29 septembre 2005
La pénétration chinoise en Amérique latine préoccupe les Etats-Unis
Le sujet occupe une place de plus en plus importante dans la presse nord-américaine et donne lieu à des débats au sein des centres de réflexion : la pénétration chinoise en Amérique latine est en train de devenir un sujet de préoccupation pour la diplomatie états-unienne au point que le secrétaire adjoint du Département d'Etat chargé de l'Amérique latine, Charles S. Shapiro, a récemment évoqué les conséquences diplomatiques, politiques et économiques de la présence chinoise dans la région.
Du 11 au 23 novembre 2004, le président chinois Hu Jintao s'est en effet rendu dans quatre pays latino-américains (Brésil, Argentine, Chili, Cuba) pour y signer des accords économiques permettant à la Chine de s'approvisionner en matières premières (pétrole, minerai de fer, cuivre, soja...) et y exporter ses produits manufacturés. A la tête d'une délégaton de plusieurs ministres et de 150 hommes d'affaires, Hu Jintao a annoncé que son pays investirait dans la région à hauteur de 100 milliards $ sur dix ans. Il a également signé avec le Brésil une lettre d'intention prévoyant le lancement d'un satellite d'observation terrestre en 2006.
L'intérêt que Pékin porte à l'Amérique latine est avant tout économique et énergétique. En première analyse, il semble rejoindre l'objectif politique du président vénézuelien Hugo Chavez et du dirigeant cubain Fidel Castro qui sont à la recherche d'alliés dans leur lutte anti-impérialiste contre Washington. En réalité, il est hautement improbable que les Chinois ne se laissent embarquer dans une tension avec les Etats-Unis. Malgré les excellentes relations qui prévalent entre La Havane et Pékin, Hu Jintao est plus soucieux de ses approvisionnements énergétiques que d'appuyer la révolucion...
Une balle espionne
La société d'armement israélienne ODF Optronics annonce le lancement d'une balle espionne equipée d'une caméra capable de transmettre image et son depuis un environnement hostile. De la taille d'une balle de cricket, elle peut être lancée en zone ennemie et permet de fournir des renseignements en temps réel via une communication sans fil vers un écran de visualisation. Un camouflage peut lui être appliqué afin de la rendre particulièrement discrète.
Les applications de la Eye Ball R 1 ne sont pas exclusivement réservées au domaine militaire et peuvent être déclinées au profit des équipes de secours dans les cas d'effondrement d'immeuble ou de tremblement de terre. La caméra embarquée fonctionne de jour comme de nuit. Selon le Jérusalem Post, ODF Optronics serait en négociation avec différentes armées : Israël, France, Etats-Unis, Singapour... Un ensemble de deux Eye Ball R 1 ainsi qu'une balle d'entraînement et différents accessoires est proposé aux environs de 6 000 $.
28 septembre 2005
Les 5 intellectuels les plus influents
La revue intellectuelle britannique Prospect fête ce mois-ci le dixième anniversaire de sa création en proposant à ses lecteurs de désigner les cinq intellectuels les plus influents parmi une liste de cent personnalités internationales. Comme toute sélection, celle-ci est contestable : la majorité des noms proposés sont de culture anglo-saxonne (il est vrai que ce sondage est parrainé par Foreign Policy, revue nord américaine proche des milieux démocrates...) ou bien issus d'autres cultures mais vivant aux Etats-Unis. Comme le souligne l'éditorial, cette prévalence anglo-américaine accentue un peu plus la quasi disparition de Paris comme capitale intellectuelle mondiale. La liste réserve en effet une part très modeste aux penseurs français : Jean Baudrillard, Alain Finkielkraut, Gilles Kepel, Julia Kristeva.
L'on y trouve également les noms de l'écrivain péruvien Mario Vargas LLosa, de l'ancien président brésilien Fernando Henrique Cardoso, du dramaturge tchèque Vaclav Havel ou du penseur musulman Tariq Ramadan. De façon prévisible, l'establishment états-unien y est fort bien représenté : Paul Wolfowitz président de la Banque mondiale, le politologue Francis Fukuyama, le théoricien du choc des civilisations Samuel Huntington, l'économiste Paul Krugman...
27 septembre 2005
Le Dessous des cartes fête ses 15 ans
On ne soulignera jamais assez la très grande qualité du Dessous des cartes, l'émission conçue et présentée par Jean-Christophe Victor tous les mercredi soir sur Arte. Clarté du propos, excellence de la cartographie, simplicité de la présentation... ce programme fait honneur à un service public qui flirte par ailleurs de plus en plus souvent avec la médiocrité des chaînes commerciales. Rappelons brièvement les trois principes sur lesquels repose l'émission :
- l'utilisation de la carte géographique afin de localiser les évènements,
- le rappel de la dimension historique afin de contextualiser un évènement,
- la mise en perspective (durée...) qui permet de saisir la dynamique historique
Pour fêter ce quinzième anniversaire, le Dessous des cartes proposera à partir du 18 octobre une exposition "Itinéraires géopolitiques" qui se tiendra d'abord au Palais de la Découverte puis dans certaines FNAC.
Un atlas du Dessous des cartes est également mis en vente depuis le 2 septembre au prix de 29 € (co-édition Arte Editions/Taillandier).
Enfin, il est possible de se procurer des DVD thématiques de l'émission (Géopolitique et religions, Europe, Etats-Unis...).
21 septembre 2005
Nous autres, modernes
Un réveil en fanfare ce matin sur France Culture. Nicolas Demorand y recevait Alain Finkielkraut à l'occasion de la sortie de son dernier essai Nous autres, modernes. Ce recueil de cours de philosophie dispensés à l'Ecole Polytechnique est une interrogation inquiète et scrupuleuse de la notion de modernité et du rapport que celle-ci entretient avec le passé.
Inlassable critique de L'ingratitude de l'homme contemporain qui se veut délivré du passé, Alain Finkielkraut porte un regard incisif sur les idoles du monde moderne : cosmopolitisme, justice internationale, art contemporain, sociologie à la Pierre Bourdieu... Pour cela, il paie depuis plusieurs années déjà le prix fort. Au mieux il est ringard, au pire il est traité de nouveau réactionnaire (en bonne compagnie du reste avec Marcel Gauchet, Régis Debray, Pierre-André Taguieff...). Le moindre de ses commentaires fait désormais l'objet d'une implacable loi des suspects. Etonnant symptôme d'une société qui se répand en discours sur la tolérance et qui peine à accepter l'opinion dissidente.
L'émission peut être écoutée ici.
Alain Finkielkraut anime par ailleurs tous les samedi matin (9h07) Répliques.
20 septembre 2005
Un nouvel émissaire français à la recherche d'Ingrid Betancourt
Selon une dépêche de l'Agence France Presse diffusée par le quotidien El Nuevo Herald, un émissaire du président Jacques Chirac aurait rencontré le porte-parole des FARC qui détiennent Ingrid Betancourt
depuis le 23 février 2002. Cette rencontre, qui a eu lieu il y a deux
semaines dans le Sud de la Colombie, avait pour objet de négocier la
libération de la sénatrice franco-colombienne.
Carlos Lozano, directeur de l'hebdomadaire Voz,
estime que cette nouvelle rencontre entre un émissaire français et les
Forces Armées révolutionnaires de Colombie marque un progrès dans les
efforts que déploie la France pour libérer Ingrid Betancourt. "Je
crois que cette rencontre est un pas dans la bonne direction. Je ne
pense pas que les Français perdent leur temps, et les FARC
n'exposeraient pas Raul Reyes [le porte-parole des FARC] à la possibilité d'une action militaire contre lui. Il y a quelque chose qui se mijote".
Comme
le rappelle Carlos Lozano, il ne s'agit pas là du premier contact entre
le gouvernement français et la guérilla colombienne. En juillet 2003,
un avion militaire Hercules C-130, avec à son bord des diplomates et
des agents de la DGSE, avait été dépêché à Manaus (Brésil) pour ramener
Ingrid Betancourt en France. Mais l'opération, qui avait été réalisée
sans consultation préalable des autorités brésiliennes, avait été en
échec. Des thèses variées et parfois fantaisistes avaient circulé quant
à l'explication de cet revers. Plus récemment, au mois de juillet 2005,
un représentant du gouvernement français avait déjà évoqué avec Raul
Reyes les conditions de la libération d'Ingrid Betancourt.
19 septembre 2005
Religions et croissance économique
La Documentation française est une considérable source d'informations : centre de documentation, librairie, rapports, revues de qualité... Au nombre de ces revues, l'on compte Problèmes économiques qui consacre sa dernière livraison au rapport qui existe entre religions et croissance. Dans la lignée de l'oeuvre majeure de Max Weber, L'ethique protestante et l'esprit du capitalisme,
les auteurs se demandent s'il est juste de faire un lien entre le
christianisme vigoureux qui prévaut aux Etats-Unis et le dynamisme de
son économie. Par un jeu de miroir, ils s'interrogent sur la
déchristianisation de l'Europe et son déclin (réel ou supposé...).
Dans un article intitulé "Confucius et Bouddha : sources du développement asiatique",
Gérard Donnadieu rappelle la formidable croissance qu'ont connue les
pays d'extrême-Orient qui ont en commun un héritage confuceo-bouddhiste
(Hong Kong, Singapour, Taïwan, Corée du Sud...). Ce substrat spirituel
aurait créé les conditions de l'exceptionnel développement économique
de ces pays.
Mahmoud Abdel Wahab, quant à lui, s'intéresse à
l'essor des banques islamistes nées dans les années 1970 à la suite du
réveil de la conscience religieuse musulmane lassée de l'échec des
politiques de développement préconisées par les institutions
internationales.
Problèmes économiques n° 2882, La Documentation française. 4,5 €.
16 septembre 2005
Guerre d'influence entre Washington et Caracas
Le président vénézuélien Hugo Chavez possède au moins une qualité : celle de tirer profit de la hausse du prix du pétrole. A la tête du septième pays producteur, Hugo Chavez dispose désormais de ressources considérables pour financer son programme social et peut se permettre de narguer le président G.W. Bush (un cowboy en vacances...) en proposant de subvenir aux besoins énergétiques de la Nouvelle-Orléans... Il suffit de voir sa mine réjouie et l'assurance de ses déclarations pour constater qu'il tient décidément tête aux Etats-Unis et qu'il est déterminé à mener une bataille d'homme à homme avec le locataire de la Maison Blanche. L'on sait que les relations entre les Etats-Unis et le Vénézuela sont particulièrement tendues et que Washington a entrepris depuis plusieurs mois de destabiliser le régime bolivarien du président Chavez. Cela va du soutien au coup d'Etat qui a écarté Hugo Chavez du pouvoir pendant deux jours (avril 2002) à l'aide financière apportée à l'opposition vénézuelienne.
Le quotidien Miami Herald, très lu par la population hispanique de Floride, rapporte que le National Endowment for Democracy, une organisation proche du Département d'Etat fondée en 1983 qui vise à "renforcer les institutions démocratiques dans le monde", vient d'approuver une subvention de 107 200 $ au groupe d'opposition Sumate. En réalité, il ne s'agit pas là du premier versement apporté par le NED à l'opposition. Selon la journaliste Eva Golinger, l'aide totale apportée par diverses agences nord-amércaines (NED, USAID) s'élève à environ à 6 millions $ pour l'année en cours. Il convient de considérer avec circonspection ces chiffres car l'un comme l'autre camps sont des adeptes de la guerre de l'information.
Il n'en reste pas moins que le Vénézuela constitue un laboratoire de première importance pour qui s'intéresse aux projets d'influence de la puissance états-unienne sur le reste du monde. Car si le Vénézuela de Hugo Chavez peut ressembler, pour certains, à une exotique république bananière, l'action du National Endowment for Democracy ne se limite pas au bassin carribéen. Son champ d'action est mondial. En France, l'organisation Reporters sans frontières reçoit également des fonds du NED comme l'a récemment reconnu son président Robert Ménard lors d'un forum de discussion du Nouvel Observateur.
14 septembre 2005
Diplomatie parallèle
La 19ème rencontre pour la paix organisée à Lyon par la communauté Sant'Egidio vient de prendre fin au terme de trois jours de débats consacrés au dialogue interreligieux après le 11 septembre, aux relations entre Occident et Orient, à l'Afrique, aux leçons de Hiroshima... De nombreux hommes de foi appartenant aux différentes familles spirituelles ainsi que des intellectuels ont livré leurs visions d'un avenir sérieusement menacé par le repli communautaire et un lourd climat de défiance.
En marge de ces conférences, de discrètes rencontres se produisent entre acteurs politiques et religieux, à l'image des négociations menées mezza-voce qui avaient permis de mettre un terme à la guerre civile qui déchirait le Mozambique et qui avait provoqué la mort de plus d'un million de personnes. La signature d'un accord de paix le 4 octobre 1992 entre le gouvernement mozambicain et la guérilla qui le combattait avait marqué l'irruption de Sant'Egidio sur la scène internationale.
Jusque cette date, Sant'Egidio ne faisait pas l'objet d'une grande couverture médiatique. Créée en février 1968 par un étudiant romain, Andrea Riccardi, la communauté consacra ses premières années à assurer une présence dans les quartiers défavorisés de la capitale italienne auprès des plus pauvres. Plus généralement, ses membres se demandaient : que veut dire être chrétien dans la vie de la cité ?
Bien des années plus tard, les observateurs du système international s'intéresseront à Sant'Egidio qui se propose d'intervenir en tant que médiateur dans les conflits qui ensanglantent le Kosovo, la Bosnie, le Guatemala, l'Irak, l'Irlande du Nord, l'Algérie... Cette diplomatie parallèle nourrit des espoirs mais aussi des questions. Lorsqu'en 1994, au plus fort de la guerre civile en Algérie, elle invita à Rome des représentants du gouvernement algérien et l'ensemble de l'opposition, dont le Front islamique du Salut, il lui fut reproché de légitimer les islamistes...
Par ailleurs, sa proximité avec le Vatican est une évidence, mais le Saint-Siège ne commente guère ses initiatives. Toutefois, l'on imagine difficilement qu'elle puisse s'investir dans une négociation sans l'accord de la curie romaine. La communauté est certes un relais diplomatique loyal du Vatican, mais elle est suffisamment autonome pour endosser seule la responsabilité d'un échec éventuel.
Pour en savoir plus :
- L'église catholique vers le troisième millénaire, Andrea Riccardi, Desclée de Brouwer
- Sant'Egidio, Rome et le monde, Andrea Riccardi, Editions Beauchesne
- L'esprit d'Assise, Jean-Dominique Durand, Cerf
06 septembre 2005
Festival international de géographie
La 16ème édition du Festival international de géographie aura lieu du 29 septembre au 2 octobre 2005 à Saint-Dié des-Vosges. Elle sera consacrée cette année au monde en réseaux, lieux visibles et liens invisibles.
Des tables rondes et des conférences aborderont les différentes
dimensions des réseaux transnationaux : diasporas et nouveaux réseaux
migratoires, réseaux des firmes transnationales, la mer en réseaux,
réseaux d'idées et d'influence dans le monde... Cette édition sera
placée sous la présidence de Boris Cyrulnik. L'Italie est le pays invité ainsi que la collection Terre Humaine,
fondée et dirigée par Jean Malaurie, qui célèbre cette année le cinquantième anniversaire de sa création. Toutes
les manifestations de ce salon sont publiques et gratuites.