce réacteur servirait à améliorer l'exploitation pétrolière dont le Vénézuela est le cinquième producteur mondial. De fait, Hugo Chavez a récemment déclaré qu'il était prêt à envisager une coopération avec plusieurs pays. Pour les Etats-Unis, l'Iran figure au nombre de ces pays. Il est vrai que lors de sa visite à Téhéran l'an dernier, le président vénézuelien a apporté son soutien au régime iranien désireux de développer des activités nucléaires. "Il y a beaucoup d'allées et venues" entre les deux pays explique, sous le couvert de l'anonymat, le fonctionnaire nord-américain.
Il convient de placer ces déclarations dans le contexte de tensions qui prévalent entre Washington et Caracas depuis plusieurs mois : accusations mutuelles de destabilisation, guerre d'influence, guerre des ondes...
Le continent latino-américain semblait à l'abri de la prolifération nucléaire. En réalité, le Brésil s'était livré à des activités de recherche dans le domaine nucléaire il y a une trentaine d'années. En 1985, lorsque le pays recouvra ses institutions démocratiques, il fut proclamé que le Brésil mettait un terme au nucléaire militaire. En réalité, le pays diversifie ses sources énergétiques, trop dépendantes de l'hydroélectricité, et envisage la construction d'une troisième centrale nucléaire.
Le Brésil est membre de l'Agence internationale de l'énergie atomique et signataire du Traité de non prolifératon nucléaire. Or, il semble que les militaires brésiliens (en particulier la Marine) ont, eux aussi, poursuivi leurs recherches...
17 octobre 2005
Les services secrets britanniques sur internet
Les
services de renseignements ont-ils vocation à passer de l'ombre à la
lumière ? En France, ce n'est pas le cas et la discrétion est de
rigueur : le Ministère de la Défense reste évasif sur le sujet... Autre monde, autres moeurs, le Royaume Uni vient de procéder à l'ouverture d'un site consacré au Secret Intelligence Service de Sa Majesté plus connu sous le sigle de MI 6. Doté d'une page de présentation en français approximatif,
le site ne dévoile bien évidemment aucune opération en cours, ne
fournit aucune information susceptible de porter atteinte aux intérêts
du royaume et ne cite qu'un seul nom : celui de John Scarlett, chef du
SIS. Rien à voir avec la longue liste d'agents britanniques diffusée
sur internet par un activiste new-yorkais que nous avions évoquée dans
un précédent billet... L'on apprendra cependant que "le
SIS recueille des renseignements secrets et mène des opérations
secrètes outre-mer (...) afin de soutenir les objectifs du Gouvernement
Britannique".
Une rubrique "Carrière" dresse un
panorama des qualités requises pour les futurs impétrants : être tourné
vers l'international, savoir s'adapter, être ingénieux, faire
preuve de souplesse... Un glossaire, un rappel historique du SIS et
quelques liens très institutionnels sont également disponibles.
Dans le même temps, le Premier ministre australien John Howard annonçait le doublement du personnel de l'Australian Security Intelligence Organisation...
L'on pourra, par curiosité, consulter les sites officiels des services de renseignements suivants : FSB russe, SCRS canadien, CIA états-unienne, CNI espagnol, Mossad israélien, MIT turc...
Pour aller au-delà des présentations convenues des sites officiels, l'on se reportera à l'Encyclopédie du renseignement et des services secrets de Jacques Baud, publiée aux éditions Lavauzelle.
13 octobre 2005
Quand la France attire les élites
Comme tous les pays qui ont la prétention de peser sur la marche du monde, la France cherche à projeter son influence au-delà du territoire national à travers un puissant et ancien réseau d'institutions culturelles : 800 Alliances Françaises réparties dans 131 pays, près de 400 Lycées français, plus de 200 centres culturels, 43 instituts culturels, sans compter le réseau diplomatique et consulaire qui est le plus important du monde après celui des Etats-Unis. Afin de soutenir cet effort, le ministère des Affaires étrangères a décidé de lancer en janvier 1999 le programme de bourses d'excellence Eiffel destinées à "attirer l'élite des étudiants étrangers (...) et à former en France les futurs décideurs du secteur privé et de l'administration des pays émergents". Les candidatures des étudiants d'Asie, d'Amérique latine, des nouveaux Etats membre de l'UE, de Russie sont encouragées. Ainsi que celles des pays industrialisés...
Trois domaines d'éligibilité sont proposés : sciences, économie, sciences politiques.
2005 a vu la naissance d'un nouveau programme Eiffel Doctorat qui octroie aux étudiants sélectionnés une bourse de 1 400 € par mois ainsi que la prise en charge de certaines prestations (voyage aller-retour, couverture sociale, activités culturelles...). Cette année, 329 candidatures ont été déposées, 80 ont été retenues. En tête des nationalités l'on trouve la Chine et la Roumanie (10 boursiers), puis le Brésil, la Pologne, la Russie, la Tunisie, l'Italie, l'Argentine...
Cette initiative prend sa place dans une compétition acharnée autour de l'enseignement supérieur et du jeu d'influence que se livrent les pays riches pour former les futures élites dirigeantes. Selon l'OCDE, un nombre croissant d'étudiants choisissent de parfaire leur formation à l'étranger. Dans cette chasse à la matière grise, les Etats-Unis détiennent 28 % de parts de marché, le Royaume Uni 12 %, l'Allemagne 11 %, la France 10 %, l'Australie 9 %, le Japon 4 %...
La Sorbonne a ainsi annoncé le mois dernier l'ouverture en 2006 d'une Sorbonne à Abou Dhabi qui dispensera un enseignement laïc et en français à 600 élèves au sein de salles de cours mixtes. Par ailleurs, une Ecole d'économie de Paris capable de rivaliser avec les meilleures devrait voir le jour à Paris sous la direction du brillant économiste Thomas Piketty.
Trois leçons sur la société post-industrielle
La France, l'Europe, le monde connaissent un bouleversement considérable des règles économiques qui prévalaient jusqu'aux 1970. Comment saisir les enjeux politiques induits par cette profonde mutation ? La République des Idées a convié l'économiste Daniel Cohen à prononcer trois conférences consacrées aux sociétés post-industrielles la semaine dernière au Collège de France. Devant un amphitéâtre copieusement garni, Daniel Cohen a articulé sa présentation autour de trois thèmes :
1 - Les transformations du capitalisme : en Occident, la part de l'emploi industriel devient marginale (10 % aux Etats-Unis). Le monde connaît sa troisième révolution industrielle (société de services produisant des biens immatériels). Celle-ci entraîne une rupture sociale, culturelle et financière au sein même du monde occidental.
2 - Repenser la mondialisation : les pays riches s'adonnent désormais prioritairement aux activités de conception et de prescription, laissant l'activité de production aux pays en voie de développement. La conception désigne l'invention d'un produit, la prescription désigne la publicité. Or ces deux activités permettent de fantastiques économies d'échelle : concevoir et prescrire un modèle d'ordinateur revient au même que l'on en vende un ou mille. Le coût de la première unité est important mais il est ensuite vite amorti par les ventes. Alors que les pays pauvres qui fabriquent l'ordinateur ne peuvent réaliser ces mêmes économies d'échelle : il faut X matière première pour fabriquer une unité, XX matières pour en fabriquer deux, XXX matières pour en fabriquer trois, et ainsi de suite... Cette répartition des tâches se fait toujours au détriment des pays pauvres.
3 - Le déclin de l'Europe ? L'Europe est mal engagée dans la production mondiale de savoirs. Faute d'accords entre les industriels européens et les universités, ces dernières ne disposent pas de moyens financiers suffisants pour soutenir la comparaison avec les campus nord-américains. D'une certaine façon, l'Europe reste entre deux mondes : le monde industriel et le monde de la haute technologie.
Ces thèses sont critiquables (elles l'ont d'ailleurs été par l'historien Pierre Rosanvallon et l'ancien Commissaire européen Mario Monti).
Lectures :
- Richesse du monde, pauvreté des nations de Daniel Cohen, Flammarion
- La mondialisation et ses ennemis de Daniel Cohen, Grasset