31 juillet 2005
Les Etats en voie d'effondrement
Environ deux milliards de personnes vivent dans des états qui présentent des risques d'effondrement. Ces états incontrôlés (Failed states) répondent à douze indicateurs de types politique, militaire, économique et social : perte du contrôle du territoire ou du monopole de l'emploi légitime de la force, incapacité d'assurer certains services publics, marché noir atteignant une masse critique, désobléissance civile à grande échelle, présence militaire étrangère, souveraineté incomplète, déplacement de population, corruption... Un classement de ces soixante états a été conjointement dressé par le Fund for Peace (une institution dédiée à la prévention des conflits) et la revue Foreign Policy (revue publiée par le Carnegie Endowment for International Peace). Les cinq premiers pays où la situation est très dangereusement dégradée sont la Côte d'Ivoire, la République démocratique du Congo, le Soudan, l'Irak et la Sierra Leone. Les pays africains sont sur-représentés, l'Afghanistan n'est classé "que" 11ème et dix nations latino-américaines y figurent.
Cette instabilité croissante a fortement imprégné la stratégie de sécurité nationale qui prenait acte d'un bouleversement géopolitique majeur : le menace pour les Etats-Unis ne provient plus d'un état conquérant mais des états incontrôlés (America is now threatened less by
conquering states than we are by failing ones).
Quand le Herald Tribune fait l'éloge du modèle français...
Alors que le déclin démographique de l'Europe est partout annoncé, Le Nouvel Observateur rapportait récemment les résultats d'une étude de l'INED selon laquelle le taux de natalité des Françaises était le plus élevé d'Europe avec celui des Irlandaises (1,9 enfant par femme contre 1,4 pour la moyenne européenne). La différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès est d'environ 200 000 par an.
Cette vigueur des femmes françaises a inspiré à William Pfaff, éditorialiste à l'International Herald Tribune, un article qui rompt avec la tonalité habituellement critique d'un partie des médias nord-américains à l'égard de la France. Et des médias français eux-mêmes d'ailleurs... William Pfaff y voit l'indice d'un pays qui a confiance en lui et en son modèle de société. Il souligne que le nombre de crèches, de garderies ainsi que l'existence d'allocations familiales contribuent à ces bons résultats.
Il n'est pas inutile de rappeler que William Pfaff, par ailleurs auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la politique internationale, vit à Paris.
Les Japonais kidnappés par la Corée du Nord refont surface
L'un des aspects les plus ahurissants du régime totalitaire de la Corée du Nord concerne probablement ces dizaines de Japonais enlevés dans leur propre pays par des espions nord-coréens entre 1970 et 1980. The Japan Times relate le témoignage de l'un de de ces agents, réfugié en Corée du Sud depuis 1993, et qui affirme que quinze Japonais kidnappés seraient toujours en vie. Selon Ahn Myong Jin, qui témoignait devant la Chambre des Représentants japonaise, ce chiffre pourrait s'élever à une trentaine. Il met également directement en cause le Président Kim Jong-Il (également surnommé Le Grand Général, Le Cher Leader, Le Commandant en chef ou Le Soleil du XXIème siècle...) qu'il accuse d'avoir ordonné ces enlèvements en sa qualité de responsable des services de renseignement.
Ces rapts étaient réalisés par le "troisième bureau" dans le seul but d'usurper l'identité d'un citoyen japonais, dont le corps était ensuite détruit, et se déplacer ainsi au Japon ou en Corée du Sud. Mais certains Japonais, après avoir été traités et rééduqués par les sbires nord-coréens, étaient renvoyés chez eux afin de former un réseau d'espionnage au profit de la Corée du Nord.
Un enlèvement avait particulièrement bouleversé les Japonais : en 1977, une collégienne japonaise de 13 ans qui longeait la plage de Niigata pour regagner le domicile familial n'est jamais rentrée. Elle avait involontairement assisté au débarquement d'un zodiac rempli d'agents nord-coréens...
28 juillet 2005
Le Japon fourbit ses armes
Le Japon envisage de se doter d'avions-espion afin de surveiller les bases militaires nord-coréennes et y mener des missions de renseignement. L'Agence de défense japonaise a décidé de renforcer ses capacités d'espionnage visant la Corée du Nord après que celle-ci eut procédé, en 1998, à un tir de missile en direction de l'archipel.
Cet avion pourrait être conçu au Japon ou acheté au Etats-Unis. La deuxième solution aurait l'inconvénient, pour Tokyo, d'accroître sa dépendance vis-à-vis de Washington en matière de renseignement. Il semble qu'une nouvelle génération d'hommes politiques, préoccupés par une réelle carence dans ce domaine, soit décidée à s'émanciper de la tutelle nord-américaine.
Certes, l'article 9 de la constitution nippone énonce que " le peuple japonais renonce à jamais à la guerre (...) à l'usage de la force". Mais comme le rappelait récemment Jean-Marie Bouissou, directeur du programme Asie à l'IEP de Paris, le pacifisme institutionnel soutenu par une large partie de l'opinion n'est plus qu'un souvenir. Les forces d'autodéfense japonaises sont considérables, et le budget qui leur est alloué (42 milliards $) serait le deuxième du monde après les Etats-Unis.
Enfin, ce qui ne manque pas d'inquiéter les observateurs de la région, le Livre blanc de la Défense a pour la premère fois désigné la Chine comme menace potentielle pour la sécurité en Asie.
27 juillet 2005
Le prix de l'influence
Selon une fondation de veille juridique située à Washington , le Pentagone aurait versé 1,6 million $ à la célèbre agence de relations publiques Rendon Group afin que celle-ci influence les résultats d'un référendum organisé à Porto Rico en juillet 2001. Ce référendum portait sur le maintien d'une base militaire située sur l'île de Vieques et appartenant à la marine états-unienne (US Navy). Cette base, à l'ouest de l'île principale de Porto Rico, était utilisée comme champ de tirs et a subi de nombreux bombardements à l'occasion des exercices réalisés par l'artillerie marine.
L'objectif du Rendon Group était d'amplifier le soutien des habitants de l'île en faveur du maintien de cette base jugée stratégique par la marine.
Malgré une campagne dont le coût par électeur fut estimé à 358 $, 68 % d'entre eux ont voté pour la cessation des activités militaires nord-américaines sur leur sol.
Le Rendon Group a souvent accolé son nom à celui du Pentagone lorsqu'il s'agissait de présenter sous un jour favorable les objectifs de la diplomatie nord-américaine : en Colombie, au Kosovo, en Haïti ou plus récemment en Irak auprès du Congrès National Irakien. Ses activités se déclinent dans 78 pays aussi bien auprès des gouvernements, des leaders d'opinion que des médias traditionnels.
Son fondateur, John Rendon, s'était naguère défini comme un "combattant de l'information"...
26 juillet 2005
La gauche sans le peuple
Lors
des élections présidentielles de 2002, les ouvriers ont prioritairement
voté pour Jean-Marie Le Pen (30 %), pour Jacques Chirac et enfin
pour Lionel Jospin (11 %). Ces résultats ne sont que l'indice électoral
du divorce entre le peuple et la gauche, tout au moins avec sa
composante majoritaire, le parti socialiste. Dans un essai publié chez Fayard l'an dernier, le journaliste de L'Express, Eric Conan,dressait un constat extrêmement critique des "élites de gauche" qui, après avoir "survalorisé, angélisé" le peuple, le traitent désormais par le mépris.
Eric
Conan passe en revue les domaines où le divorce est consommé :
éducation publique dégradée pour le peuple et éducation privée pour les
nantis (la prestigieuse Ecole alsacienne de Paris semble très appréciée par le Conseil national du PS), pratiques culturelles élitistes pour les uns et culture de masse pour les autres...
Selon l'auteur, la réforme des 35 heures confirme "l'aveuglement de la classe politique de gauche" car, loin de créer des emplois, elle n'aurait fait que fragiliser la situation des salariés les plus modestes.
Cette
rupture remonterait à mai 68 lorsque les ouvriers préférérent reprendre
le chemin des usines, après avoir obtenu de substantielles
augmentations de salaire, plutôt que de poursuivre Le Grand Soir...
Depuis lors, explique le journaliste, cette vexation, ressentie par des
gauchistes reconvertis dans les médias et la culture, se serait muée en détestation à l'endroit du
peuple.
La gauche sans le peuple par Eric Conan
Editions Fayard
Parce qu'il le vaut bien...
Avoir une belle gueule a un prix : 2 600 €. C'est ce qu'a dépensé le Premier ministre britannique, Tony Blair, au cours des six dernières années. Ce prix correspond aux produits de maquillage et soins esthétiques auxquels il eu recours à l'occcasion de ses apparitions devant les médias.
Cette somme se décompose comme suit :
- 1 050,22 £ en produits cosmétiques
- 791,20 £ en soins esthétique
Lors de la campagne électorale législative du mois de mai dernier, le Premier ministre arborait un teint orangé qui avait surpris plus d'un observateur : M. Blair avait répondu qu'il avait bronzé dans son jardin. Il est vrai que Londres est réputé pour son climat tropical et ensoleillé...
A titre de comparaison, les femmes britanniques dépensent en moyenne 195 £/an.
Toujours à titre de comparaison, les dépenses de Tony Blair semblent modestes face à celles du Premier ministre irlandais, Bertie Ahern, qui aurait dépensé 115 000 £ (environ 165 000 €) en soins cosmétiques depuis 1997...
25 juillet 2005
Le Centre d'Analyse et de Prévision
Le Ministère des affaires étrangères a eu la bonne idée de rendre publiques quelques notes produites par le C.A.P. (Centre d'analyse et de prévision). Créé en juillet 1973 par Michel Jobert, le C.A.P. a pour mission d'analyser l'environnement international et de présenter au Ministre des recommandations stratégiques. Il s'agissait alors pour l'ancien ministre des affaires étrangères de "penser l'impensable".
Le C.A.P. est composé d'agents diplomatiques et d'experts provenant d'autres institutions (enseignants, militaires, chercheurs, journalistes...).
En trente ans d'existence, le Centre a été dirigé, entre autres, par Thierry de Montbrial, Jean-Marie Guehenno, Bruno Racine...
Restées jusqu'ici confidentielles, ces notes sont disponibles ici (format PDF).
Entrisme
Alors qu'Alain Madelin a décidé de faire acte de candidature au secrétariat général de l'OCDE, Le Figaro publie un très intéressant article sur ces (nombreux) Français qui travaillent au sein des 161 organisations intergouvernmentales. Sur les 128 330 personnes employées par ces organisations, 15 047 sont des Français que l'on retrouve au plus haut niveau (Jean-Claude Lamy à l'Organisation mondiale du commerce, Jean Lemierre à la tête de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement , Jean-Claude Trichet à la Banque centrale européenne) ou à des postes moins exposés.
Un diplomate fait cependant remarquer que si les Français ont souvent présidé le Fonds monétaire international (à trois reprises...), "aujourd'hui, il n' a pas un Français qui détienne l'un des 35 ou 40 postes de directeurs, ceux où se façonnent la doctrine et la vie de l'institution".
La question nucléaire iranienne vue par Henry Kissinger
Le programme nucléaire iranien fait l'objet de négociations menées conjointement par la France, l'Allemagne et le Grande-Bretagne dans le but d'amener Téhéran à renoncer à l'arme atomique. Les autorités iraniennes répondent aux demandes européennes en maniant la chaud et le froid : suspension du processus d'enrichissement de l'unranium, reprise du programme... L'on se souvient que les activités nucléaires iraniennes avaient commencé sous le régime su Shah et qu'il avait été interrompu lors de la révolution islamique de 1979. Les ayatollah ont cependant assez vite compris quel profit ils pouvaient tirer de l'arme atomique : emerger comme principale puissance régionale face à ses voisins arabes.
Les activités nucléaires furent donc relancées après la longue guerre contre l'Irak (1980-1988) et la disparition de l'ayatollah Khomeiny. En 2002, l'opposition iranienne a révélé l'état d'avancement de ce programme : installations permettant le raffinement et la conversion de l'uranium, centrifugeuses fournies par le réseau pakistanais du docteur A.Q. Khan. Par ailleurs, les militaires disposent de missiles Chahab-3 et menacent de les utiliser contre Israël si Tel Aviv s'aventurait à lancer des frappes contre les sites nucléaires iraniens. L'excessive publicité accordée par Téhéran à ces missiles peut conduire à penser qu'il s'agit là d'un affichage politique qui entretient le doute sur ses capacités réelles ou supposées.
Certains experts estiment que les Iraniens ont accepté de négocier avec les Européens dans le but de gagner du temps et d'éviter des frappes états-uniennes sur ses sites et à accéder ainsi à l'arme atomique à l'horizon 2008.
Dans un entretien accordé au Council on Foreign Relations, l'ancien secrétaire d'Etat Henry Kissinger affirme qu'il ne "recommande pas une action militaire" sur l'Iran mais il "recommande de ne pas l'exclure..."