14 septembre 2005
Diplomatie parallèle
La 19ème rencontre pour la paix organisée à Lyon par la communauté Sant'Egidio vient de prendre fin au terme de trois jours de débats consacrés au dialogue interreligieux après le 11 septembre, aux relations entre Occident et Orient, à l'Afrique, aux leçons de Hiroshima... De nombreux hommes de foi appartenant aux différentes familles spirituelles ainsi que des intellectuels ont livré leurs visions d'un avenir sérieusement menacé par le repli communautaire et un lourd climat de défiance.
En marge de ces conférences, de discrètes rencontres se produisent entre acteurs politiques et religieux, à l'image des négociations menées mezza-voce qui avaient permis de mettre un terme à la guerre civile qui déchirait le Mozambique et qui avait provoqué la mort de plus d'un million de personnes. La signature d'un accord de paix le 4 octobre 1992 entre le gouvernement mozambicain et la guérilla qui le combattait avait marqué l'irruption de Sant'Egidio sur la scène internationale.
Jusque cette date, Sant'Egidio ne faisait pas l'objet d'une grande couverture médiatique. Créée en février 1968 par un étudiant romain, Andrea Riccardi, la communauté consacra ses premières années à assurer une présence dans les quartiers défavorisés de la capitale italienne auprès des plus pauvres. Plus généralement, ses membres se demandaient : que veut dire être chrétien dans la vie de la cité ?
Bien des années plus tard, les observateurs du système international s'intéresseront à Sant'Egidio qui se propose d'intervenir en tant que médiateur dans les conflits qui ensanglantent le Kosovo, la Bosnie, le Guatemala, l'Irak, l'Irlande du Nord, l'Algérie... Cette diplomatie parallèle nourrit des espoirs mais aussi des questions. Lorsqu'en 1994, au plus fort de la guerre civile en Algérie, elle invita à Rome des représentants du gouvernement algérien et l'ensemble de l'opposition, dont le Front islamique du Salut, il lui fut reproché de légitimer les islamistes...
Par ailleurs, sa proximité avec le Vatican est une évidence, mais le Saint-Siège ne commente guère ses initiatives. Toutefois, l'on imagine difficilement qu'elle puisse s'investir dans une négociation sans l'accord de la curie romaine. La communauté est certes un relais diplomatique loyal du Vatican, mais elle est suffisamment autonome pour endosser seule la responsabilité d'un échec éventuel.
Pour en savoir plus :
- L'église catholique vers le troisième millénaire, Andrea Riccardi, Desclée de Brouwer
- Sant'Egidio, Rome et le monde, Andrea Riccardi, Editions Beauchesne
- L'esprit d'Assise, Jean-Dominique Durand, Cerf
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